L’UMP et le PS nous prennent pour des imbéciles quand ils osent encore parler de souveraineté

Publié le 2 décembre 2011 - par - 1 444 vues

Alors qu’ils sont d’accord sur l’essentiel, une Europe fédérale, son euro et des majorités qualifiées, l’UMP et le PS paraissent incapables d’assumer un tel choix devant les Français, de plus en plus sceptiques, à quelques mois des présidentielles, et se livrent à une bataille politicienne très vive, pour essayer de prouver aux électeurs potentiels que chacun d’eux serait le meilleur garant d’une souveraineté nationale qu’ils piétinent à qui mieux mieux depuis des lustres.

Premier épisode. Suite à l’accord Verts-PS, l’UMP monte au front sur trois dossiers, qu’il dénonce avec virulence, et il y a de quoi : l’abandon du nucléaire, le veto français à l’Onu et le droit de vote des étrangers. On pousse des grands cocoricos, et on fait passer l’adversaire socialiste comme le grand bradeur de la France et de l’identité nationale. Un tract à plusieurs millions d’exemplaires est tiré, sur les deux premiers thèmes, essentiellement, ce qui peut se comprendre, tellement est visible la volonté de ceux que notre contributeur Pascal Olivier a appelé « les ennemis de la Nation » de faire disparaître tout ce qui illustre encore un tant soit peu les atouts de notre pays. Mais sur le troisième point, le droit de vote des étrangers, l’UMP aura bien du mal à être crédible. Maastricht, en 1992, accordait le droit de vote aux étrangers de la communauté européenne, avec l’accord du RPR de l’époque, des centristes, du Parti Socialiste et des écologistes. C’était donc un premier coin enfoncé, qui dépassait le critère de la nationalité pour pouvoir voter en France. Qui peut s’étonner, dans ce contexte, que vingt après, la gauche demande d’aller plus loin, et veuille dépasser la simple appartenance européenne pour accorder le droit de vote aux élections locales ? Accorder le droit de vote à un Allemand ou à un Anglais en 1992 est forcément porteur de la logique de l’accorder à un Chinois ou à un Tunisien vingt ans plus tard. Accorder le droit de vote aux élections locales à des étrangers sera forcément porteur de la logique de l’accorder à des élections nationales. Accorder le droit de vote à tout étranger sera, de même, forcément porteur de la logique de son éligibilité. L’ UMP a raison de dénoncer cette nouvelle offensive de l’ensemble de la gauche, et le projet de loi inique qu’elle va présenter au Sénat le 8 décembre prochain, mais elle n’aura de crédibilité que si elle réclame l’abrogation du traité de Maastricht, qui a permis cet engrenage.
Dans un autre registre, le député UMP Pierre Lequillier, dans Libération, avoue lui-même l’imposture politicienne de son parti : « A l’exception d’une poignée d’irréductibles, nous avons voté à l’unanimité tous les grands textes européens du quinquennat, du traité de Lisbonne à la création du fond de stabilité financière ». Plus cinglant encore, Hervé Mariton affirme : « Nicolas Sarkozy va devoir expliquer comment reconquérir au niveau européen une souveraineté que nous avons déjà perdue ». Voilà qui relativise quelque peu les grands élans patriotiques de l’UMP…

Deuxième épisode. Apprenant que Nicolas Sarkozy, après ses entretiens avec Angela Merkel, et avant son discours de Toulon, va expliquer aux Français qu’au nom de davantage d’Europe, il y aura moins de France, François Hollande, martial, annonce qu’il ne sera pas l’homme de la perte des souverainetés de la France, et que le Président de la République le trouvera sur son chemin ! Bigre !

http://www.lemonde.fr/election-presidentielle-2012/article/2011/11/30/zone-euro-le-ps-accuse-le-gouvernement-d-abandonner-la-souverainete_1611211_1471069.html

On aurait presque envie d’applaudir, si on ne connaissait pas les actions passées du personnage. Toute sa vie, François Hollande a milité pour l’Union Européenne, pour l’euro et pour l’Europe fédérale. En 2005, il posait en couverture de Paris Match aux côtés de Nicolas Sarkozy, pour faire avaler le « oui » aux Français, avec le résultat qu’on connaît. Il était encore premier secrétaire du Parti socialiste quand, en 2008, trahissant la promesse de référendum de Ségolène Royal, aux présidentielles de 2007, le PS aidait par son vote le Président de la République à ratifier le traité de Lisbonne. Sans vergogne, François Hollande choisissait encore une fois son camp, méprisant le suffrage du peuple français. Celui qui a milité toute sa vie pour la concurrence libre et non faussée, qui s’est opposé à toute mesure protectionniste, ose nous faire le coup, à quelques mois de la présidentielle, de la souveraineté ! Et cela quelques jours à peine après la signature du parti qui l’a investi d’un accord prévoyant expressément la disparition de la France du concert des grandes nations ! Comme l’écrivait Paul Le Poulpe, parodiant Audiard, « les socialistes, cela ose tout, c’est à cela qu’on les reconnaît ! ».
Par ailleurs, il est amusant de constater, à gauche, que les quelques mauvais élèves, comme Arnaud Montebourg, qui ruent dans les brancards sont immédiatement qualifiés de « Le Pen de gauche » par les commissaires politiques européistes, Cohn-Bendit en tête.
http://www.francesoir.fr/actualite/politique/pour-cohn-bendit-montebourg-fait-du-fn-gauche-162181.html

Le même Cohn-Bendit avait déjà accusé Jean-Luc Mélenchon de labourer sur les terres du FN.
http://www.rtl.fr/actualites/article/daniel-cohn-bendit-melenchon-laboure-sur-les-terres-du-fn-7635763720

Cohn-Bendit est un fanatique européiste de type stalinien, qui hait les États-Nations et méprise le vote des peuples. Il l’a montré en 2005, lors du TCE, et encore davantage lors de la votation suisse sur les minarets. Il est un agent de la mondialisation libérale, au service des oligarchies financières. Mais au moins, n’ayant pas besoin de se faire élire en France, il ne change pas de discours en cours de route, avec lui c’est clair.
Autrement méprisable est l’attitude de l’UMP et du PS, qui, après avoir voté de concert tous les abandons de souveraineté de notre pays, essaient encore de nous faire croire, à quelques mois d’une échéance capitale, qu’ils tiennent encore à la souveraineté de la France. Faut-il que le souvenir du référendum de 2005 soit encore cuisant pour qu’ils soient incapables d’aller devant le peuple de France en leur disant tout simplement la vérité de leur programme : Fini la commune, le département, la France, place à l’intercommunalité, aux Régions, à l’Europe fédérale, au service d’une mondialisation libérale qui ne veut surtout plus d’ États-Nations souverains.
Dans ce contexte, que l’UMP et le PS osent encore en appeler à la souveraineté de la France, cela s’appelle prendre les gens pour des imbéciles.
Pierre Cassen

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