La (Boni)face cachée de l’islamophilie

Publié le 27 juin 2011 - par - 1 084 vues
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Pascal Boniface, maître de conférences à l’Université de Paris VIII Saint-Denis (où il co-dirige un master sur « La construction européenne »), a, pendant quelques années, fait partie du système politico-médiatique qu’il vilipende aujourd’hui, dans un essai corrosif paru chez Jean-Claude Gawséwitch Editeur, « Les intellectuels faussaires. Le triomphe médiatique des experts en mensonge. »

L’autre face du politiquement correct

Membre du Parti socialiste, duquel il fut exclu avec fracas en 2001, subséquemment à des accusations (forcément fatales) d’antisémitisme portées, entre autres par l’ambassadeur d’Israël en France de l’époque, Elie Barnavi, Boniface semble se poser résolument en défenseur objectif de la cause palestinienne et, plus largement, du monde arabo-musulman. Cet auteur prolifique qui se demandait légitimement en 2003, s’il était permis de critiquer Israël, n’échappe pourtant pas lui-même, à la critique (souvent juste, par ailleurs) adressée aux « bonimenteurs » de tout poil qu’il recense dans son dernier opus. La judéophilie excessive, aveugle et militante qu’il leur reproche à bon droit est aussitôt neutralisée par l’arabo-islamomanie qu’il ne peut s’empêcher de professer entre les lignes des quelques 250 pages de son ouvrage. Un partout, la balle au centre, pourrait-on dire. Sa critique pertinente de ce monde endogame et germanopratin du parisianisme médiatique s’essouffle à trop vouloir dénoncer le tropisme philosémite de ces élites, par un dédouanement implicite de l’Islam. Ainsi, contre toutes les études sérieuses et récentes publiées sur la question (celles, notamment, d’Hugues Lagrange, de Michèle Tribalat ou de Malika Sorel-Sutter), Boniface persiste dans l’angélisme ambiant qui consiste à dire que l’échec du modèle assimilationniste français réside dans « l’explication [non pas] religieuse et ethnique, mais sociale. (…) La machine à intégrer [est] abîmée, d’où la tentation chez certains d’ethniciser les questions sociales » (p.73). Visiblement, il lui reste des séquelles de son passage au PS. Ecartelé entre ses anciennes attaches idéologiques et le principe de réalité auquel il s’amarre, nolens volens, il ose asséner que « c’est peu dire que ‘‘le printemps arabe’’ a pris nos ‘‘faussaires’’ à contre-pied. (…) L’islamisme se combat mieux par les urnes que par les armes » (p.83-84). Attendons quand même de voir, avant de se risquer à de telles conclusions ! Ce présupposé arabophile tendu vers la volonté farouche de faire contrepoids au sionisme tout-puissant de ses adversaires, traduit une ingénuité qui sied mal à l’universitaire qu’il est, lequel, par principe méthodologique, doit prendre de la hauteur sur les évènements qu’il prétend analyser. Savoir raison garder, en somme.

Un dhimmi mensonge

Bien plus, il relativise, jusqu’à la nier quasiment, la stratégie de conquête insidieuse de l’Europe par les musulmans (Bat Ye’Or, L’Europe et le spectre du Califat, Les Provinciales, Lyon, 2010). Si l’on ne peut faire le procès en mensonge avéré du professeur Boniface, force est de constater, nonobstant ses qualités d’expert en relations internationales, qu’il méconnaît la religion mahométane, ce qui l’amène à se fourvoyer dans l’erreur. Ainsi, ignore-t-il (ou le feint-il) la taqiyya, ce procédé rhétorique proprement coranique qui autorise le mensonge à des fins utilitaires. Plus précisément, il s’agit pour un mahométan de dissimuler sa foi, originellement pour se protéger en cas de danger, aujourd’hui pour conquérir et donc abuser les dhimmis que sont devenus les occidentaux. De ce fait, il y a une corrélation nécessaire entre ces trois concepts moteurs de l’Islam que sont la taqiyya, le djihad et la dhimma. La ruse (taqiyya) permet de travestir une guerre véritable (djihad) menée méthodiquement et insidieusement contre les non-musulmans (dhimmis) sur leur propre sol, ce que René Marchand dénomme métaphoriquement « une conquête en peau de panthère » (voir son ouvrage, dont la citation n’est pas tirée, La France en danger d’islam. Entre jihâd et Reconquista, L’Âge d’Homme, Lausanne, 2002). En outre, qui ne voit pas que les occupations des propriétés foncières communales par les nouvelles mosquées réalisent, là encore de façon progressive et consciencieuse, l’expansion islamique ? (voir le livre bien documenté de Joachim Véliocas, Ces maires qui courtisent l’islamisme, Editions Tatamis, 2010). Bref, Boniface ne paraît déceler qu’un fantasme de plus dans le processus d’islamisation de l’Europe et de la France en particulier, même s’il a raison de suspecter « l’insistance de certains à distinguer la lutte contre l’antisémitisme des autres formes de racismes ».

Les maîtres-menteurs

Par ailleurs, on ne peut faire grief à Boniface d’être un menteur et, comme tel, un épigone de la coterie de falsificateurs qu’il dénonce à bon droit. Il n’est pas certain, toutefois, que son propos, si juste soit-il, serve les intérêts de la cause qu’il défend. D’une part, son parti pris arabo-islamophile tel que décrit plus haut y fait obstacle. D’autre part, « la place centrale occupée par le mensonge dans le débat public » (p.12) est telle que les prêtres et prêtresses du politiquement correct médiatique rend vaine toute entreprise de saine épuration. N’a-t-il pas confessé, dans une célèbre émission tardive qu’il essuyé le refus de pas moins d’une quinzaine d’éditeurs ? Enfin, l’auteur ne pointe pas suffisamment les contradictions des inquisiteurs malhonnêtes qu’il vitupère, ce qui affaiblit d’autant son discours. Deux exemples sont particulièrement révélateurs. Le premier est illustré par Caroline Fourest (p.105), cette « sérial-menteuse » laïciste, prétendument islamophobe. Boniface ne mentionne nullement sa présence plutôt complaisante, à la manifestation organisée par des nervis islamistes et d’extrême-gauche contre les premières « Assises internationales sur l’islamisation de nos pays », du 18 décembre 2010 à l’espace Charenton à Paris, (et rassemblant un large spectre allant du Bloc identitaire à Riposte laïque) ? Interviewée, Sœur Caroline avertissait que « quand il y a des gens qui se réunissent contre l’islamisation, on peut être sûr que ce ne sont pas des laïques ; ce sont des racistes ». Et de rajouter, doctement, « que ce n’est pas du tout la même chose de se battre contre l’intégrisme que de se battre contre l’islam et l’islamisation ». Notre procureur(e) des bacs à sable, se garde bien d’expliquer en quoi l’islamisme ne serait pas « intégriste » au sens de « total », dans la mesure où précisément, l’Islam est tout à la fois politique et religieux. On aurait souhaité que Pascal Boniface nous livre son exégèse de ce « subtil » distinguo qui est, en fait, l’arbre qui cache la Fourest. Bernard-Henri Lévy constitue le second exemple. Bien qu’obsédé par l’antisémitisme (p.233), notre penseur en lévytation va, néanmoins, jusqu’à déclarer être « sensible à la grandeur, la douceur et l’honneur de l’islam quand il a ses sources, aussi, chez Averroès, Al-Kindi, Al-Farabi, Al-Ghazzali ou dans «Les clés du mystère» de Fakhr ad-Din ar-Razi » (Le Point, 23 décembre 2010). Or, le moins que l’on puisse dire est que les références citées par notre intellectuel engagé, sont loin d’être les plus modérées de la pensée islamique. (voir J. Véliocas, « Le drôle de panthéon islamique de BHL », islamisation.fr, 15 juin 2011). Bref, Le travail de Boniface est desservi par son désir inextinguible d’en découdre avec les tenants d’une pensée unique qu’il juge judéomaniaque, sans se rendre compte qu’à trop vouloir extirper cette paille de l’œil médiatique, il en oublie sa poutre islamomaniaque dans le sien.

Robert Massis

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