La colonisation belge en Afrique centrale : non à la repentance

Publié le 3 mai 2021 - par - 12 commentaires - 839 vues
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La colonisation est aussi ancienne que la vie sur terre. Nos intestins ne sont-ils pas colonisés par des milliards de bactéries, bactéries qui sont la première manifestation de cette vie ? Cette colonisation se fait bien évidemment dans l’intérêt du colonisateur et les bactéries profitent de ce que nous mangeons. Elle peut avoir un intérêt aussi pour le colonisé et nous sommes généralement contents du travail de nos bactéries.

Ce qui vaut pour nos bactéries et nous vaut aussi pour les humains entre eux et Jared Diamond a merveilleusement présenté l’évolution des sociétés (1), sociétés qui progressent rarement quand elles sont isolées les unes des autres. Cette constatation doit-elle nous faire dire que « toute colonisation est une bonne chose »? Bien sûr que non. Il y a eu des colonisations globalement positives comme la colonisation de la Gaule par les Romains. Elle a eu ses mauvais côtés comme tout ce qui est humain – et on cite par exemple l’enrichissement de Jules César – elle a assuré 5 siècles de paix et de progrès à la région et a créé les bases de la civilisation occidentale.

Il y a eu et il y a encore en ce moment des colonisations d’humains par d’autres humains qui sont réellement des prédations. Un exemple ? Dans plusieurs pays d’Afrique, la Chine exploite les matières premières mais, contrairement à nos bactéries, elle ne participe pas à la vie, au progrès, des pays concernés mais se contente d’ »offrir » quelques constructions bien visibles… fait travailler principalement des Chinois, réserve des conditions misérables aux employés locaux. L’Afrique ne réagit pas.

Trop peu de chefs d’État africains sont de vrais chefs responsables de leur peuple et J.P. Nzeza Kabu Zex-Kongo (2) ne peut que proposer ce que In-Koli Bofane (3) illustre dans son roman où le chef pygmée est le seul humain responsable et digne d’admiration.

Malheureusement, à l’heure actuelle, les esprits positifs ont peu d’influence, les connaissances utilisées de l’histoire sont fragmentaires et ne permettent pas de situer les faits dans leur contexte… et on critique tout particulièrement la colonisation de l’Afrique par les Européens, colonisation qui, bien évidemment, a des défauts et des qualités.

Les Belges, en ce qui concerne le Congo, sont spécialement critiqués et il est utile de présenter les principales critiques,  de les commenter.

  1. Le travail forcé – comparé à de l’esclavage – attire beaucoup de commentaires. Il est vrai qu’il a fallu forcer, pour la construction du chemin de fer comme pour l’agriculture, des hommes habitués à la chasse et à la guerre. (En Afrique, la femme se consacre à l’agriculture). Comment savoir si le travail exigé était aussi pénible que, par exemple, le travail particulièrement mal payé au Bangladesh, travail qui permet de nous offrir des vêtements à très petits prix ?
  1. La religion chrétienne n’est pas supérieure aux superstitions et à la sorcellerie. Il est vrai qu’un Giordano Bruno a été brûlé vif parce qu’il avait osé dire qu’il y avait d’autres planètes que la terre et que chaque étoile était un soleil. Cela fait bien longtemps qu’on ne brûle plus personne en Europe…. Alors que sur d’autres continents des chefs religieux traditionnels continuent à enterrer vivants des supposés sorciers et  jeteurs de mauvais sort . Il n’y a plus que de rares missionnaires pour instruire, soigner, aider les Congolais, missionnaires qui ont formé des gens comme Lumumba jusqu’à un niveau rarement atteint par les Belges à l’époque.
  1. L’existence de tribus en Afrique est une invention européenne. Comme César a inventé Eburons, Trévires et Nerviens, Hutus et Tutsi ne se seraient jamais fait la guerre si les Belges n’avaient pas créé la différence et favorisé les derniers. Dans la réalité, les rivalités entre les deux ethnies existaient avant l’arrivée des Européens : les premiers étaient les esclaves des seconds. De plus, personne n’aborde la surpopulation dans cette très belle et fertile région où un père de famille pouvant nourrir ses huit enfants ne pouvait pas couper son terrain en huit pour permettre à chacun de ses enfants de fonder une famille sur ce huitième… Des coopérants ont suivi avec horreur la progression de cette surpopulation qui a mené – plus sûrement qu’un problème politique – au génocide.
  1. Les races n’existent pas. L’espèce humaine est la seule sur terre qui ne connaît pas de divisions raciales. Le cerveau de tous les humains serait identique, de même que leurs talents, dons et faiblesses ? Comment expliquer par exemple que tous les champions du 100m ont leurs origines en Afrique ? Et serait-ce la seule observation à faire ? Ne serait-il pas plus réaliste, plus positif pour l’humanité, de se réjouir des talents de chaque peuple ? De les développer ?
  1. La « civilisation » est un concept inventé par les blancs pour se qualifier eux-mêmes. Ici aussi le livre de Jared Diamond peut faire comprendre ce qu’est la civilisation ; elle est le chemin parcouru par des peuples qui sont arrivés à vivre le plus dignement possible grâce aux progrès accomplis dans tous les domaines imaginables… progrès qui ne sont possibles que grâce à de nombreux contacts. Les blancs sont fiers de la civilisation occidentale et des écrivains comme Kakou Ernest Tigori (4) se battent pour faire connaître les hauts faits africains, pour inciter les Africains à sortir d’une attitude infantile, revendicatrice, et – au contraire – à montrer de quoi ils sont capables sur le continent le plus généreux de la planète.
  1. Les blancs regardaient de haut les ouvriers noirs de la colonie. Exact. Et ce n’était guère plus sympathique que l’attitude des bourgeois en Europe envers les ouvriers européens à la même époque. George Orwell décrit cette situation dans deux livres particulièrement intéressants (5).
  1. Léopold II a exploité le Congo à son bénéfice personnel, a emprunté à l’État belge. Sûr que Léopold II n’était pas une sorte d’ange, qu’il a bien profité de son EIC (Etat Indépendant du Congo) mais il est vrai qu’il a emprunté surtout à sa famille, qu’il a construit surtout en Belgique et qu’il rêvait d’un Congo prospère, libre, Congo qu’il avait quasiment formé pour arriver à un vaste pays réunissant toutes les qualités permettant un développement équilibré et rapide, comme nous le démontre J.P. Nzeza Kabu Zex-Congo (6) dans un livre qui est un pur hommage à ce grand roi, hommage rendu aussi par Lumumba et que nous rappelle Marcel Yabili (7). Guido De Weerd a consacré 10 ans de sa vie à la recherche du vrai (8) pour ce très grand pays (voir carte jointe)
  1. A cause des violences de la colonisation, la population congolaise a connu un vrai déclin. Curieuse affirmation venant d’historiens qui n’ont aucune idée de la population réelle du pays à la fin du 19e siècle. Il est vrai que de nombreux Congolais s’installaient près du fleuve où ils pouvaient bénéficier du commerce. Il est vrai aussi que des explorateurs comme Théodore Luyckx ont estimé la population à l’intérieur du Congo à moins de 5 millions de personnes. Il est ici impossible de connaître la réalité. Pourquoi inventer ?
  1. Les mains coupées, une horreur impardonnable ! Adam Hochschild (9) nous montre deux enfants sur la couverture de son livre. Ils n’ont plus qu’une main…. La photo a été prise dans un hôpital où ils venaient d’être soignés après un accident. Et il est vrai que des mains furent coupées au Congo, par des chefs de tribu désireux de faire peur aux ennemis, par des esclavagistes arabes ou swahilis…. Il y a même eu des mains coupées à des cadavres par des soldats congolais obligés de justifier l’usage de leurs munitions. La férocité était bien réelle…..
  1. La Belgique n’a pas assez investi dans la construction du Congo. Certains estiment que TOUT l’argent dépensé au Congo pour les routes, les écoles, les hôpitaux, les centres de recherche…. devait provenir de la Belgique ! C’est pour le moins irréaliste et témoigne d’un mépris certain pour un pays qui aurait été jugé incapable de participer à son propre développement.
  2. La malnutrition était endémique dans la colonie. Il est vrai qu’au début les colonisés étaient maigres et, surtout, maladifs. Il existait tant et tant de maladies endémiques au centre de l’Afrique, la terre doit y être fertilisée autrement qu’en Europe – à cause du climat – ce qui avait pour conséquence évidente la triste situation que vécurent les premiers coloniaux. Rapidement, des centres de recherche agricole ont été créés et les maladies tropicales ont été soignées. (10)
  1. Il n’y avait pas d’enseignement universitaire au Congo avant 1954. Exact, et on peut s’émerveiller devant un colonisateur qui a pu permettre à tous les enfants de la colonie de fréquenter l’école primaire, à beaucoup d’aller dans le secondaire et – après à peine un demi siècle de colonisation ! – de donner aux meilleurs l’occasion d’entrer à l’université. Le colonisateur français comme l’anglais se consacraient aux enfants de chefs et, peu avant l’indépendance de la Zambie, peu de Zambiens savaient lire et écrire….
  1. En 1960, à l’indépendance, il restait des « dettes coloniales » qui créent toujours problème.

C’est sans doute vrai mais on peut s’étonner devant les richesses d’un Mobutu qui entassait les milliards…. destinés à sa poche, à ses constructions d’apparat, à ses vols en Concorde et non à son pays.

  1. Lumumba est une figure négative aux yeux des Belges. Oui, mais peut-être pas assez ! Quand on a pu écouter, 3 mois, ses discours de haine faisant suite à des promesses mirobolantes qui ont perturbé le pays, quand on a pu voir des cadavres portant une « publicité » pour son parti politique MNC, quand on sait que des millions de Congolais ont vécu dans la peur d’un régime style Pol Pot – même s’il n’était pas question de Pol Pot à cette époque – on ne peut qu’éprouver un sentiment de rejet. Et ceci même si sa mort – ordonnée par le gouvernement katangais (11) – aurait dû faire suite à un procès ; elle n’aurait pas  évité  le culte qui lui est offert dans certains pays à l’heure actuelle. (12)

Il y aurait encore beaucoup à raconter sur « la colonie » qui n’était sûrement pas parfaite mais qui a fait dire par des représentants de l’ONU vers 1958 que le Congo était « le pays  se développant le mieux et le plus rapidement sur les plans sociaux et économiques ». LA vérité n’existe pas quand il s’agit de ce qui est humain et on peut juste espérer que les personnes concernées actuellement montrent de quoi elles sont capables pour développer le Congo au lieu de critiquer en exigeant réparation. Des livres vrais et agréables à lire, sont  écrits par des Congolais dignes, intelligents et actifs ; ils méritent d’être lus .

Mia Vossen

(1) Jared Diamond, De l’inégalité parmi les sociétés. Essai sur l’homme et l’environnement dans l’histoire, Folio, essais

(2) J.P. Nzeza Kabu Zex-Kongo, Congo. Comment le reconstruire, y ramener la paix et le développer ? L’Harmattan

(3) In Koli Jean Bofane, Congo Inc. Le testament de Bismarck, Babel

(4) Kakou Ernest Tigori, L’Afrique à désintoxiquer. Sortir l’Europe de la repentance et l’Afrique de l’infantilisme. Dualpha

(5) George Orwell, Dans la dèche à Paris et à Londres

                               Le quai de Wigan

(6) J.P. Nzeza Kabu Zex-Kongo, Léopold II Le plus grand chef d’État de l’histoire du Congo, L’Harmattan

(7) Marcel Yabili, Le roi « génial et bâtisseur » de Lumumba, Médiaspaul

(8) G.De Weerd, L’État Indépendant du Congo, Dynamédia

(9) Adam Hochschild, Les fantômes du roi Léopold. Un holocauste oublié, Belfond

(10) A. de Maere d’Aertrycke, A.Schorochoff, P.Vercauteren, A.Vleurinck, Le Congo au temps des Belges. 1885-1960, éd. Media

(11) Jacques Brassine de La Buissière, L’exécution de Lumumba, Racine

(12)  Pierre Petit, Patrice Lumumba, Académie Royale de Belgique

 

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Notifiez de
Marnie

Même en donnant pratiquement tout ce que l’on possède on sera toujours critiqué, voire même détesté par l’AUTRE. Cela a toujours fonctionné ainsi. L’ingratitude est dans l’être humain. Par conséquent faire ce que l’on peut et cesser de se tourmenter. Se rappeler que si on a plus rien à soi on ne pourra plus aider les autres… L’instinct de survie doit prévaloir.

zéphyrin

le plus grand drame de la colonisation, c’est d’avoir fait chuter la mortalité naturelle en afrique , et leur avoir appris notre langue, notre histoire…..on le paye aujourd’hui….très cher. Je pense même que nous le paierons plus cher encore au fil des proportions de populations . J’ai le sentiment que leur propre repentance d’avoir réduit une civilisation, n’existera jamais.

Maggy

Bravo bravo madame, moi qui y ai vécu 35 ans..je peux vous dire que tout est exact!!!!..et je peux même ajouter qu’une université y avait été construite avant 1960 et qu’elle avait un réacteur nucléaire…à Lovanium, devenu Livulu….et maintenant que reste-t-il???????????

Mia Vossen

Mon mari et moi avons vécu toute notre jeune vie à Elisabethville-Lubumbashi, avons pu voir rapidement les destructions. A l’université – où il enseignait e.a. la physique nucléaire – Claude a pu observer le manque total de dignité d’un recteur qui ne songeait qu’à se remplir les poches. TRISTE et surtout quand on sait qu’il y a des Congolais dignes, instruits, courageux. Ils se font massacrer….

Vova

Le travail forcé : en Afrique la notion de « travail » n ‘ a pas la même signification que chez nous . Il y a quelques années , une ministre de l ‘ enseignement congolaise disait : » si on veut faire travailler les Congolais , c ‘ est à coups de triques » . Chez nous à l ‘ époque c ‘ était guère mieux : des journées de 10 à 12 H., 6 jours par semaine , sans congés payés , à des salaires de misère ! Et les enfants au boulot dès l ‘ âge de 10 ans !

Mia Vossen

EXACT et je suggère la lecture obligatoire des livres de George Orwell cités dans toutes les écoles!

Pivoine

Dans un documentaire sur le Congo diffusé sur Arte il y a des années de cela, des autochtones disaient à propos de la Belgique :
“Du temps de la colonisation, nous avions tout ce dont nous avions besoin, c’était le bon temps !”
À l’inverse, d’autres disaient : “Avec la colonisation, nous étions des assistés. C’est pourquoi nous en sommes là aujourd’hui, nous avons pris de mauvaises habitudes !”
Je cite de mémoire.

J’entends le même genre de commentaire de la part de Marocains qui ont connu le protectorat

patphil

le travail forcé s’appelait chez nous corvées des serfs au seigneurs
le bon roi philippe de belgique a craché sur son ancêtre léopold ! la déconstruction a commencé

Schtroumpf grognon

Il y a encore des gens qui disent que ”les races humaines existent” parce qu’ils n’ont jamais dépassé le niveau du livre de biologie de leurs douze ans…
La science n’a que faire de vos aprioris et tout cela ne vous rendra pas le Congo, allez, ma bonne dame.

zéphyrin

bien sûr, comme les races de chiens d’ailleurs qui peuvent se reproduire entre eux….il faut vraiment être de mauvaise foi pour affirmer qu’on peut reconnaitre des différences visibles entre humains….
j’appelle ça des troubles de la vue….
d’ailleurs on peut se demander jusqu’où irait l’évolution des “types” humains s’il y avait un isolement très long entre eux…on peut imaginer que le temps infini finirait par rendre la reproduction entre types impossible. Mais c’est mal parti pour l’isolement….(rire)

Dark Vador

Je rêve! Un article prosélythe sur les bienfaits de la colonisation belge au Congo…y a que sur RL qu on peut lire des délires ineptiques ..Mia vossen, vous avez une araignée au plafond!

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