L’apéro républicain de Strasbourg confronté aux menaces et à la désinformation

Publié le 6 septembre 2010 - par
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Notre apéritif à Strasbourg avait lieu dans un parc, face au bâtiment du Conseil de l’Europe, cette institution européenne qui soupçonne de l’islamophobie derrière toute critique de l’islam, comme elle le déclarait encore dans sa résolution 1743 de juin dernier. Petit pied de nez à cette institution européenne qui semble ainsi vouloir réduire la liberté d’expression des citoyens européens.

LE PREMIER ACTE

Sur une pelouse du parc de l’Orangerie, à 18h, l’organisateur, Francis Néri, responsable de Résistance Républicaine pour l’Alsace, nous attendait et avait placé une table servant d’étal pour présenter des ouvrages de RR. Cela avait l’avantage de nous servir de repère, la plupart des participants ne se connaissant pas. Cette difficulté à s’identifier comme militants de la laïcité explique qu’au bout d’une vingtaine de minutes, nous n’étions que dix !

Il faut dire aussi que le paysage s’offrant à tout nouvel arrivant avait de quoi intimider. La petite dizaine des premiers arrivés étant noyée visuellement par un ensemble plus compact de quelques dizaines de policiers en uniforme et en civils et de journalistes situés à peine à une quinzaine de mètres en retrait. On voyait ainsi quelques dizaines d’autres personnes un peu à l’écart et sur les côtés groupés par deux ou trois, et il était complexe d’apprécier du regard si c’étaient des sympathisants de nos valeurs républicaines ou de simples badauds curieux du spectacle.

Ce qui explique notre difficulté à comptabiliser avec précision le nombre de participants de l’apéro. Car progressivement, si certains ont fini par rejoindre d’eux-mêmes la zone de notre petite table, d’autres restaient toujours un peu éloignés, attendant qu’on vienne les convier pour s’enhardir. On constatait ainsi que dans certains cas, ils n’étaient que des curieux. Un peu plus tard, lors de la dispersion mettant fin au 1er acte, ceux d’entre nous qui avaient tenté un comptage ont donc évalué le nombre de sympathisants à une fourchette de 40 à 50 concernés. « Oui, mais rétorquait un autre, vous avez oublié d’intégrer le trio là bas situé près de tel bosquet ; si, si, j’ai discuté avec eux, et même s’ils restaient à l’écart, ils étaient là pour partager nos convictions ». En fin de compte, étaient plus nombreux, ceux qui firent le comptage de 50 personnes.

Bon, bref, ne le dissimulons pas plus, si nous fûmes quelques-uns à nous prêter à ce distinguo de dénombrement quelque peu futile, c’était pour mieux atténuer la déception que nous avons ressenti à ne pas être plus nombreux. Heureusement cette déception fut vite dépassée ensuite par l’intérêt que nous offrit cette rencontre entre sympathisants.

Dans cette première heure, les gens en étaient encore à ce qu’on pourrait appeler la prise de contact ; Francis Néri répondait aux journalistes de France 3 Alsace, de Fra nce Bleue et de la presse écrite. Ces derniers prolongeant leur travail par des questions à 4 ou 5 participants.

C’est au cours de cette première période, qu’eut lieu la première intervention du responsable des policiers présents. Il demanda à Francis de retirer le drapeau français qui avait été placé à côté de notre table de ralliement, pour ne pas « choquer » un mariage musulman qui se déroulait au Pavillon Joséphine, à environ 200 m en face de nous. ????? Ne râlez pas chers lecteurs, on a de la chance, on ne nous a pas demandé de nous excuser, c’est déjà ça ! (1)

LE DEUXIEME ACTE

Vers 19h, l’apéro à l’Orangerie a été transféré. Nous avons dû quitter les lieux sur la demande du commissaire présent, qui nous a indiqué que ses services venaient de prendre connaissance de sms de personnes de la cité du Neuhof qui évoquaient le fait de venir faire de la casse. Mi agacés, mi prenant les choses avec philosophie, nous nous sommes fixés discrètement de bouche à oreille un rendez-vous dans un 2° lieu, dont nous ne donnerons pas le nom, vu qu’il pourrait peut-être nous servir lors d’une autre occasion.

Mais soit la fête étant considérée comme gâchée pour certains, soit la communication de dernière minute ayant été quelque peu désordonnée, certains ne furent pas informés, toujours est-il que nous n’étions plus que 25 pour la deuxième manche. Nous pûmes en tout cas tranquillement échanger nos constats sur l’actuelle situation inquiétante dans laquelle se trouve notre république française, nos prévisions futures plus ou moins pessimistes, nos espoirs pour un redressement ultérieur, dans le combat d’idées que nous menons.

Tout cela fut évoqué calmement sur un ton tranquille, paisible, empreint de la part de certains d’un humour, et d’une bonne humeur. Nous essayions de percevoir en notre vis-à-vis le méchant raciste ou le méchant fasciste. En vain. Nous nous sommes quittés peu après 21h, Francis ayant pris des coordonnées afin que l’on puisse se retrouver pour une autre action conjointe à l’échelle de l’Alsace-Lorraine, avec davantage d’efficacité. Il est quelque peu que la plupart des présents étaient des Strasbourgeois ; quelques-uns étaient venus de Colmar et d’autres de Mulhouse. Mais que faisaient les Lorrains ? Seules quatre personnes avaient fait le déplacement depuis Nancy. Il est vrai que nous ne pouvons nous baser que sur cet échantillon de 25, peu significatif.

COMMENT FAIRE DEPLACER NOS SYMPATHISANTS ?

Maintenant pourquoi si peu de monde ? A l’observation des contributions transmises par les internautes sur les différents médias, à l’écoute des nombreux agacements de nos concitoyens, au vu des 30 000 abonnés de Riposte Laïque, on ne peut qu’être étonnés.

Francis Néri a souligné que la publication dans les DNA (Dernières Nouvelles d’Alsace) d’un article, dénigrant notre action et suggérant que nous étions des racistes, a eu un effet dissuasif sur de nombreuses personnes qui l’ont même contacté par téléphone en expliquant qu’elles ne viendraient pas car elles ne voulaient pas être assimilées à des racistes. Francis a d’ailleurs envoyé un mel à un des responsables du journal pour dire ce qu’il pensait de cette façon de faire.

Parmi les causes qu’on peut évoquer, beaucoup de ceux qui adhèrent à notre action n’ont pas une culture de la manifestation, de l’action sur la voie publique ; d’autres, se retrouvant seuls ou isolés, ont pu hésiter à nous rejoindre ; on pouvait le percevoir à Strasbourg, avec les atermoiements de certains qui ont mis du temps à nous observer avant de nous rejoindre. Des témoignages sur Internet ont évoqué la crainte de se retrouver sur une photographie publiée dans un journal ou de se retrouver vu sur le journal télévisé. N’oublions pas la peur physique d’être exposé à des coups de la part d’ultra-gauchistes ou de casseurs. Ce sont des cas problématiques auxquels il faudra trouver une solution.

LES REACTIONS DE LA PRESSE A NOTRE APERO DE STRASBOURG

Notre apéro strasbourgeois a été balayé en trois phrases par l’agence France Presse, dans un article qui a été repris paresseusement à l’identique aussi bien dans le Figaro, que dans le Monde et l’Express (et sans doute par d’autres !) (2). Trois phrases, mais deux erreurs ; une bonne performance pour cette personne de l’afp.

En premier lieu, nous n’étions pas dix, mais cinquante personnes. Cette erreur de sa part ne peut que s’expliquer ainsi : de nombreux journalistes étaient présents à 18h pétante ; mais seulement 4 ont pris la peine de rester longuement ; celui de l’afp, sans doute pressé de poursuivre sa soirée ailleurs, s’est contenté de comptabiliser les 10 qui étaient là dans le premier quart d’heure, car nos militants ne sont arrivés que progressivement, comme je l’ai déjà indiqué.

Enfin si nous n’avons pas déballé nos victuailles devant le Conseil de l’Europe, l’apéro n’a pas tourné court puisque nous l’avons poursuivi ailleurs ensuite. L’afp s’est bien gardée d’évoquer la menace des sms de personnes de la cité du Neuhof qui évoquaient la perspective de jouer les casseurs ; l’indiquer n’aurait pourtant pris qu’une ligne de plus.

Voyons maintenant la relation de l’apéro par les DNA. Sur le site du journal apparaît une première évocation, brève (3). Elle est suivie le lendemain d’un article signé, paru dans l’édition papier (voir ci-dessous en annexe) (4). Soulignons d’abord le point positif : la journaliste des DNA ne nous a pas totalement diabolisé remarquant qu’il y a en notre sein « des défenseurs de la laïcité convaincus et modérés » ; elle a repris les propos de Francis Néri sur les raisons de notre action : lutte contre les éléments de la charia s’opposant à notre démocratie comme la liberté de penser, l’égalité hommes femmes ; célébration de la création de la III° République à l’origine de notre loi de 1905.

Pour l’anecdote, on peut noter l’erreur de son estimation du nombre de participants, faute vénielle au regard de la difficulté que nous avons eue nous-même à nous compter. Par contre, malheureusement, il n’est pas admissible d’écrire qu’il y avait des militants de l’extrême-droite et des discours xénophobes. Il n’était pas possible à cette journaliste d’avoir entendu des discours xénophobes, vu qu’à l’Orangerie, personne n’a pris la parole à haute voix, et que d’autre part, durant toute sa présence, Mme MSK n’a parlé qu’à deux interlocuteurs (hormis Francis) ; je peux garantir que les propos d’un des deux étaient modérés, puisque c’étaient les miens et que je les ai tous situé sur le terrain de la laïcité. D’autre part, ayant conversé avec une bonne partie des convives du 2° acte, je peux témoigner, comme je l’ai fait ci-dessus, que tous les propos émis émanaient de gens ayant le sens de la mesure. Alors parler des militants d’extrême-droite relève d’un procès de mauvaise intention.

De plus, lorsque Mme MSK m’a reproché le risque de voir des éléments d’extrême-droite se mêler à nos réunions, je lui ai fait comprendre que curieusement, lorsqu’il y avait des manifestations rassemblant une très large franche de la gauche, allant du PS à l’extrême-gauche, on ne faisait pas de procès d’intention aux participants à cette manifestation, même si elle incorporait en son sein des casseurs ou des extrémistes se déclarant prêts à pendre les gros bourgeois et les capitalistes (je l’ai déjà entendu dans un passé qui commence à être lointain). On ne jugeait alors que de la pertinence des arguments invoqués par les organisateurs de la manif, et on ne disqualifiait pas celle-ci au regard de la participation de tel ou tel individu ne représentant qu’une minorité. Alors deux poids, deux mesures ! Dommage que cela n’apparaisse pas dans l’article.

Pas plus sérieux d’écrire dès le 1er paragraphe que cette réunion ciblait essentiellement la communauté musulmane, alors que nos griefs portent sur les excès d’une certaine vision expansionniste de l’islam, comme l’explique bien Francis, juste deux phrases après.

Reste l’allusion à la « bousculade » du photographe. Situons déjà cette « bousculade » ; j’étais placé à 5 m du photographe, mais lui tournant le dos, en train de répondre justement aux questions de Mme MSK. A aucun moment, je n’ai entendu une quelconque bousculade ou des mots aigre-doux échangés ; mon interlocutrice n’a, de son côté, à aucun moment, jugé bon d’interrompre l’entretien pour se porter au secours de son collègue photographe. On peut en déduire que la « bousculade » évoquée n’a donc pas bien été méchante.

Qu’en a-t-il donc été réellement ? Lisons ce qu’a écrit Francis Néri dans un mel envoyé aux Dernières Nouvelles d’Alsace : « J’étais présent avec le commissaire chargé de la sécurité de la manifestation. L’ambiance était tendue car des contre manifestants s’approchaient. Votre photographe prenait des photos [de la table sur laquelle se trouvaient des coordonnées internet de quelques participants] sans s’annoncer . Un manifestant lui a demandé qui il était, il a refusé de répondre. Le manifestant à voulu se saisir de l’appareil photo. Nous sommes intervenus, le commissaire et moi. Votre photographe a filé, toujours sans dire pour qui il travaillait.

Vous savez comment çà se passe; des individus s’infiltrent, prennent des photos pour identifier les manifestants et s’en prennent ensuite à eux ou à leurs familles. Conseillez à votre photographe de se présenter à l’avenir. »

A quand une enquête plus longue et minutieuse de journalistes, véritablement d’investigation, qui effectueraient un séjour de quelques jours parmi Pierre Cassen, Christine Tasin ou Pascal Hilout pour établir un état des lieux de RL réellement authentique ?

Jean Pavée

(1) Ne le prenez pas au 1er degré, je fais de l’humour contre mauvaise fortune.

(2) http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2010/09/04/01016-20100904ARTFIG00483-l-aperitif-republicain-reunit-environ-300-personnes-a-paris.php

(3) http://www.dna.fr/fr/fil-info/info/3723780-Strasbourg-Un-aperitif-republicain-plutot-clairseme

(4) Document en annexe : l’article papier des DNA

EN TRES PETIT COMITE

Le « Grand apéritif républicain » organisé hier soir sur les pelouses de l’Orangerie n’a rassemblé qu’une vingtaine de personnes « contre les communautarismes ».

En fait, les participants à cette réunion ciblaient essentiellement la communauté musulmane. «Nous ne sommes pas des anti-islamistes», plaidait l’organisateur Francis Neri.

« Comme de Gaulle »
«Nous demandons juste que la charia soit expurgée de tous les éléments qui ne respectent pas notre législation: notamment ceux qui sont opposés à la démocratie, l’égalité hommes-femmes, la liberté de penser… », insiste Francis Neri. Qui, comme les autres participants et fervents lecteurs du journal en ligne Riposte Laïque, était venu célébrer, ce 4 septembre, la Troisième République (1870) et la séparation de l’Eglise et de l’Etat.

Parmi les personnes présentes, un homme d’âge mûr ne mâche pas ses mots. Il tient même des propos qui pourraient être qualifiés juridiquement d’incitation à la haine raciale. A ses côtés, l’époux d’une femme d’origine turque, également militant laïc convaincu, hoche la tête pour montrer sa désapprobation.

Est-il gêné que des discours xénophobes soient entendus au cours du rassemblement ? « Rappelez-vous l’appel du 18 juin du général De Gaulle ; lui-même a relevé par la suite que n’avaient répondu, tout d’abord, que la cagoule (l’extrême-droite, ndlr) et la synagogue», embraye notre interlocuteur. «Aurait-il dû pour autant abandonner ? » «De Gaulle les a pris. Et moi, je ferai avec ce monsieur qui n’a pas le sens de la mesure, parce qu’il faut rassembler toutes les bonnes volontés pour remporter le combat. »

Personne n’a dégainé la bouteille d’eau gazeuse ou le jus d’abricot, néanmoins, l’autre soir. A peine une heure après le début de la manifestation, celle-ci était dispersée par l’organisateur sur demande de la police. «Il y a un risque de contre-manifestation avéré», nous indiquera le commissaire sur place. Un risque, donc, de trouble à l’ordre public, pour ce rassemblement autorisé par la préfecture.

Au cours de l’événement, notre photographe a été bousculé et menacé de représailles en justice par un des participants. L’incident a nécessité l’intervention d’un policier pour calmer le jeu.

MSK

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