L'identité nationale française, c'est être capable d'en débattre !

Ce qui est amusant dans le débat sur l’identité nationale lancé par Eric Besson, c’est qu’il ne s’agit absolument pas d’un débat nouveau. Avant de montrer que celui-ci est aussi vieux que l’Europe moderne, il faut préciser qu’il est absurde de parler d’un « piège électoraliste » ou bien d’une « manipulation de l’opinion » à propos du lancement de ce débat. Ceux qui condamnent ce débat en employant ces mots ne se rendent pas compte du mépris absolu pour le peuple et la démocratie qu’ils manifestent. Dire qu’il y a uniquement une visée électoraliste derrière ce débat, c’est affirmer que lorsque l’Etat discute d’un sujet qui intéresse les citoyens, il trahirait son rôle et chercherait à les manipuler !
Or l’Etat, c’est la représentation nationale, c’est-à-dire le moyen que le peuple souverain se donne pour parler de ce qui le regarde, étant donné qu’avec soixante millions d’habitants, la France ne peut être une démocratie directe. Affirmer que ce débat n’est lancé que pour gagner les élections régionales de 2010, c’est postuler d’une manière péremptoire que les citoyens ne devraient avoir aucune gratitude envers leurs représentants de les représenter ! Selon les contempteurs du débat ouvert par le Ministre de l’Identité nationale et de l’immigration, les représentants élus de la nation auraient tort de faire plaisir à leurs mandataires de parler de ce qui les intéresse. Ô rage, cela les amènerait peut-être à les reconduire dans leurs fonctions !
Quel ressentiment et quel mépris des électeurs que de les accuser implicitement de s’intéresser à ce débat parce qu’il a été lancé par le gouvernement en place. Le Parti socialiste, à la différence du Grand Orient de France qui a appelé à participer activement à ce débat (1), fait la fine bouche et annonce qu’il ne « se rendra pas » au grand débat sur l’identité nationale (2). Il n’a décidément tiré aucune leçon des différentes déculottées qui lui ont été infligées par les urnes ces dernières années. La « gauche divine », comme l’appelait feu Jean Baudrillard, n’aime pas ce peuple imbécile si prompt à récompenser ceux qui touchent à ce qu’elle a déclaré tabou. En creux, ce que cette gauche affirme, c’est que sa spécialité, c’est faire tout le contraire de ce pourquoi le peuple l’élit. Elle, elle ne saurait avoir de « visées électoralistes », quelle idée vulgaire !

Si la gauche veut absolument éviter ce débat sur l’identité nationale, ce n’est pas par inconscience ou par débilité précoce. Ce refus s’inscrit dans une longue tradition… nationale. En effet, comme l’explique Alain Finkielkraut dans La défaite de la pensée, après 1945, tout ce que le monde intellectuel français comptait de progressistes s’est évertué à éliminer toute problématique culturaliste de son horizon de pensée : l’attachement à sa culture particulière était vu comme une pente glissante vers le maurrassisme et le fascisme. C’est pourquoi la plupart des intellectuels ont trouvé refuge dans le langage universaliste de l’économie, c’est-à-dire, à l’époque, dans le marxisme. Cela perdure aujourd’hui : il n’y a pas de problèmes culturels, assène la gauche divine, il n’y a que des problèmes économiques : la pauvreté, l’exclusion, le chômage, etc. Seul l’économisme est un humanisme, croient en cœur les disciples et les descendants de Sartre. Parler de problèmes strictement culturels, c’est déjà, pour ces culturophobes, faire un pas avec l’extrême droite.
N’étant pas à une contradiction près, cet économisme cohabite dans la tête des bobos avec un engouement indéfectible pour les identités culturelles des autres, les appartenances exotiques, dont ils déplorent la destruction par la « mondialisation libérale », tandis qu’ils se moquent de ceux qui s’inquiètent du sort de la culture nationale. « Economiste chez soi, culturaliste chez les autres », telle est leur devise. Dans le même mouvement, ils ignorent une réalité inquiétante, bien documentée par les psychiatres : les troubles de la personnalité, c’est-à-dire de l’identité, sont en constante augmentation : « Selon l’OMS, dans les 20 ans à venir, le pourcentage de Français touchés par une pathologie mentale va passer de 10 à 20 % de la population totale. » (3)
Ce que les adversaires du débat lui reprochent, c’est qu’il soit lancé par un ministre qui a aussi en charge l’immigration. C’est le rapprochement entre identité nationale et immigration qui les froisse. Il y aurait là un sous-entendu « nauséabond », lepéniste : l’identité nationale ne se ferait que sur le dos des « des noirs et des bougnoules », comme l’a affirmé l’inénarrable Houria Bouteldja, sur le plateau de Ce soir ou jamais.
C’est ce qui rend cette discussion aussi ancienne que le retable d’Issenheim. Ce qui est en jeu, c’est encore et toujours le rapport entre l’Occident et l’Autre. Déjà, dans ses Essais, au Livre I, chapitre 33, « Des cannibales », Montaigne écrivait « chacun appelle barbarie ce qui n’est pas de son usage ». Puis, d’une manière joueuse, le maire de Bordeaux s’amusait à moquer les prétentions des chrétiens à se croire supérieurs aux Tupinambas, « sauvages » vivant sur la côte du Brésil. C’était une des premières apparitions littéraires de ce qui deviendra le « bon sauvage » sous la plume de Rousseau, deux siècles plus tard.
Depuis cinq cents ans, l’Europe se délecte à se critiquer en prenant pour contre exemple de ses « mœurs corrompues » différentes espèces de « bons sauvages », hommes « fraîchement formés par les dieux » (Montaigne). A la Renaissance, il y eu ces Tupinambas, ces « cannibales » dont parlait Montaigne, et qui l’étaient véritablement, puis au 18ème siècle les Persans de Montesquieu, l’Ingénu de Voltaire, et l’homme à « l’état de nature » de Rousseau. Maintenant, nous avons nos « sans-papiers », l’Elias du film Eden à l’ouest de Costa-Gavras. A chaque fois, l’Europe joue la même comédie, celle de se croire inférieure à toutes les autres cultures, plus « authentiques », plus « pures », plus « innocentes », plus « naturelles », moins décadentes.
Entre chaque bouffée de « primitivisme », entre chaque envolée lyrique en hommage à l’Autre, fût-il réellement cannibale, fanatique ou arriéré, l’Europe s’est repliée sur un occidentalisme et un ethnocentrisme parfois criminel, souvent seulement équivalent à l’ethnocentrisme de toutes les autres cultures. C’est ce repli qui fait peur aux belles âmes qui l’accusent de tous les crimes, et l’y poussent sans s’en rendre compte !
En fait, ce qui fait le propre de l’identité européenne, et donc, de l’identité française, c’est qu’elle est sans cesse capable de se remettre en question. L’autocritique culturelle est le fondement même de l’identité culturelle occidentale. Il y a comme un perpétuel mouvement de pendule entre les deux pôles du commandement chrétien « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » : il y a des époques où l’Europe adore son prochain plus qu’elle-même et des époques où elle fait l’inverse, et se met à dire avec Pierre Desproges : « Dieu ou pas, j’ai horreur qu’on me tutoie, et puis je préfère moi-même. »
Cependant, ce perpétuel mouvement de balancier entre haine de soi et amour de soi ne se retrouve que chez nous ! Aucune autre culture ne s’est montrée capable de se critiquer autant elle-même et de survivre, à part la culture occidentale. On attend toujours les excuses des représentants de l’Organisation de la Conférence Islamique pour le génocide des 120 millions de noirs africains castrés et vendus dans le cadre de la traite orientale (4). On attend toujours les excuses des Turcs pour avoir détruit le christianisme d’Orient, ou, plus proche de nous, pour le génocide arménien ! On attend toujours l’autocritique des Chinois d’avoir asservi et acculturé les Tibétains. On peut attendre encore longtemps les excuses des Russes d’avoir voulu slaviser l’Europe orientale. Et les Indiens peuvent attendre jusqu’à la fin de l’Age de Fer les excuses pour les massacres de l’Hindou Kouch, et les 80 millions de morts de la conquête musulmane du sous-continent indien !
L’Occident n’est sûrement pas l’espace le plus criminel sur la face de la terre, ni la culture la plus meurtrière. Par contre, il possède sûrement la culture la plus autocritique. Il faut en finir avec la repentance, certes, car cela n’est à présent qu’un avilissement devant plus criminel que soi, quand toutes les cultures sont jugées à la même aune. L’Occident est grand parce qu’il a su se repentir, tirer des leçons de ses fautes et rebondir.
Ceux qui font la moue devant le débat sur l’identité nationale, lancé par le Ministre de l’Immigration, parce qu’ils le soupçonnent de dérives xénophobes, sont les mêmes qui croient que l’Autre est forcément pur, innocent, authentique, intègre. Ils croient que le monde est partagé en deux récipients étanches : les innocents « primitifs » et les coupables décadents. Par là, ces amoureux de la diversité se manifestent comme les frères jumeaux de ces racistes qui croyaient les occidentaux intrinsèquement supérieurs aux barbares. Les anti-racistes n’ont fait que récupérer la vision du monde des suprématistes qu’ils prétendent combattre, en en renversant les signes. Non, le monde humain n’est pas divisé. La barbarie et l’injustice sévissent du Levant au Couchant. Mais qui a eu le courage de le reconnaître, à part les Occidentaux ? Quelle culture, à part celle issue des traditions judéo-chrétiennes, a su demander pardon pour ses crimes ?
La haine exacerbée de soi d’un certain Occident n’est pas une rupture avec le racisme et le suprématisme occidental, mais une de ses manifestations : elle consiste à se croire membre de l’élite du Mal, mais de l’élite quand même. Or, la seule attitude véritablement respectueuse de l’Autre, et authentiquement égalitaire, c’est celle qui le considère capable des mêmes horreurs et des mêmes merveilles que soi. C’est pourquoi seule la critique impitoyable, sous les auspices des valeurs communes de l’humanité, constitue la véritable marque de considération pour ses frères humains.
Ceux qui refusent le débat sur l’identité nationale font comme s’il était barbare de se demander s’il y a des barbares. Ils adoptent une pose offusquée qui laisse entendre que tout cela est futile et sans objet, puisque eux, ils aiment l’humanité au-delà de ses différences culturelles. Et leur dédain ne signifie rien d’autre qu’ils n’aiment aucune humanité en particulier. C’est là le dernier avatar, l’avachissement sublime d’un certain universalisme français, qui, comme en 1793, aimerait bien dévorer ses propres enfants, mais qui ne parvient qu’à les mâchonner de ses gencives pâteuses : « Salauds de pauvres ! »
(1) http://www.godfstats.com/?q=node/569
(2)http://tempsreel.nouvelobs.com/depeches/politique
(3) colloque-uncpsy/20061016-resume-de-actes.pdf
(4) http://www.youtube.com/watch?v=jcIcd3T2BMw

MIEUX CONNAITRE RIPOSTE LAIQUE

Interview donnée à Radio Libertaire par nos deux collaborateurs, Anne Zelensky et Pierre Cassen, qui expliquent fort bien la philosophie de notre journal (aller sur notre site, à droite, sous la présentation du livre « Les dessous du voile ».
Conférence Pierre Cassen à Saint-Leu (1re partie)
2e partie
3e partie

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LES PROCHAINES CONFERENCES RIPOSTE LAIQUE

Mardi 17 novembre
Les mardis du PS 78
Maison des Sports, 34, rue Gabriel Péri, Saint-Cyr l’Ecole
Laïcité et féminisme
Avec Annie Sugier, Jacqueline Costa-Lascoux, Armelle Lebras-Chopard
Débat animé par Sylvie Durand-Trombetta, Secrétaire Fédérale aux Droits des Femmes et à la Parité
Samedi 21 novembre
20 heures 30
Salle PICASSO, rue Paul Pons à AGEN (face au Stadium)
La Libre Pensée de Lot-et-Garonne vous invite à une conférence-débat animée par : Annie SUGIER , présidente de la Ligue du Droit International des Femmes.
« VOILE INTEGRAL ET DROIT DES FEMMES », en marge des travaux de la mission parlementaire.
En introduction, projection du film documentaire « La Laïcité et le Droit des Femmes » de Véronique DECROP.
Contact : 0553954350
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