L'esprit de Riposte Laïque est celui de Victor Hugo

S’il est vrai que l’on mesure l’importance d’une personne, d’une association, d’un parti ou d’un journal au nombre de ses détracteurs, force est de constater que nous sommes en train de devenir importants. Or, l’important n’est pas que nous soyons importants, mais bien que nous soyons pris pour ce que nous sommes, dans l’intérêt même de nos détracteurs.
Qui sommes-nous donc ? Un journal en ligne dont la ligne est la parole libre. Mais cette parole n’est pas libre de tout fondement : elle s’enracine dans les principes de la République. En d’autres termes, nous sommes libres par notre attachement à une République indivisible, démocratique, laïque, sociale et féministe. La liberté sans attache n’existe pas !
Or, si nous sommes cet attachement, c’est que nous sommes contre ce qui l’altère. Le communautarisme divise : nous sommes contre le communautarisme. Le totalitarisme a la démocratie en horreur : nous avons horreur du totalitarisme. Les religions sont hostiles à la laïcité : nous sommes pour la laïcité – qui, soit dit en passant, n’est pas hostile aux religions. Le libéralisme ne se soucie guère du social : nous sommes contre le libéralisme. Le social implique l’égalité des devoirs et des droits : nous sommes féministes, l’inégalité frappant d’abord les femmes (à profession égale, 15 % des femmes françaises ont un salaire inférieur à celui des hommes !).

Si l’on ajoute à cela les considérations papales qui n’autorisent toujours pas l’ordination des femmes, ou encore celles du Coran qui affirment l’infériorité ontologique de la femme, on comprendra pourquoi nous n’hésitons pas à lutter contre tel ou tel précepte catholique ou coranique sitôt qu’il déroge aux règles républicaines.
Pour autant, nous ne sommes pas religiophobes ! En séparant le religieux du politique, la laïcité assure le religieux et le politique : chacun peut adhérer à la religion ou à la politique de son choix. Le socle de la concorde sociale n’est pas ailleurs.
C’est pourquoi il est périlleux de favoriser l’immixtion du religieux dans le politique. C’est pourquoi le retour du religieux est inquiétant pour qui tient à la paix civile : vouloir remettre en cause la loi de 1905 par le concept de laïcité «ouverte», ou «bienveillante», ou «positive» ; tenter d’instaurer la parité du financement de l’enseignement privé et de l’enseignement public par la loi Carle ; chercher à supprimer le monopole de l’Etat concernant la collation des grades et des diplômes universitaires par l’accord «Vatican-Kouchner»… sont des projets de mauvais augure !
Accepter la confiscation – pour l’instant ponctuelle ! – de l’espace public par le religieux, comme le montrent les prières musulmanes dans les rues de France, ou encore le port du voile, est de même farine. Que les croyants manifestent leur croyance par des pratiques cultuelles est un droit constitutionnel… tant que l’ordre public n’en souffre point. Mais que dire lorsque la rue est barrée dans les deux sens pour satisfaire aux exigences d’une croyance ? Que dire lorsque des habitants ne peuvent ni entrer ni sortir de chez eux pour cause de prières ? Que dire lorsque les femmes voilées menacent celles qui ne le sont pas ? Que dire de la burqa ? Rien, sinon que ladite croyance porte atteinte aux libertés individuelles garanties par la Constitution. Rien, sinon qu’on n’est plus dans le religieux mais dans le politique. Rien, sinon que les croyants qui s’estiment offensés par le rappel à la loi prouvent qu’ils se situent volontairement hors la loi. Rien, sinon qu’il faut savoir de temps à autre dire non, pour pouvoir dire oui.
Oui, en France, les croyances sont libres – d’où la construction de lieux de culte – pourvu qu’elles ne contreviennent pas à la loi. Oui, la France ne veut pas qu’une religion – serait-ce le catholicisme – s’empare du Pouvoir ! Oui, la France est laïque et tient à le rester : la France, c’est «l’Eglise chez elle et l’Etat chez lui» ! (Hugo, Discours contre la loi Falloux, 15 janvier 1850).
Maurice Vidal

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