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La bataille de Montcornet : Macron célèbre une victoire… allemande

« Les troupes recevront de l’aviation une aide précieuse quant à leur camouflage. Les fumées épandues du haut des airs cachent en quelques minutes de vastes surfaces du sol tandis que le bruit des machines volantes couvre celui des moteurs chenillés. »

(Charles de Gaulle : « Vers l’armée de métier » Édition de 1934 (1)

« … Mais surtout en frappant à vue directe et profondément, l’aviation devient l’arme dont les effets foudroyants se combinent le mieux avec les vertus de rupture et d’exploitation de grandes unités mécaniques. »  (De Gaulle, « Vers l’armée de métier », rajout dans la réédition de 1944)

  À peine sorti du confinement, l’avorton présidentiel  va se rendre à Montcornet, dans l’Aisne, « haut lieu d’une bataille où s’illustra le général de Gaulle » nous dit-on. Après  « Clemenceau dans les tranchées », il nous refait le coup de l’ « union nationale » en allant ratisser chez les gaullistes, de droite  comme de gauche. Et je me dois – une nouvelle fois – de tirer un grand coup de chapeau à ses conseillers en communication, car ce genre de grosse arnaque intellectuelle, ça marche à tous les coups : il va reprendre 5 ou 10 points dans les sondages, grâce aux imbéciles et aux gogos qui – ne connaissant  rien à l’histoire de France – raffolent des symboles forts, de la geste épique et des récits magnifiés (voire carrément inventés). On se souvient que Macron, en campagne présidentielle, a rendu visite à Philippe de Villiers et s’est extasié devant le spectacle de mémoire du Puy-du-Fou. Le vicomte en était tout retourné. Pour un peu, il aurait adhéré à la « République en marche » (2).

Ensuite, il est allé honorer la mémoire de Jeanne-la-Pucelle à Orléans. Plus tard, nous eûmes droit à son « itinérance mémorielle » (quel charabia !) sur divers champs de bataille de la Grande Guerre, mais sans faire référence à la victoire, pour ne pas contrarier Angela Merkel, et surtout sans rendre hommage aux maréchaux de 14-18, pour ne pas citer le héros de Verdun, le maréchal Pétain.

« Et en même temps », car il faut bien ratisser large, il condamnait le colonialisme et qualifiait de « crime contre l’humanité » l’œuvre française en Algérie.

Macron est nul en histoire et en géographie. Je ne sais pas ce qu’on  apprend  à l’ENA mais il nous a déclaré sentencieusement que la Guyane était… une île. Faut-il être ignare pour célébrer la bataille de Montcornet !  Mais elle fait partie du mythe gaulliste, c’est un fait !

Certains auteurs parlent même de la « victoire de Montcornet » car il fallait impérativement faire croire au bon peuple que le « premier résistant de France » s’était battu héroïquement avant d’aller continuer le combat… derrière les micros de la BBC. Or Montcornet est indéniablement une victoire, mais une victoire… allemande (comme le dit Gudérian dans ses mémoires).

Ce fait est attesté par TOUS les historiens, y compris les gaullistes, de gauche comme Jean Lacouture (3) ou de droite comme Henri Amouroux (4).

Essayons donc de résumer brièvement – et honnêtement -  les combats de Montcornet.

Lorsque la guerre éclate, Charles de Gaulle, le protégé de Paul Raynaud (après avoir été celui du maréchal Pétain), est toujours colonel et ambitionne un grand destin, politique ou militaire.

Le 26 janvier 1940, il envoie à quatre-vingts personnalités (dont Léon Blum, Paul Reynaud, les généraux Gamelin et Weygand), un mémorandum intitulé « L’avènement de la force mécanique ».

Ce texte, contraire au devoir de réserve d’un officier supérieur, insiste sur la nécessité de constituer de grandes unités blindées plutôt que de disperser les chars au sein d’unités tactiques, comme le préconise l’état-major. Il ne fait que reprendre à son compte les théories du général Estienne (et du colonel Mayer). Rappelons que le général Estienne, encouragé par le maréchal Pétain, proposait la création d’un corps motorisé dès… 1920.

Trois jours avant l’offensive allemande du 10 mai 1940, le colonel de Gaulle est averti de la décision du commandement de lui confier la 4e division cuirassée.

Dans « Mythes et Légendes du Maquis » (5), j’écris ceci :

« Le 10 mai 1940, le 3e Reich lance une grande offensive sur les Pays-Bas, la Belgique et la France dans ce qui sera appelée « la bataille de France ».

 Après la percée de Sedan le 13 mai, les troupes françaises sont en pleine débâcle…                                                                                                                                                                         

Le colonel de Gaulle, désigné, le 26 avril, pour commander, par intérim, la 4e division cuirassée, prend son commandement le 11 mai. Cette unité est en cours de formation (environ 5 000 hommes, 85 chars), elle manque d’appuis aériens, de batteries antichars et antiaériennes, de moyens de communication, de transports de troupe, et son armement est incomplet…

Avec sa division, de Gaulle tente d’exécuter une contre-attaque vers Montcornet, dans l’Aisne, le 17 mai. Ce village relève d’une importance stratégique majeure (il est situé sur l’axe routier entre Reims, Laon et Saint-Quentin ; c’est un point de passage obligé pour la logistique allemande).

La mission confiée à de Gaulle, le 15 mai, par le général Doumenc, est de « barrer la route de Paris en établissant un front défensif sur l’Aisne et l’Ailette », afin de permettre à la 6e   armée du général Touchon de s’y déployer… Le 17 mai, entre 4 et 5 h du matin, les éléments de la 4e division cuirassée se lancent sur Montcornet. Après avoir investi le village, vers midi, les chars français sont pris à partie par des canons antichars et des panzers allemands.

Par manque d’essence (?), de nombreux chars français doivent être abandonnés ou battre en retraite ; d’autres s’embourbent dans les marécages (6)…Vers 16 h, de Gaulle ordonne une nouvelle offensive contre Montcornet mais sans succès : les équipages de chars, sans aucune carte détaillée du secteur, sont attaqués par les canons ennemis. Le commandant Bescond, qui a dirigé l’assaut, est tué.

L’intervention de la Luftwaffe, vers 18 h 30, sonne le glas de l’offensive et force la 4e  division cuirassée à se replier. Les pertes du côté français sont de 14 tués, 9 disparus et 6 blessés ; 23 chars français (sur les 85 engagés) sont mis hors de combat lors de la bataille… »

Commentant le comportement de Charles de Gaulle au feu, l’historien Henri de Wailly (7) juge que, « loin d’avoir été particulièrement brillant, il a montré dans la bataille  les mêmes faiblesses et les mêmes incompétences  que les autres dirigeants militaires. »

À la suite de Montcornet, de Gaulle écrit une longue lettre à Paul Reynaud, président du Conseil (8), dans laquelle il lui  demande, soit le ministère de la Guerre, soit le commandement en chef de toute la force blindée française. Rappelons que de Gaulle, simple colonel, a été nommé « général de brigade à titre temporaire ».

Le 6 juin, l’ambitieux est convoqué  à Paris par Paul Reynaud  qui lui donne un hochet : le poste de sous-secrétaire d’État à la Guerre. Il a pour mission de coordonner l’action avec le Royaume-Uni pour la poursuite du combat. Ce qui explique sa présence à Londres un peu plus tard…

Il faut dire aussi, au risque d’écornifler la légende, que « Vers l’armée de métier » a fait un bide lors de sa parution en France en 1934 et n’a eu, bien sûr, aucune influence sur Guderian, créateur de la force mécanique allemande.

Si Macron tenait à honorer une victoire française durant cette époque tragique, il pouvait honorer la bataille de Narvik, dans le nord de la Norvège, du 9 mai au 8 juin 1940, puisqu’il s’agit de la seule victoire militaire des forces alliées durant l’offensive  de mai-juin 1940.

Le corps expéditionnaire franco-polonais, créé le 15 avril 1940, et commandé par le général Béthouart (nommé général pour l’occasion) comprenait entre autres :

La 27e demi-brigade de chasseurs alpins ; la 13e demi-brigade de Légion étrangère sous les ordres du lieutenant-colonel Magrin-Vernerey (le futur général Monclar) ; et la brigade autonome de chasseurs de Podhale, formée le 9 février 1940 à Coëtquidan : une unité de l’armée polonaise de l’Ouest.  Cette victoire fut de courte durée car les Alliés durent rapidement se retirer.

Je présume que Macron ne sait pas que 250 soldats français ont été tués à Narvik ?

S’il voulait – après tout, pourquoi pas ? – honorer une défaite française « dans l’honneur », que n’a-t-il pensé à Camerone (30 avril 1863) ou à Diên-Biên-Phu (7 mai 1954) ?

Mais s’il tenait absolument à une défaite plus qu’honorable, sur le sol national, pendant la terrible « bataille de France », qu’il aille donc à Haubourdin, dans la banlieue de Lille. L’histoire officielle a oublié les soldats  d’Haubourdin, sacrifiés pour permettre le réembarquement anglais à Dunkerque : il s’agissait de « poches de résistance » qui regroupaient 40 000 soldats (30 bataillons, 12 groupes d’artillerie, et 5 groupes de reconnaissance).                                                                                                 

Le 28 mai 1940, après la capture du général allemand  Kühne, porteur des plans d’attaque, (qui prévoyaient que trois « Panzer Divisionnen » attaqueraient de front), le général Molinié, qui  commandait les troupes françaises, et ses officiers, organisèrent une tentative de sortie.

Elle se solda par un carnage ! Le capitaine Philippe de Hauteclocque – le futur général Leclerc – réussira à traverser les lignes allemandes et à rejoindre, le 4 juin, les positions françaises sur le canal Crozat. Avec des centaines de morts et de blessés (civils et militaires), et leurs munitions épuisées, les « poches de résistance » françaises  cessèrent le combat, les unes après les autres, dans la journée du 31 mai. Le général Molinié et son adjoint, le colonel Aizier, négociaient alors, jusqu’à minuit, une reddition « dans l’honneur » pour les défenseurs de Lille et de ses faubourgs.

Le samedi 1er juin, sur la Grand-Place de Lille, les troupes françaises défilaient en armes devant les Allemands. Sur les six divisions encerclées à Lille, trois étaient des unités  nord-africaines.

Les Allemands leur accordèrent les honneurs de la guerre (il faut remonter à la reddition du fort de Vaux en 1916 pour trouver un précédent). Le 2 juin, Adolf Hitler, furieux, reprocha au général Waeger d’avoir marqué une pause dans sa progression vers Dunkerque et d’avoir rendu les honneurs militaires aux Français. Il fut limogé sur le champ.

Churchill, dans ses mémoires, estime que les défenseurs de Lille ont donné cinq jours de répit à « l’opération Dynamo » et ont permis, ainsi, de sauver des milliers de soldats britanniques.

Au prix de… 1 800 morts.  Qui, de nos jours, parle encore d’Haubourdin ?

Monsieur Macron, si vous voulez réellement rendre hommage aux Français tombés durant l’offensive de mai-juin 1940 – des pertes impressionnantes : 85 310 morts en six semaines – je vous invite à lire l’œuvre monumentale (5 tomes de 500 pages chacun) de l’historien Roger Bruge, publiée sous un titre un brin provocateur « Les combattants du 18 juin ». Vous y découvrirez des combats terriblement meurtriers et souvent héroïques. Il me semble que les 1 800 morts d’Haubourdin sont sans commune mesure avec les… 14 tués de Montcornet.

Mais je vous accorde que le choix de Montcornet est un bon symbole : jouer les gros bras devant le Teuton, et repartir la queue basse dès qu’il hausse le ton ; un peu comme vous devant Angela Merkel en somme ! D’ailleurs, vous devriez inviter Angela et lui faire croire que de Gaulle a collé une raclée à Gudérian.  Et, pour la circonstance, vous pourriez vous faire faire une tenue de tankiste sur mesure ; celle d’aviateur vous va si bien !

Éric de Verdelhan

1)- « Vers l’Armée de métier » de Charles de Gaulle ; Berger-Levrault ; 1934.

2)- Soyons honnête, Philippe de Villiers n’a pas tardé à déchanter.

3)- « De Gaulle », de Jean Lacouture ; Le Seuil ; 1965 ; nouvelle édition en 1971.

4)- « Le 18 juin 1940 », d’Henri Amouroux ; Fayard ; 1964.

5)- « Mythes et Légendes du Maquis » Éditions Muller ; 2019.

6)- le responsable de cette offensive avait oublié l’approvisionnement en essence des chars et la topographie marécageuse du terrain. Mais il est vrai qu’il était initialement officier d’infanterie avant de devenir écrivain et conférencier militaire.

7)- « De Gaulle sous le casque (Abbeville 1940) » d’Henri de Wailly ; Édition Perrin ; 1990.

8)- Max Gallo a décrit un de Gaulle « lèche-bottes »  et ne reculant devant aucune flagornerie pour arriver à ses fins. Il a écrit des lettres sirupeuses à Pétain. Et, de 1936 à 1940, il écrira plus de 60 lettres  à Paul Reynaud  à qui il propose ses services. Il y manie la « brosse à reluire » et la flatterie.

9)- « Les Combattants du 18 juin » de Roger Bruge. Tome 1 « Le Sang versé » ; Fayard ; 1982. Tome 2 « Les derniers feux » ; Fayard ; 1985. Tome 3  « L’armée broyée » ; Fayard ; 1987. Tome 4 « Le cessez-le-feu » ; Fayard ; 1988. Tome 5 « La fin des généraux » ; Fayard ; 1989.