L’incroyable tiédeur de la Fédération anarchiste face à l’islam

Publié le 6 décembre 2010 - par
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Ni Dieu Ni Maître

Ils étaient fiers de ce mot d’ordre, les libertaires se réclamant de Bakounine, Voline, Durruti, Camillo Berneri, la CNT FAI… Ils affichaient ainsi, radicalement, leur refus « de la main tendue aux travailleurs catholiques ». Ils préconisaient même une version « révolutionnaire » et fédéraliste et collectiviste, intégralement émancipatrice du « kultur Kampf » du chancelier Bismarck.

Il y a quelques mois, la fédération qui abritait les exploits d’un Louis Lecoin, la Fédération anarchiste, la FA, tenait congrès. Elle adoptait une résolution qu’on ne peut qualifier autrement que de terrible couteau sans lame.

Quand je dis ici couteau sans lame, je pourrai dire, me livrant à un lacanisme pas tout à fait à de mauvais aloi, qu’il s’agissait en effet d’un terrible couteau anti religieux, sans l’âme, sans l’ancienne âme du combat libertaire contre la dictature religieuse.

En effet, en lisant la résolution votée par nos terribles « anars », je m’attendais à trouver une dénonciation et une condamnation nette et ferme des tentatives méthodiques, menées depuis 1997, par des dictatures obscurantistes voulant exporter partout leur contre révolution morale.

Je m’attendais à trouver au moins une allusion aux exigences réitérées de la conférence des états islamiques (OCI), exigeant que tous les états membres de l’ONU modifient leur législation, pour y introduire le délit de blasphème, le crime de « diffamation des religions ».
Face à l’offensive orchestrée par l’OCI, silence radio du côté des épigones de l’anarchisme.

Au panier « ni Dieu ni Maître ». On ne sait pas si Léo Ferré pourra encore être chanté dans un rassemblement de la FA, ou si, comme pour une chanson d’Adamo déclaré coupable d’avoir « judaïsé » Jérusalem, on ne va pas remastériser la chanson de Ferré pour qu’elle n’offense pas les oreilles des croyants qui pourraient passer par là.
Pour justifier sa capitulation en rase campagne, qu’à dit le congrès de la FA ?

Ecoutons-le : (il dénonce) ceux qui utilisent la Laïcité et la dénonciation de la religion, pour « véhiculer des idées racistes, xénophobes et nauséabondes ». C’est presque mot pour mots les paroles des invités à l’émission islam du dimanche 5 décembre. C’est presque mot pour mot la résolution proposée au vote de l’ONU par le représentant de la dictature militaire au Pakistan.

En suivant cet argument dérisoire, en 1936, Hitler et Mussolini auraient pu, comme les dictatures pakistanaise et libyenne, dénoncer « un racisme déconnecté de la race ».

Bien sur, nos terribles libertaires vont nous dire, du tac au tac, qu’en 1936, ce n’était pas pareil, qu’en 1936, ce n’était ni raciste, ni xénophobe, ni nauséabond de s’opposer aux dictatures s’imposant aux nations allemandes et italiennes. En quoi n’était-ce pas pareil ? En quoi est-il raciste en 2010 de combattre le fascisme iranien qui affirme être décidé à pendre cent mille iranien s’il le faut pour imposer coûte que coûte la « révolution islamique » qu’il veut exporter ?

En quoi est-il raciste de combattre les ukases du gouvernement pakistanais et de l’OCI ?

Ce serait intéressant d’entendre des arguments de nos anarchistes. Au lieu de cela, on a entendu et on entend encore, des lieux communs et des résolutions habillant un radicalisme de façade, un révolutionnarisme impotent. Jusqu’à quand ?

Alain Rubin

Ni religion ni racisme ni xénophobie

La lutte antireligieuse est plus que jamais à mener : face au retour en force des communautarismes religieux, à la revendication d’une « laïcité ouverte » ou « laïcité positive » où hiérarchies et appareils religieux interviendraient directement dans les institutions, attaques contre le droit à l’avortement orchestrées par des lobbys religieux, financements publics des institutions religieuses notamment dans l’Education … les religions font un retour en force dans la vie politique française.

De plus le gouvernement utilise le combat pour la laïcité, celle qui retire aux religieux leur droit d’action obscurantiste et irrationnel, notamment contre les plus jeunes, afin de faire des amalgames xénophobes contre certaines personnes, de confessions et plus généralement de cultures différentes.

D’une part, l’Etat instrumentalise les fondamentalismes religieux afin
d’instaurer sa politique sécuritaire, d’autre part, il veut faire croire que ces mêmes religions dans leur version « soft » seraient nécessaires à la société.

Selon nous, le retour du religieux révèle surtout l’exclusion croissante d’une part importante de la société.

En conséquence la Fédération anarchiste rappelle:

– qu’elle combat, a combattu et combattra toujours toutes les religions
quelles qu’elles soient.

– que les religions n’ont jamais, ne sont pas et ne seront jamais des facteurs d’émancipation : qu’elles instaurent un rapport de domination politique, sexuelle, économique et nationaliste.

Pour cette même raison :

– nous refusons tout amalgame entre les religions et les origines.

– nous affirmons que les interdictions et répressions perpétrées par l’Etat
contre certaines religions, qui sont souvent le prétexte à des politiques
xénophobes, ne peuvent être un moyen souhaitable de combattre la religion.

– que ceux qui, sous couvert d’un nécessaire combat antireligieux, véhiculent des idées racistes, xénophobes et nauséabondes, seront toujours les ennemis de la Fédération anarchiste.

Motion adoptée au 67e Congrès de la Fédération anarchiste
réuni à Rennes les 22, 23 et 24 mai 2010

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