L'islam, Dounia, Caroline, la laïcité et la France

« Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde », Albert Camus

Le 25 avril 2008, dès l’ouverture des premières Assises Professionnelles sur le thème de « La gestion de la laïcité dans le monde du travail » au siège du Conseil Economique et Social (CES), c’est cette phrase qui a été mise en avant.
Mais dès la première table ronde, cet exergue s’est avéré être un simple slogan ; une enseigne publicitaire pour vendre de la pacotille à celles et à ceux qui ne connaissent pas bien les méandres et les détours de la pensée islamique, illustrée à merveille à cette occasion par celle de Mme Bouzar. Au sujet de l’islam, la France et ses élites émergentes sont aujourd’hui complices d’une hypocrisie innommable parce que, justement, elles ne nomment pas un chat un chat tout en proclamant vouloir le faire. En commençant par le titre-même de ces assises : il n’use pas des mots adéquats pour traiter finalement des revendications et des pratiques religieuses au sein de l’entreprise et sur les lieux de travail.
La laïcité, bonne à tout faire ces derniers temps, est le régime légal français de séparation de l’Eglise et de l’Etat. Elle n’est pas un régime de séparation de la religion du domaine de la gestion, du domaine social et tout particulièrement celui du travail. Cette séparation s’appelle tout simplement sécularisation et émancipation. Elle consiste en un recul librement concédé ou bien forcé de la religion de la sphère sociale, qu’elle a tout naturellement tendance à submerger et à régenter. C’est contraintes que les religions acceptent de se retirer dans les cœurs ; chose difficile à réaliser pour le judaïsme et pour l’islam dont les mécanismes internes se mêlent de la vie pratique et quotidienne des fidèles. Le judéo-christianisme a été amené à y renoncer dès l’ère romaine.
Les lois définissant la laïcité ne traitent de la religion au travail que pour un aspect très restreint : celui de la neutralité des services publics face au public. Mal nommer les choses dès le départ, dès le titre des assises, ne pouvait donc présager d’une clarification tant attendue. Mais je me garderai d’être injuste : il y eut aussi des moments de vérité, des cris du cœur et je relaterai ici ceux auxquelles j’ai assisté (première table ronde).

Chère Dounia, vous pouvez bien nommer les choses !

Mme Bouzar, vedette de ces assises, est une musulmane en cheveux qui a très bien réussi. De ce point de vue, je l’apprécie et je me réjouis pour elle. Ces sentiments ne sont pas de circonstance puisque je les avaient déjà exprimés dans d’autres critiques (1). Comme je vais le démontrer, je n’aime pas du tout les idées de Dounia tout en l’appréciant pour l’exemple vivant qu’elle représente : celui d’une femme musulmane qui n’a pas eu besoin d’arborer un quelconque foulard pour être membre du Conseil Français du Culte Musulman ; l’exemple d’une femme qui, ayant eu le courage de mettre la main au cambouis, a aussi su démissionner lorsqu’elle a constaté que le CFCM vivait encore à l’heure de l’Orient et de l’Afrique du Nord, alors qu’il était temps de se mettre à l’heure des musulmans de France et d’Europe.
Qu’en est-il des idées que Mme Bouzar a avancées au CES et qu’en est-il de l’approche qu’elle a toujours privilégiée ?
Je crois que les idées de Dounia Bouzar sont nocives et je qualifierai son approche de pernicieuse. A première vue, ce jugement peut paraître excessif. Mais quand on commence par mettre un épais voile sur les fondamentaux de la religion musulmane, avec l’alibi que Madame ne veut pas faire de théologie, je vois mal comment on peut traiter un problème religieux sans désigner ce qui ne va pas dans les prescriptions et dans les pratiques les plus basiques de cette religion ? Cette approche consistant à mettre hors d’atteinte une religion pour culpabiliser uniquement ses pratiquants est ignoble ; en plus d’être dilatoire. Elle ne veut pas bien nommer les choses.
Voici des exemples concrets :
– Cinq prières par jour, comme tout le monde le sait, est tout de même une prescription islamique permettant de transformer la vie quotidienne en vie quasi monacale. Il est recommandé de les effectuer à l’heure. Ces prières, comme les usines Renault le savent depuis des décennies, exigent non seulement un local idoine sur le lieu de travail, mais aussi des ablutions consistant en des lavements de TOUTES les parties intimes, réalisables uniquement dans des bidets ou bien dans des toilettes à la Turque disposant d’un robinet près du sol. Au lieu d’expliciter cela et de dénoncer l’hygiène totalement dépassée qui en découle, Mme Bouzar fait semblant de dénoncer le cas théorique d’un musulman qui exagère et qui « exige des toilettes à part ».
– L’islam interdit non seulement la consommation du porc et de l’alcool, mais aussi leur commerce. C’est dire que la vie d’un musulman européen scrupuleux lui est rendue infernale s’il doit faire vivre sa famille avec l’argent qu’il gagne dans un supermarché français où ces produits sont de première nécessité et génèrent une part importante de sa paie. Au lieu de dénoncer ces interdits d’un autre espace-temps, là où l’hygiène et la modération laissaient beaucoup à désirer, Mme Bouzar nous amuse avec le cas d’un musulman ou musulmane qui explique qu’il (elle) « ne peut toucher les échantillons contenant de l’alcool ». Quel enfantillage ! En entendant ces cas théoriques, totalement aseptisés (à l’alcool ?), avant d’être présentés par la maîtresse de séance, je me suis mis spontanément à sucer mon pouce et à dire « areu !». J’avais définitivement renoncé à mon Camus du début.
– Mme Bouzar a indiqué qu’il était possible de se couvrir les cheveux au travail sans apparaître comme musulmane. Les filles voilées de la salle en étaient tout étonnées et demandaient des précisions à la Camus. Mais Mme Bouzar n’a nullement nommé ce qu’elle préconisait. Pourtant, en présence d’un amiral et d’un colonel, elle aurait pu au moins citer les casques de combat, les bérets, les tenues de camouflage ou les cottes de mailles. Elle aurait pu parler des toques pour les cuisinières et indiquer tout simplement pour les autres que la foi est dans le cœur et non pas dans un bout de tissu. Mais Madame Bouzar préfère trahir Camus et l’instrumentaliser au lieu de parler vrai.

Tout comme les Ramadan, Mme Bouzar est une marchande d’illusions

Mme Bouzar nous joue l’experte pour ne présenter que des cas où elle ne prend aucun risque. Ainsi, les problèmes rencontrés par les différents employeurs avec l’islam (en tant qu’ensemble de prescriptions d’un autre espace-temps) resteront les mêmes. Mais, entre temps, Mme Bouzar aura réussi sa propre promotion et diffusé sa camelote à des milliers d’exemplaires.
Force est de constater que Dounia Bouzar a beaucoup appris des Ramadan & Confrérie après avoir décortiqué leur discours : elle commence par faire semblant d’être critique pour aboutir, tout compte fait, à une mise à l’abri de la religion musulmane tout en nous amusant avec le comportement des soi-disant extrémistes et intégristes. C’est la même pente sur laquelle elle risque d’entraîner des intellectuels aussi brillants et lucides que Caroline Fourest.
Critiquer les Ramadan & Confrérie pour nous vendre leur camelote dans un nouvel emballage, n’est tout pas ce que la France attend comme courage de sa nouvelle élite. Elle mérite mieux que cela et nous devons nous y atteler !
Et puis il y a la caution de Caroline Fourest
S’il y a au moins une chose pour laquelle on ne peut qu’apprécier Caroline Fourest, c’est bien la clarté de ses idées et la justesse de son expression. Elle prend très au sérieux la phrase de Camus. Elle a aussi été très claire dans son positionnement par rapport à l’affaire Truchelut et ça se respecte, même si j’ai expliqué ailleurs le fond de notre désaccord amical (2).
Mais tout de même ! Mme Fourest aurait pu au moins constater qu’on ne peut en aucun cas se passer d’une critique des prescriptions religieuses en tant que telles et en tout lieu. Taire ce principe de base qui a pourtant permis de remettre le judéo-christianisme à sa bonne place dans notre société (et pas seulement sur l’arène politique) est pour moi un manquement coupable. C’est une tâche citoyenne que nous ne pouvons plus renvoyer aux calendes grecques.
Ceci dit, le discours de Caroline Fourest n’a laissé aucune ambiguïté sur ce qu’elle pense des foulards. Mais de là à tenir un discours féministe très clair qui renvoie purement et simplement et en toute circonstance ce symbole de domination à son Antiquité et à son Moyen-âge, c’est un pas que ni Caroline ni Dounia ne sont prêtes à faire.
Après le politiquement correct, voici donc venu le temps du théologiquement correct, BCBG et très subtil. Il sait emprunter les méandres d’étroites tranchées de la laïcité, du respect et de la tolérance. Par sa subtilité même, il devient pernicieux, difficile à déceler et à donc à dénoncer ! Avec des filles comme ça qui tiennent le haut de l’estrade et de l’affiche on n’est pas sorti de l’auberge ; ni du gîte d’ailleurs.

Une des questions qui fâchent : le jeûne

Heureusement que la salle du CES contenait aussi des esprits critiques qui ne se laissaient pas conter des historiettes aux « fioles d’alcool ». Une responsable DRH a carrément posé la question du ramadan et de son incompatibilité avec la vie du travail moderne : vigilance sollicitée tout au long de la journée, exigence de performance pour tenir face à la concurrence, devenue internationale. Or, manger et boire tout au long de la nuit (3) pour somnoler, ne rien manger et surtout ne rien BOIRE pendant toute la journée, n’est tout de même pas une prescription religieuse compatible avec une vie laborieuse et saine. A cette question qui touche à l’islam et non pas à l’intégrisme ou à l’islamisme, Mme Bouzar s’est faite tout à fait translucide. Elle aurait pu tout autant être absente du CES.
« Il faut boire Madame Denise ! », nous répète-t-on tout au long des journaux télévisés en été, mais dès qu’il s’agit des musulmans, il n’y a plus de ministère de la santé en France. Pourtant, je n’ai pas manqué de l’alerter (ainsi que Dr Dalil Boubakeur) sur cette question. Quant à Mme Bouzar qui aurait pu purement et simplement dénoncer cet ASPECT nocif de la pratique du jeûne (sans ingérer d’eau) pour la santé des musulmans, c’est comme si elle n’était plus à l’estrade ni aux commandes du micro.
L’ère de la lâcheté islamo-française est donc toujours ouverte. Ce n’est que depuis 1830 que cela dure ! Aujourd’hui, elle a droit de cité dans la prestigieuse enceinte d’une des institutions de la République : le Conseil Economique et Social. Excusez du peu !
Et maintenant qu’il est un éminent acteur de la République, notre ami Rachid Kaci devrait remettre à jour son livre qu’il avait si bien intitulé : « La République des lâches ». Il a participé à ces assises. Dommage que mon éloignement de Paris ne m’avait pas permis de rester jusqu’au bout et d’écouter son intervention.
Pascal Hilout Nouvel islam
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(1) [« Monsieur Islam » n’existe pas->http://nouvel-islam.org/spip.php?article5]
(2) [Laïcité ou plutôt émancipation ?->http://nouvel-islam.org/spip.php?article111]
(3) Durant les nuits de folie ramadanienne, le dernier repas est pris aux aurores pour tenir le coup toute la journée.
A ce sujet, voir aussi l’excellent article de Radu Stoenescu : [Délivrons les musulmans du discours de Dounia Bouzar->http://www.ripostelaique.com/Delivrons-les-musulmans-du.html
[Présentation des assises par ses organisateurs ->http://www.dynamique-diversite.fr/]

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