L'Obamania contre la laïcité

L’avènement du « nouveau sauveur » est advenu, et, tous ensemble, tous ensemble, (ouais !!!) chantons les louanges des heureux temps à venir, depuis l’éternité que nous les attendions.
Jouez hautbois, résonnez musettes. Citoyens du Monde, frappez des mains et des pieds !
La caisse de résonance de média a donné dans la démesure pour nous convaincre, toutes chaînes confondues, tous organes de presse réunis, de l’immense « Espérance » que représentait pour l’Humanité (n’oublions pas les majuscules) l’élection, aux USA, d’un « président noir » (ce qui devrait sans doute lui donner une raison de plus d’être compétent ou de jouir d’un talent exceptionnel…) sous l’élection duquel tous les représentants patentés et médiatisés de tous les partis politiques de notre beau pays ont tiré le tapis rouge de l’obséquieuse adulation.
Oubliée la crise financière qui puise ses origines dans le système économique impulsé et dirigé par les USA. Oubliée la soumission de l’économie mondiale au « dieu Dollar ». Oubliée la politique de « containment » de la Chine, d’encerclement de la Russie, de domination de la planète, qui porte la réalité de l’impérialisme américain…Oubliées la projection et l’installation sur tous les terrains de forces armées, de réseaux d’espionnages, de chefs d’Etats fantoches, qui permettent à la première des grandes puissances d’imposer sa vision unipolaire de l’ordre du Monde.

Oublié tout ce qui aurait pu conduire chacun à réfléchir, à mesurer les enjeux internationaux, à percevoir les dangers, à voir que rien ne va fondamentalement changer !!! Mais il ne fallait pas amener à comprendre quand le but de nos « élites faiseuses d’opinions » était de nous faire adorer aveuglément l’arrivée d’un « homme de couleur » à la Maison Blanche (va-t-on la débaptiser ?) pour mieux ensuite nous manipuler.
Car la véritable raison de ce tohu-bohu médiatique où le ridicule le disputait au compassionnel humanitariste ne devait pas tarder à surgir sous les regards ébahis de ceux qui, de bonne foi, avaient pu se laisser prendre.
Un « enfant d’immigré » devenu industriel (emploie-t-il dans son entreprise ces immigrés réguliers ou illégaux dont M. Bouygues vanta jadis la « malléabilité et le coût dérisoire »?) trouva le relais actif d’une presse complaisante pour lancer « un manifeste pour l’égalité réelle » intitulé « Oui, nous le pouvons » (Obama, nous voilà !) qui stipule : « l’élection de Barack Obama éclaire par un contraste cruel les manquements de la République française et l’écart qui nous sépare d’un pays dont les citoyens ont su dépasser la question raciale et élire pour président un homme qui se trouve être noir »Quelle leçon! Nous autres Français, qui revendiquons notre universalisme pour faire pièce à cette diversité, nous devons bien écouter celle-ci ».
La « caisse de résonance » bien pensante et bien « en Cour » battit alors le rappel.
Après avoir posé dans les magazines « dans le simple appareil d’une beauté qu’on vient d’arracher au sommeil » (et même « sans appareil » du tout) puis susurré à mi-voix son affectivité dans le showbiz chantant, Mme Bruni, propulsée par accident de coeur au plus haut symbole de l’Etat, se sentit une « âme » suffisamment grande pour cautionner cette initiative d’appel « à un Grenelle de la diversité »…aussitôt relayée par tous ceux que le parisianisme ambiant, bobophile, « politiquement correct » et dégoulinant de « repentance » compte de plus médiatiques , de JF Copé à A.Montebourg, de D. Voynet à C. Taubira, de Théo Klein à Benjamin Stora.
Et même un certain Patrick Lozès devint l’invité d’honneur de tous les vecteurs de la communication (qui trouvent leur point d’ origine à l’Elysée même) , au prétexte qu’il est le président du « Conseil Représentatif des Associations Noires ». Imagine-t-on les cris de vierges hypocritement effarouchées qu’auraient poussés toutes les « institutions » si un obscur président du « Conseil Représentatif des Associations Blanches » s’était manifesté, appuyé par les représentants des « conseils représentatifs des Associations Jaunes, Eurasiennes, Amérindiennes »?
N’est-ce pas là une manifestation de pur racisme que de séparer les Français en catégories au prétexte de leur couleur de peau ? N’est-ce pas là un acte contraire à la loi qui interdit de recenser les citoyens selon leur origine ethnique ? N’est ce pas là un rejet de l’article premier de notre Constitution qui dit : « la République assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion » ?
Et pourtant. Dans la foulée de ce « manifeste » manifestement marqué de relents discriminatoires (fussent-ils appelés « positifs » comme les mêmes appellent « positive » la laïcité), le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel monta au créneau pour vilipender les medias qui ne rendent pas suffisamment visibles « les non-blancs » (sic !), tandis que le président de la République nommait un nouveau préfet qui fit se pâmer les courtisans, s’écriant à qui mieux mieux : « Mais il est noir !!! Comment peut-on être noir sans être préfet ?!!! » (par parenthèse, on pourrait remarquer que les cadres d’origine africaine formés en France seraient très utiles à leur pays d’origine pour les aider à « émerger »…).
Et les trompettes de la renommée bien pensante d’emboucher le credo de la diversité, de la place des « minorités visibles » (on suppose que les « non visibles » ne les intéressent pas), des quotas nécessaires, du volontarisme politique indispensable pour leur donner une place particulière, bref, pour construire de manière légale le communautarisme auquel rêvent d’aboutir aussi bien le locataire de l’Elysée que ceux qui prétendent l’en déloger, partisans les uns et les autres de cette Europe politique et sociétale à l’anglo-saxonne que feu le traité constitutionnel nous promettait.
Ah, les quotas, pourcentages mathématiques fixé à l’avance ? Si j’étais membre du « conseil représentatif » cité plus haut, je m’insurgerais contre une telle mesure : dame, 1 000 000 de Français seraient « noirs de peau », même pas 1,5% de la population…De quoi être éternellement minoritaire, et encore moins qu’aujourd’hui !!!
Ah, les quotas pour « les minorités visibles ». Va-t-on différencier les individus par leur couleur de peau et/ou leur origine ethnique ? Combien pour les très noirs et les moins noirs ? Combien pour les kabyles, les berbères ? Et les arabes, qui sont des sémites, « classés » dans la race blanche par ceux qui parlent de races à l’instar de ce conseil représentatif cité plus haut ? Va-t-on les différencier par leur apparence physique ? Les obèses d’un côté, les anorexiques de l’autre ?
Les grands à gauche, les petits à droite (ou vice versa, ne prenons pas parti). Inclura-t-on ici les « handicapés » ? Les blonds et les bruns, les gauchers et les ambidextres ? D’aucuns élargissent le champ des discriminations pour en appeler à la reconnaissance des préférences sexuelles : chacun devra-t-il déclarer s’il est homosexuel, bisexuel, adepte du sado-masochisme ( ou sado sans être maso et réciproquement), rétif à l’acte, érotomane, zoophile ?
D’autres encore parlent de pratiquants de telle ou telle religion (se rappelle-t-on « le préfet musulman » ?) : recensons les catholiques qui croient en Dieu, ceux qui n’y croit pas (si, si , ça existe), les évangélistes, les témoins de ceci ou de cela, les protestant purs et durs, les taoïstes et les bouddhistes, les athées et les agnostiques (que les oubliés me pardonnent !). Pour les musulmans, la tâche sera rude : il y a les sunnites et les shiites ( ils ne s’aiment guère, dit l’Histoire) mais tel sunnite du Maroc ne prie pas avec tel autre d’Algérie ou de Tunisie…tel sunnite de telle « école » se défie de tel autre d’une autre « école »…alors ???
Et ces quotas doivent concerner tous les domaines, y compris les entreprises où le personnel d’encadrement, par exemple, devrait satisfaire aux pourcentages ethno-religieux et/ou sexuello-physiques, comme si de tels critères pouvaient être gages de valeur intrinsèque et d’efficacité réelle ! (la curiosité serait que de telles règles soient en vigueur pour constituer notre équipe nationale de football !)
Bref, il s’agit ni plus ni moins de préparer les esprits de nos concitoyens au découpage de notre espace public et sociétal en blocs ethno-religieux instillant un communautarisme de fait où les lois particulières de ces ensembles étroits et opposés s’imposeraient aux lois générales démocratiquement élaborées par l’ensemble des citoyens . Il s’agit ni plus ni moins de préparer les esprits de nos concitoyens à l’ajout dans la Constitution du terme de « diversité » qui effacerait celui « d’unité », celui « d’universalité », préparant ainsi l’abandon du socle laïque de notre République.
Car, si tous ceux qui s’agitent dans les média, dans les structures administratives, dans les partis politique, dans les syndicats, dans les associations de toutes sortes, pour prôner « la diversité », « les quotas de représentativité », les quotas professionnels et sociaux, avaient en vue l’intérêt de la Nation, sa permanence, son renforcement, ils n’auraient qu’à exiger l’application stricte de la loi républicaine que notre Histoire a su, en s’inspirant des « Lumières », élaborer.
Il suffirait, ni plus ni moins, que de reconnaître en chaque individu un citoyen à égalité de droits et de devoirs ; que de lui donner les moyens d’accéder à l’éducation, à une formation réelle, à une place concrète dans l’espace public,social, économique en valorisant le mérite personnel, la compétence,le talent ;que de l’ouvrir aux valeurs républicaines en l’initiant à l’universalité de la laïcité et à la fonction égalisatrice et émancipatrice de la loi démocratique.
Tout cela est dans notre Constitution et dans nos lois organiques et générales…Tout est applicable, et c’est la responsabilité des représentants du peuple saisi dans son unité politique que de le faire.
A ce jour, tous élus confondus, ils ont failli.
Robert Albarèdes
www.laic.fr

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