L'Eglise du Brésil n'est pas mieux que les autres

L’affaire qui défraye aujourd’hui la chronique est tellement caricaturale qu’on ne pourrait mieux rêver pour déconsidérer une institution, en l’occurrence l’Eglise du Brésil… et le Vatican. Mais de ce côté-là c’est déjà fait. On vient à peine de se remettre de l’épisode de la réintégration de l’évêque négationniste Williamson ou encore des propos scandaleux à l’encontre d’un père italien qui avait réussi à obtenir le droit de faire cesser le calvaire d’un coma de plus d’une décennie dans lequel était plongée sa fille.
Bref, seuls les naïfs peuvent encore s’étonner du « conservatisme » de l’institution en question.
Tout commence par une sordide histoire d’inceste. La victime, une fillette de 9 ans, la petite Franzina, violée par son beau-père se retrouve enceinte de jumeaux. Pas besoin de réfléchir plus avant pour en conclure que la seule solution était l’interruption de cette grossesse imposée, contre nature et qui plus est dangereuse pour la santé de la fillette. La loi brésilienne, du fait de l’opposition constante de l’Eglise contre toute libéralisation de l’avortement, ne prévoit la possibilité d’interrompre la grossesse que dans cas très limités. Or, sans la moindre ambigüité, Franzina entrait dans ce créneau étroit. Le directeur de la maternité où l’opération a été réalisée souligne d’ailleurs que la vie de la fillette était en danger. Et chacun d’insister sur le petit gabarit de Franzina : 33kg et 1m35.
Là-dessus, l’archevêque de Recife s’insurge et n’hésite pas à excommunier la mère de la fillette et toute l’équipe médicale, considérant que quand une loi s’oppose à celle de Dieu, il ne faut pas l’appliquer.

Décidément, elle est belle l’Eglise du plus grand pays catholique du monde, celle-là même qui a la réputation d’être la voix des pauvres, qui a accueilli les alter-modialistes, qui fait entendre ses cris d’indignation dans les instances internationales pour plus de justice pour les pays émergents, mais qui croit encore que les femmes sont là juste pour souffrir et procréer.
Qu’attend donc le président Lula, pour passer outre cette opposition qui montre son vrai visage sur ce type de drame, et enfin dépénaliser l’avortement au Brésil ? Comme les musulmans qui commencent pas affirmer « je suis musulman mais pas intégriste », le président Lulla montre d’abord patte blanche : « déplorant profondément en tant que chrétien et catholique qu’un évêque de l’Eglise catholique ait un comportement aussi conservateur » et ajoutant « Le corps médical a fait ce qui devait être fait, sauver une enfant de 9 ans ».
Mais non, monsieur le président, ce n’est pas juste un évêque qui dérape, c’est toute l’Eglise qui confirme sa doctrine ! Prenez connaissance de la réaction du cardinal Giovanni Battista Re, préfet de la congrégation pour les évêques, qui a soutenu depuis Rome, la décision de l’évêque de Recife en déclarant « C’est un triste cas, mais le vrai problème est que les jumeaux conçus étaient deux personnes innocentes, qui avaient le droit de vivre et qui ne pouvaient être supprimés » ajoutant qu’il faut « toujours protéger la vie ».
Comme nous sommes en pleine période de célébration de la journée internationale de la femme, il fait bon lire la prose des uns et des autres sur ce sujet à la lumière de cette réalité des Eglises ou des religions, nommez-les comme vous voudrez, qui sont construites sur la séparation des sexes et le mépris ou la peur des femmes et qui ne sauront jamais évoluer.
Ainsi, je n’ai pas résisté à la tentation d’acheter le « Pèlerin » du 5 mars qui affichait un titre alléchant « l’Eglise est-elle misogyne ? ».
Je dois avouer que je ne l’ai pas encore ouvert mais que j’ai déjà la réponse : OUI !
Annie Sugier

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