L’arbre et la forêt du Gite des Vosges

Publié le 15 septembre 2007 - par

L’affaire des Vosges suscite une indignation de bon ton chez certains ténors du Landernau gaucho-libertaire-feministe. Motifs évoqués :

1 – Fanny s’est mise dans son tort en demandant aux deux femmes voilées de retirer leur truc sans plumes. Preuve manifeste de non respect d’une religion, tout à fait respectable, répéte-t- on dans ces milieux, si on extirpe du Coran fondateur tout ce qui peut choquer notre sensibilité occidentale.

2- Mais surtout il est impensable de se commettre avec celui qui défend Fanny, Varaut, triste sire de droite extrême. Vous nous voyez, nous « gens de bien », défenseurs de tous les opprimés du monde , pourvu qu’ils soient d’ailleurs, soutenir une prolétaire de chez nous, qui a le front de se faire défendre, pour une accusation infondée, par un avocat au pedigree si douteux ?

Ce faisant, on fait le jeu des pro-islamistes, à qui on donne la bénédiction. Ils peuvent détourner impunément les lois d’une République, dont les idéaux sont à l’opposé de leur idéologie. Par contre on se soucie comme d’une guigne des milliers de jeunes filles, opposées ici et ailleurs au port du voile. Les états d’âme de nos « amis de gauche » ne serviront pas la cause de leur autonomie ni celle de leur difficile libération. Il y a erreur de jugement grave.

Ces bien-pensants, décidément se trompent toujours d’adversaire. Ils prennent systématiquement l’arbre pour la forêt. Je les ai toujours rencontrés sur mon chemin, à me mettre des bâtons dans les roues. Dans les années 70, c’était pour nous persuader, nous féministes, qu’il y avait une priorité des causes, celle des classes coiffant au poteau celle des femmes. Dans les années 80, quand notre association, la Ligue du droit des femmes, a renvoyé au pénal l’excision, ce fut le tollé. Comment osions-nous envoyer en prison le pauvre malien émigré qui ne faisait qu’appliquer sa coutume ? Et j’en passe. On peut appartenir à la même famille de pensée et être en désaccord profond, comme à l’inverse, on peut coïncider ponctuellement avec des gens de bord opposé.
Alors je dis à ceux et celles qui s’ accrochent à leurs certitudes de l’an quarante : quand est-ce que vous allez vous mettre à penser par vous mêmes ? Vous distingueriez alors l’essentiel de l’accessoire. Car vous confondez tout.

L’ennemi principal dans l’affaire des Vosges est l’islamisme, qui avance masqué derrière ces affaires de voile. Mais vous avez pour les tenants de cette idéologie une complaisance pernicieuse, dont vous n’êtes pas capables de mesurer le danger, tant est grand votre aveuglement politiquement correct. Non, le véritable ennemi n’est pas Varaut. Comment se fait il que personne d’autre ne se soit proposé pour défendre Fanny ? Là est la vraie question. Varaut est là, comme avocat de Fanny. Pas pour faire du prosélytisme politique. Et même si c’était le cas, croyez- vous intelligent de lui laisser la place et de passer à côté d’un procès à haute valeur symbolique ?

Et je vous dis encore : où est donc passée cette solidarité dont vous faites profession ? Est- elle à géographie variable ? Fanny est une femme issue de milieu ouvrier, elle a agi avec courage et a risqué gros en appliquant tout simplement la loi de 1905, qui prohibe l’exhibition de signes religieux dans l’espace public ou commun, elle n’appartient à aucun parti. Est elle moins digne de votre soutien que tous ces sans–papiers, sans domicile … au secours desquels vous volez ?

Enfin, sachez que vous êtes à côté de la plaque. A cent lieues des gens, ou du « peuple », dont vous vous voulez proches. Il y a un ras le bol général de tous ces défilés de voiles. On refoule consciencieusement ce sentiment, parce qu’on est intimidé par votre insidieuse police de la pensée, pas parce qu’on est « réac ». On n’ose plus l’ouvrir pour dire l’évidence : dans une République égalitaire et laïque, ce voile, symbole de l’asservissement des femmes, est une insulte jetée à la figure des citoyen(ne)s.

Mais vous continuez à défendre la « liberté » supposée d’une minorité qui bafoue, sous votre nez, les fondements mêmes de notre démocratie. Et vous renvoyez à l’obscurantisme, dont elles essayent de se libérer, des milliers de femmes.

Anne Zelensky

Print Friendly, PDF & Email

Les commentaires sont fermés.

Lire Aussi