L’Europe contre les Peuples

Il y eut un temps où partisans comme opposants, tous, se réclamaient des peuples pour construire l’Union Européenne. Ce temps est bien révolu.

Sans le moindre complexe, les gouvernants européens, assument parfaitement de faire l’Europe contre les Peuples. Qu’importent les sondages, que d’habitude ils suivent à la virgule, cette fois il n’y aura pas de « risque », pas de référendum « hasardeux », qui pourraient donner un résultat contraire au « bien » que les élites ont décidé entre elles pour nous.

On l’avait bien compris, pendant la campagne référendaire de 2005, les Français et les Néerlandais n’avaient pas « compris » les enjeux, étaient restés « limités » à des querelles intérieures (en l’occurrence infliger un camouflet à Chirac), autrement dit, le vote était déligitimé par l’ignorance et la courte vue des électeurs.

Ce mépris des élites pour les peuples n’est pas nouveau, mais ce qui est nouveau c’est qu’il rompt avec une tradition politique française qui est l’un des fondements de notre modèle républicain : la souveraineté du peuple, le suffrage universel. Sarkozy n’est pas De Gaulle, ni Mitterrand, pas même Chirac… il ne convoquera pas le Peuple pour que celui ci décide de son avenir

Plus grave, il s’apprête à renier le vote souverain des Français en faisant passer par un parlement aux ordres, un traité, sommaire répétition d’une prétendue « constitution » que le peuple a clairement rejeté il y a deux ans.

Les élites ne méprisent plus seulement le peuple, elles lui crachent à la figure, bafoue le plus élémentaire de ses droits démocratiques.

Mais au fond n’est ce pas l’aboutissement ultime d’une dérive élitiste qui a depuis longtemps caricaturé le peuple en bidochons, en ignares inconscients des enjeux européens, comme ils sont égoïstes dès qu’ils se mettent au volant, ignorant – les sots !- qu’ils détruisent la planète avec leurs gaz d’échappement…

Alors censure pour faire passer la pilule européenne ou Grenelle tout aussi anti-démocratique pour le bien de la planète, à quoi bon se préoccuper encore du peuple et de ses « ignorances », de ses « égoïsmes » qu’ils soient automobilistes ou nationalistes …

Au fond d’ailleurs, à quoi sert même la démocratie ? On devrait tout aussi bien la supprimer, et ne laisser qu’aux élites et aux lobbies qui les cernent la gouvernance de nos futures provinces européennes au nom du bien qu’ils veulent nous faire, mais que nous, pauvres bidochons, sommes bien trop bêtes pour comprendre et approuver sans réserve.

Imaginez une Europe sans frontière, incluse dans une Union Méditerranéenne dont rêve le petit bonaparte de Neuilly, qui permettrait à nos entreprises de délocaliser tranquillement emplois et services au Maghreb, comme le font déjà les opérateurs télécom avec leurs centres d’appels ou Renault qui va installer ses usines au Maroc, pendant qu’en France on perd des milliers d’emplois dans l’industrie automobile.

Au Maghreb, pas d’écologie, pas de syndicat, pas de salaire minimum, de convention collective, de grèves, de 35h ou de sécu et de cotisations patronales ! Mais une main d’oeuvre qualifiée, docile, et des états « forts » qui ne s’embarrassent pas de préoccupations démocratiques et sociales.

Ce n’est plus seulement les services publics que l’on démantèle au nom de l’argent roi ; ce n’est plus seulement le peuple qu’on paupérise au nom de l’Euro fort ; ce n’est plus seulement le monde salarial que l’on épuise au nom d’une mondialisation sans borne avant de se préparer à faire immigrer 20 millions de travailleurs étrangers d’ici 2020 pour en finir de liquider les résistances sociales en Europe en accentuant la pression d’une précarité exacerbée ; ce n’est rien de moins que le suffrage universel, le droit de vote souverain du Peuple que l’on va écraser au parlement.

On le savait que cette Europe de Bruxelles était tout sauf démocratique, avec ses institutions et ses gouvernants que personne n’a jamais élu, on sait maintenant qu’elle n’a plus peur d’être clairement contre les peuple. Une nouvelle URSS est bien née de ce côté ci du mur.

Bernard Bayle

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