L’ « en-même-temps » appartient au jeu du bonneteau

On vante un peu partout le talent d’Emmanuel Macron qui lui a permis, pour accéder au pouvoir,  de convaincre une majorité (relative mais suffisante) de Français. Or, il ne faut pas tomber ni se complaire dans le paradoxe de la poule et de l’oeuf. Macron n’a convaincu personne car le but du marketing dont il a été le champion ne vise pas à convaincre mais  il est de deviner un besoin et de faire une offre en adéquation. Le marchand de réfrigérateur ne vendra rien à l’Esquimau dans son igloo. L’Esquimau ne sera sensible à l’argumentaire du vendeur que s’il quitte le grand nord au profit d’un pays au doux climat ou si on le convainc… d’un changement climatique majeur. Macron a bien compris, comme ceux qui l’ont cornaqué, la demande diffuse des citoyens français appelés aux urnes. La tranquillité et une acceptation résignée.

Engager des réformes réelles et, en même temps, non agressives. Une réduction du nombre des fonctionnaires mais pas autant que l’objectif de Fillon. Une augmentation du pouvoir d’achat mais pas le rêve éveillé du revenu pour tous de Hamon. Une lutte contre le terrorisme mais raisonnablement avec l’aide de l’UOIF. Une Europe bruxelloise comme aujourd’hui mais avec des  correctifs faciles à  négocier avec Dame Merkel qui a le jeune Emmanuel à la bonne. Une rupture apparente avec la décevante alternance droite-gauche puis gauche-droite, pour une nouvelle majorité qui, sans le dire, est une UMPS fusionnée sous l’appellation synthétique de « En Marche! ». Macron a d’ailleurs entonné « Pensez printemps ». Sans doute du type printemps arabe où un régime honni est remplacé mais par un  autre régime à honnir bientôt.

Les électeurs n’ont pas retenu un Mélenchon parce qu’il était agressif et en même temps… agressif ! Ni Lassalle trop pittoresque et trop aimable, ni les autres candidats, simples gestionnaires ne suggérant aucun  printemps. Quant à Marine, à côté de la plaque, elle a joué les Cassandre en évoquant les problèmes du pays et ses solutions portant sur l’Europe et sur l’euro. Elle a soulevé des questions angoissantes devant un électorat qui, à l’approche des vacances, attendait quelque chose de plus rassurant. Il n’y a pas eu du « en même temps » avec elle. Il n’y a eu que la promesse de difficultés supplémentaires (les gauchistes, la gauche et la droite dans les rues, l’opposition de Bruxelles, la haine des médias) en attendant un hypothétique référendum à l’automne. C’est ainsi que les choses ont été ressenties et une très forte proportion d’inscrits ne se sont pas déplacés. « Tous les mêmes », « on n’y peut rien », « ça ne sert à rien » ont été le leitmotiv des Français sans illusions qui estiment que les choses ne changeront jamais. Sauf  dans un  contexte de catastrophe où le doute ne sera plus permis et où le « dégagisme » sera un objectif réel, quand les problèmes du quotidien relégueront au second plan les résultats sportifs, les émissions de télé-réalité, les humoristes radiophoniques.

Il me paraît inutile et vain aujourd’hui de reprocher à Marine d’avoir axé sa campagne sur du social, du Philippot, au lieu de faire du Geert Wilders, comme pouvait y inciter la proportion considérable de Français qui en ont ras-le-bol des avancées islamiques. Dans ce domaine aussi jouer les Cassandre ne sert à rien puisque, malgré la situation déjà bien grave, ce sont encore les bougies et les cellules psychologiques qui ont le devant de la scène. La situation est bien assez grave mais sans doute pas suffisamment. Le temps sera encore long avant que la prise de conscience des Français dépasse le simple ras-le-bol sans espoir ni perspective. Et avant cela, la situation sera d’abord critique, ce qu’elle est déjà, pour les médias alternatifs, la réinfosphère, qui ne cessent de dire et répéter la menace grandissante sur la France. Ces médias, que le pouvoir UMPS-EnMarche va vouloir faire taire et, en même temps, y parviendra, devront reconsidérer leur action qui ne devra plus se contenter de prendre le contre pied de la presse officielle. Ils devront cibler la « majorité silencieuse » qui en a marre mais qui s’abstient aux élections parce qu’elle ne sait pas tout à fait de quoi. Et qui n’a pas accès à la réinfosphère souvent par inertie.

Quant au candidat ou à la candidate qui se sentira capable d’assumer les fonctions présidentielles, il devra se choisir un responsable marketing capable de sentir le « moment », l’état des lieux, que la situation du pays soit mûre ou insuffisamment dramatique. Le ton à adopter sera toujours capital. Si Marine avait « habité les hauteurs » du débat au lieu de la jouer  ironique, style chansonnier, elle aurait perdu quand même l’élection, la situation n’étant pas mûre face au miraculeux « en même temps»,  mais elle aurait pris date. Le candidat ou la candidate devra se refuser à quelque primaire que ce soit. Il devra jouer la gravité, s’abstenir du ton badin, s’éloigner des émissions radio et télé « où on rigole ». Devra se refuser à tout débat avec un concurrent car on doit dire stop au « radio-crochet » qui n’est pas au niveau des enjeux ; le spectacle tue l’argumentaire. On ne doit accepter que des débats avec des journalistes dignes de ce nom. Commencer par voir et écouter des discours de De Gaulle ou de Pompidou, leurs conférences de presse, non pour le fond avec lequel on peut ne pas être d’accord, mais pour la forme et le ton. A situation grave, discours graves. On sortira de la gaminerie et de l’illusion macronienne dans laquelle se complaisent certains et se précipitent d’autres en salivant mais qui ne durera qu’un temps. Quand le public s’éloigne de la table de bonneteau, le bonimenteur n’a plus qu’à remballer ses dés. Pour l’heure, les foules accourent autour de la table, les dés se cachent sous les godets grâce à des doigts agiles, le moment du réveil n’est pas encore là.

Roger Champart

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6 Commentaires

  1. Pour qui a vu des parties de bonneteau, c’est jeu truqué par l’habileté soutenu par des comparses dans le publlc. Exactement Macron avec son boniment et ses comparses financiers… L’image est bonne !
    Marine s’est prise les doigts dans les godets avec son Euro… Tant mieux !

    • Là où le regard ne porte pas !
      Vous semblez avoir bonne vue … sur les boniments menteurs …
      Bien à vous,

  2. je suis assez d’accord avec l’analyse faite qui montre la difficulté du combat démocratique qui suppose l’adhésion idéologique et politique d’une majorité ayany pris conscience du réel (qui s’est éloignée de la table du bonneteau…). Mais nous n’avons pas d’autre choix …Pour ceux qui évoquent Wilders (homme courageux et lucide), rappelons que son parti, c’est 13% des voix aux Pays Bas …aucune chance d’être élu en France avec cette base!

  3. bien ressenti….écouter la base sans imiter les discours de la base !…prendre en compte la trouille qui habite le peuple et ..faire de la bonne et noble pédagogie ..tout ça n’est pas facile !patience plus que rage !

  4. Article bien fait, l’opinion des français finement sentie et décrite hors stats et politologie.
    Il va falloir y réfléchir sérieusement pour la suite MM. du FN, de DLF, SIEL et autres droites ‘hors les murs’…Quant aux français..MM. les Veaux il va falloir choisir soit de beugler sous le couteau soit de beugler la charge et virer tous ces profiteurs, menteurs et terroristes islamistes…

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