Kirk Douglas rejoint les étoiles d'un autre temps

1957 : Règlements de comptes à OK Corral, mythique western de John Sturges… La scène se passe dans un saloon ; Kirk Douglas (alias Doc Holliday), sapé comme un prince, un verre de whisky à la main et le regard moqueur, lance : « Il paraît qu’un gentleman cherche à me parler ? » Il continue et, voyant dans un miroir le gentleman en question prendre un revolver planqué dans sa botte, devient moins poli. Il joint le geste à la parole en lançant une lame de cran d’arrêt dans le cœur de l’importun, qui n’est autre que Lee Van Kleef. Là, Kirk Douglas a soudain le regard effrayant qu’on lui retrouvera, en pire, dans Les Vikings, de Richard Fleischer, film pour lequel il n’hésitera pas à écorner son image de séducteur. Kirk Douglas, c’était effectivement cette capacité à passer, sans transition, du calme à la tempête. Fascinant parce qu’inquiétant.

Né le 9 décembre 1916 dans l’État de New York, Kirk Douglas a donc finalement cédé à la mort, à l’âge de 103 ans, lui qui l’avait défiée à maintes reprises dans sa vie : en 1958, suite à un mauvais pressentiment de sa femme, il ne monte pas dans l’avion privé d’Elisabeth Taylor, qui se crashe en effet, tuant le mari d’alors de cette dernière. En 1991, en Californie, il est à bord d’un hélicoptère qui s’écrase, faisant deux victimes. Il s’en sort avec des blessures, alors que son pacemaker s’était arrêté, remis en marche grâce à un passager. S’il était aussi coriace, c’est peut-être parce qu’il n’était pas né avec une cuillère en argent dans la bouche : il connut une enfance misérable, avec l’antisémitisme (son père était un Juif russe ayant fui aux États-Unis) et le mépris de sa condition sociale, en ajoutant à cela un père alcoolique. En 1942, il s’engage dans la Marine et part pour le Pacifique à bord d’un chasseur de sous-marins.

De retour à la vie civile, et après pas mal de petits rôles, il rencontre le succès avec le film de Mark Robson, Le Champion. Une fois le pied à l’étrier, des metteurs en scène de renom vont peu à peu faire de ce fauve indomptable un acteur au sommet. Sommet qui ne l’empêchera jamais de prendre des risques alors qu’il aurait pu se contenter de suivre la route tracée d’une star. Ce qui lui permettra de rencontrer des personnages immenses comme Spartacus – film scénarisé par Dalton Trumbo, alors mis sur la sellette par le maccarthysme, mais défendu courageusement par Kirk Douglas –, qu’il sut incarner avec une justesse incroyable. Ce film fut l’occasion d’une nouvelle collaboration avec Stanley Kubrick, après le sulfureux Les Sentiers de la Gloire. Kubrick dont Kirk Douglas dira plus tard : « Kubrick est un sale con, un sale con génial, mais un sale con quand même ! »

Kirk Douglas aura touché à tout – la marque d’un acteur complet –, jusque dans l’aventure, avec entre autres l’adaptation infidèle mais parfaitement réussie de Vingt Mille Lieues sous les mers, réalisée par Richard Fleischer, où il campe un exceptionnel Ned Land. Il jouera dans une autre adaptation d’un roman de Jules Verne : Le Phare du bout du monde, de Kevin Billington. Il ne se laissera jamais enfermer dans un genre, bien que le western lui ait collé à la peau, et on le verra dans des films aussi improbables que cette histoire de porte-avions qui fait un voyage dans le temps et se retrouve en pleine guerre du Pacifique : Nimitz, retour vers l’enfer, de Don Taylor. Ne pas oublier, bien sûr, sa dramatique incarnation du peintre le plus maudit du XIXe siècle, à savoir Van Gogh, dans le film exceptionnel de Vincente Minnelli : La Vie passionnée de Vincent van Gogh.
Une carrière que celle de Kirk Douglas…

Et alors que le temps passe, que nos héros s’en vont un à un vers de plus verts et éternels pâturages, me vient cette phrase de Pierre Desproges : « La nostalgie, c’est comme les coups de soleil : ça fait pas mal pendant, ça fait mal le soir. »
Kirk, maintenant que Le Dernier train de Gun Hill t’attend pour t’emmener dans La Vallée des Géants, il ne nous reste plus qu’à te dire au revoir et merci…
Charles Demassieux
(Notons qu’il reste une géante : Olivia de Havilland, immortelle Melanie Hamiltion-Wilkes dans Autant en emporte le vent…)

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23 Commentaires

  1. Lui au moins a échappé au naufrage moral et politique du monde d’Hollywood. Magnifique époque du cinéma de 1960, je n’avais que neuf ans et pourtant je me souviens encore de sa présence extraordinaire, sa personnalité crevait l’écran, c’était fascinant. Et en plus il n’était pas seul dans ce cas. Les Vikings, Spartacus, le dernier train de Gun Hill, etc.

  2. Les dirigeants du cinéma américain ont beaucoup « évolué », tel le fils Douglas par rapport à son père Kirk. C’est aujourd’hui hyper violence, sexe et dépravation pour tous et tout le temps. Il y a bien longtemps que je ne vais plus au cinoche.

    • Moi aussi je ne vais plus au cinoche. Je trouve mes films anciens sur YouTube, dans les cinés clubs, les médiathèques, les dvd dans les vide greniers.

  3. Dieu ! Que le cinéma a changé !
    Scénario, acteurs, langage, articulation, etc…
    Du Korrect à la va-vite, effets spéciaux, violence gratuite, genres, politique, etc….
    20 films par semaine ! Ni vus ni connus !
    « C’était mieux avant ».

    • Polyeute . Ce n est pas le cinéma qui a changer , c est l époque . Le cinéma est le reflet de son époque .

    • Comme vous dit, il n’y a plus rien de comparable. On peut dire que le cinéma n’est plus que l’ombre de lui même, plus de stars que des acteurs qui pour certains n’articulent pas, films tournés dans le noir, avec des acteurs le plus souvent à poils et couchés quand ils sont pas camés et avec une fin de film dont on ne saura jamais le dénouement. Ou sont les J. Wayne, E. Taylor, A. Gardner, St Macqueen, R. Branson, M. Brando et tant d’autres. qui comme K. Douglas crevaient l’écran par leur présence, leur charisme, leur gueule, et leur talant de comédien car eux contrairement à aujourd’hui pouvaient tout jouer. Les place de cinéma sont de plus en plus chères pour voir des films et acteurs de moins en moins bons !

  4. Bon, pour une fois je vais dire des choses sympas. Très bon article sur ce grand monsieur, pour qui j’ ai un immense respect. A noter qu’il manquait fort bien la langue de Molière.

  5. Il faut savoir aussi que beaucoup de réalisateurs et acteurs de l’époque de K. Douglas ont souffert dans leur vie et ceci,bien avant d’avoir choisi leur métier..cela se voit sur l’écran: il y avait du vécu dans leur interprétation ou réalisation …comme les grands écrivains classiques de la fin du 19e siècle jusqu’aux années ’50-60 (J. London, J. Conrad, Kessel, Twain, Céline en France…et les peintres..jusqu’aux impressionnistes et post-impressionnistes pour certains (Van Gogh étant entre deux…plus ou moins).
    La nature, l’aventure étaient encore en équilibré d’avec une technologie artistique en recherche !
    Tout cela est très loin..il nous reste les DVD pour, à défaut de projections en salle, pour voir CE cinéma comme un art à part entière…à l’époque de K. Douglas, Lancaster..

  6. Merci Charles pour ce magnifique hommage à ce géant des grands écrans !

  7. On ne peut comparer John Wayne à Kirk Douglas ! Wayne était plus fin qu’on le croit dans beaucoup de ses rôles (la prisonnière du désert, le fils du désert, l’homme tranquille..). Deux grands acteurs très différents, c’est tout !
    L’époque ne regorgeait que de grands acteurs ET réalisateurs (beaucoup issus des pays de l’Est..donc, avec une grande culture théâtrale, philosophique, historique…). Ave l’Actor’s Studio -comme la Nouvelle vague en France-, on,a eu droit encore à de bond acteurs et réalisateurs…mais plus sombres !…moins dans le rêve même en critiquant la société sue les films entre 1930, 35 à 1960, 65…en gros.
    Van Gogh reste mon,préféré de K. Douglas avec Seuls sont les indomptés ! Mais il a tout fait juste et avec un immense talent…et beaucoup de passion !

    • à M. Jaannot Lapin !
      Monsieur, bonsoir !
      Tout à chacun est en droit de dire sa sympathie ou antipathie envers un artiste, un politique etc. Néanmoins, il me semble que dans ce dernier cas de figure, que si on peut théoriquement tout dire, la manière qu’on en use est d’importance; la vulgarité n’a jamais permis de nourrir les échanges et encore moins, si tant est que tel est votre but, de faire prévaloir votre opinion sur celle d’autrui…les grands esprits classiques avaient l’art de se dire réciproquement leurs désaccords avec respect et élégance…ce qui pouvait amener certains à changer -en partie à tout le moins – leur position et ainsi élargir le niveau de conscience et de connaissances ! Ce monde est déjà assez triste comme ça ! Respectueusement vôtre !

  8. Un sacré bonhomme. J’ai regardé la plupart de ses films qui sont une pure merveille. Chapeau bas l’artiste.

  9. Un des derniers grand du cinéma est parti, qu’il repose en paix. J’avais beaucoup aimé l’hommage de Coluche à Kirk Douglas dans son rôle de « Ben Hur Marcel » dans « deux heures moins le quart avant Jesus Christ »….Bon ça va, on a bien le droit de rire un peu…

  10. J’aimais bien aussi Le Reptile (et depuis tout jeune, je ne mets jamais la main dans un sac sans l’avoir retourné). J’aimais bien aussi El Perdido, si réel, comme le Doc Holliday (dentiste qui a vraiment existé). La vie passionnée de Vincent Van Gogh et Les chiffonniers d’Emmaüs m’avaient beaucoup captivé. Il y à longtemps, j’ai lu l’auto biographie de Kirk Douglas, Le fils du chiffonnier. Tous ces films des époques des plus grands acteurs et actrices américains sont toujours d’actualité pour moi car presque quotidiennement depuis des années je ne regarde que des films de 1930 à 1970. Et j’en découvre encore !

  11. Très bel éloge !
    Kirk Douglas savait TOUT faire et a pris TOUS les risques (Van Gogh !)…c’est aussi une autre époque, de grands réalisateurs…Merci M. Douglas !

  12. Remarquable article.
    C’est si rare.
    Petite anecdote supplementaire au sujet de Van Gogh.
    John Wayne s’était fâché avec Kirk Douglas au sujet de ce film, en lui disant  » Comment as-tu osé jouer un rôle pareil? Jouer un homme faible c’est être comme un homosexuel »
    Douglas n’en avait pas pris ombrage.
    Mais le John Wayne ne lui a plus reparler après ça.
    RIP M. Douglas.

  13. Un homme, un vrai comme il en manque cruellement en France où les pédales font la loi

    • C’est vrai que à ce niveau on est servi. Les lobbys LBGT et autres qui squattent notamment la capitale, dont l’influence négative est un constat de tous au quotidien vu l’état lamentable de ce pays à tous les niveaux, nous impose une société en plein naufrage.

  14. Reste à voir si une pétasse nonagénaire, ne va pas se rappeler, tout à coup, avoir été agressée sexuellement pas l’acteur, en 1920. Auquel cas, le ramdam commencerait pour le défunt. RIP Kirk.

    • Je dirai quand même qu’il y a des pédales qui ont des couilles du talent et du cœur.103 ans le fils du chiffonnier s’en est allé un acteur magnifique les éloges ont été faites jonh waine lui était bien incapable de sortir de son personnage Kirk a pu interprétér Van Gogh John Wayne on l’oubliera les tournesols sont éternels ont y associera K Douglas dans ce film Vincent il y avait une petite Française jeune à l’époque qui interprétait le rôle de la fille du tavernier chez qui Vincent est mort. Laurence Badie qui est une dame de 92 ans toujours pétillante hein Scoubidou

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