La combine de Bidar : renvoyer dos-à-dos la France et l’islam et arbitrer

Publié le 31 août 2014 - par - 747 vues
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bidarLa petite version de l’imam donnée en introduction qui veut faire croire que le Coran serait adaptable au contexte, me paraît difficilement crédible… En effet : – qui fixe alors l’interprétation suivant les lieux et les âges ? D’après ce que nous savons : il n’y a personne…, et donc « le texte » ne peut que rester la référence… Abdennour veut nous faire savoir que la loi de l’islam est interprétable, et que sans doute elle est réformable… Il a tout-à-fait confiance dans les musulmans de France qui sont capables « de faire preuve d’audace et d’inventivité »…

Premier paragraphe : Ce « cher » Abdennour enfourche son cheval de bataille favori : celui de renvoyer dos-à-dos la France et l’islam : – « la France et l’islam traversent tous les deux une phase de crise profonde de leur modèle »… (Voilà : la France est en crise… Bon…, si l’on parle des finances et de la religion occidentale : il n’y a aucun doute. Par contre, il n’y a aucune relation avec le fait que l’islam se plaise à nous casser les pieds…), – « Le modèle … culturel français est en crise »… (Nous y revoilà !… C’est parce que la religion occidentale est en mauvaise passe que l’islam rencontre des problèmes… Ah bon ?… Mais si la religion occidentale était forte, alors ? Comment cela se passerait-il au niveau de la cohabitation ? Ben…, du temps de Louis XIV par exemple : ils auraient été sommés de choisir…, ou n’auraient peut-être même pas eu le temps de débarquer avant…).

Paragraphe suivant : Toujours la rengaine de la France qui fait des reproches injustifiés et imaginaires… : – « Ils se renvoient la balle »… (L’islam ne devrait justement pas avoir le droit de renvoyer la balle tout simplement…), – « et ils sont nombreux »… (C’est peut-être un peu vite dit…, car ce n’est pas ce qui se dégage encore de l’ensemble de leur communauté…), – « Les musulmans de France désirent se joindre »… (C’est le CFCM qui le dit, mais l’a-t-on constaté à l’extérieur ?… De plus : que représente ce CFCM ?).

Paragraphe suivant : C’est un paragraphe intéressant où l’on découvre que finalement un recteur de mosquée « peut » émettre des idées « très libérales et même presque révolutionnaires »…, nous indique ce « cher » Abdennour : – Ah bon ?… – Oui-oui, la Charia, finalement : on peut en faire ce que l’on en veut… Ben…, s’il est possible d’en faire ce que l’on en veut : alors pourquoi ne pas se soumettre directement à la loi française intégralement, et se passer de la Charia ?…) – « toutes les sociétés humaines sortent aujourd’hui de la religion »… (Bon…, là notre philosophe à l’air de se féliciter de cette tendance… Mais il me semble quand même que précédemment, il essayait de faire la promotion « de la spiritualité »…).

Paragraphe suivant : Voilà…, on n’avait pas remarqué, mais « l’islam et les musulmans vont avoir l’occasion de faire preuve d’audace, d’inventivité, de créativité spirituelle et sociale » en France…, tout en ayant besoin « de conscience libre, d’esprit libre »… Eh bien, je dois dire que je suis impatient de voir ce que cet éventuel tourbillon d’idées nouvelles va réussir à pondre…) – « la flamme et la lumière de la vie spirituelle dans de nouvelles formes »… (Voilà…, donc ici, il est pour faire revivre la religion… À propos : – Pourquoi ne pas opter pour la religion du pays d’accueil ?… Ça serait quand même plus simple…), – « Notre pays a une histoire de très ancienne proximité »… (J’aime toujours le « Notre » qui fait quand même sourire… Les Allemands auraient pu dire la même chose pendant la dernière guerre… Quant à l’Histoire : je ne pense pas me tromper en disant qu’avant 1830, il n’y avait pas de proximité du tout –et même plutôt du piratage en Méditerranée et dans l’Atlantique– et donc que la proximité à mon avis est plutôt très récente à l’échelle de l’âge de la France…) – « crée enfin un grand département de philosophie de l’islam »… (Oui, évidemment…, c’est une idée de génie : les pays d’origine donc a priori n’en ont pas, et ça serait à la France –cette bonne poire– d’en créer…)

 

Repenser l’islam : N°12 du dimanche 3 août 2014

http://www.franceinter.fr/emission-france-islam-questions-croisees-repenser-l-islam

 

Voix de Tareq Oubrou –imam de la Mosquée de Bordeaux– : « Si le texte s’impose à la conscience, le texte n’est pas un point final : c’est un point de départ. Le texte n’est pas fixiste, n’est pas rigide. Mais le fait de partir du Coran ne signifie pas être fermé à son contexte, et donc : partir du Coran : oui ! Mais être rigide : non ! Si je suis en Amérique : je vais penser l’islam autrement ; et si je suis au moyen-âge : je vais l’interpréter autrement ; d’ici deux siècles : je vais l’interpréter autrement. Pourquoi je vais figer l’islam concernant les valeurs de la république ?… » (Musique)

 

Repenser l’islam. France, Islam : Questions croisées. Abdennour Bidar : Bonjour à tous ! – Pourquoi la relation entre la société française et ses musulmans est-elle si difficile, si conflictuelle ? – Pourquoi a-t-elle dégénéré à ce point que maintenant nous n’avons plus d’autre choix ni urgence que de travailler tous ensemble à une grande réconciliation nationale ? L’une des explications est que la France et l’islam traversent tous les deux une phase de crise profonde de leur modèle. Le modèle social et culturel français est en crise–voire en état de panne complète–, et du côté musulman : c’est le modèle culturel et religieux traditionnel qui se trouve de plus en plus contraint d’évoluer, et même de se renouveler complètement, tant il est inadapté au présent. (Musique)

 

Or, – que font deux modèles en crise lorsqu’ils se font face à face, et lorsqu’ils ne veulent pas regarder en face leur propre crise ? Ils se renvoient la balle en accusant l’autre de tous les torts. La France accuse l’islam de ne pas vouloir, ni pouvoir s’intégrer ; inversement l’islam accuse la France de le stigmatiser, de le discriminer. Dieu merci, l’islam de France ne s’installe pas tout entier dans cette position de victime qui est si à la mode aujourd’hui. Il se prend en main, et les plus audacieux, les plus éclairés des musulmans –et ils sont nombreux– ont entrepris de renouveler en profondeur leur religion. Dans un texte publié en juin sur le Vivre-ensemble et dont j’ai déjà salué ici l’importance, le Conseil français du culte musulman proclamait ainsi, que –je cite– : « Les musulmans de France désirent se joindre au mouvement de renouveau et de reviviscence de la pensée religieuse de l’islam, et » –je cite à nouveau– : « Le Renouveau » –avec une majuscule s’il vous plaît– : « sentant comme une action de contextualisation dans le temps et l’espace de la compréhension de la religion, et comme l’ajustement de son application dans une société en perpétuels développement et transformation ». Enfin donc, l’islam sort de sa léthargie, de son sommeil dogmatique, de son immobilisme. Enfin, il comprend qu’il doit entreprendre sa mutation spirituelle vers les siècles à venir. (Musique)

 

L’un de ceux qui ici en France œuvre le plus à ce renouveau : c’est le recteur de la mosquée de Bordeaux : Tarek Oubrou. Cet homme remarquable d’une érudition aussi importante que sa modestie, a émis l’idée très libérale presque révolutionnaire que la loi religieuse – la fameuse Charia– n’était pas une chose absolue, mais qu’elle pouvait et qu’elle devait s’adapter à la France, c’est-à-dire : à la situation de minorité culturelle et sociale des musulmans ici en France. Ce qui est une façon de dire au passage –et c’est très important– que les musulmans doivent connaître et respecter la culture française. Tarek Oubrou parle de « Charia de la minorité », et cela veut dire très concrètement que l’islam doit choisir ici la voie de la discrétion. À propos du voile par exemple : ce recteur qui ne manque pas d’humour déclarait ainsi au journal Le Monde –c’était en novembre 2009–, je le cite : « Si je voulais être provocateur, je pourrais dire aux femmes : – mets ton foulard dans ta poche ». Je vous recommande d’ailleurs la lecture de l’article entier que monsieur Oubrou avait écrit pour Le Monde sous le titre : « Les musulmans doivent adapter leur pratique à la société française », et je vous laisse imaginer les réactions produites par cette prise de position. Il suffit de voir à ce sujet les commentaires sur le site communautaire : « Oumma.com » pour mesurer l’impact de cette proposition de Tarek Oubrou ; les débats enflammés qu’elle suscite entre les musulmans –un internaute n’hésitant pas à traiter notre recteur : « d’ultra libéral religieux et de collaborateur »–. Et c’est pire encore pour le philosophe : pour moi qui ai pris dans mes livres des positions sur l’islam jugées encore plus nouvelles, et encore plus critiques vis-à-vis de la tradition : l’accusation d’islamophobie m’est déjà tombée dessus, et comme je suis d’origine musulmane : certains m’ont déjà traité « d’hérétique ». Ça me chagrine un peu parfois quand j’y pense, mais bon…, ça a toujours été le sort des philosophes que d’être condamnés comme des ennemis de la foi, alors qu’ils plaident simplement pour une foi intelligente. Alors j’entends ces accusations, et je me dis que c’est comme ça…, et je continue de travailler : rien n’arrêtera le travail de la pensée, car ce mouvement de renouveau spirituel va dans le sens de l’histoire, n’en déplaise à tous ceux qui pensent qu’il n’y a pas de sens de l’histoire. Cahin-caha, toutes les sociétés humaines sortent aujourd’hui de la religion, même là où ces religions font beaucoup de nouveaux adeptes et beaucoup de bruit. L’islam ici en France est en train de retrouver, de redécouvrir pour lui-même ce que le Talmud juif disait déjà en Europe au 19ème siècle : « La loi du pays : – vos principes de la loi de la Torah ». (Musique)

 

Bonne nouvelle pour l’islam et les musulmans de France : ils vont avoir l’occasion de faire preuve d’audace, d’inventivité, de créativité spirituelle et sociale. Quoi de plus difficile cependant pour une tradition et une culture religieuse qui ont justement fait de l’innovation –« bidra » en Arabe– le pire des sacrilèges contre l’éternité accordé à la loi religieuse ? De quoi, de qui l’islam de France a-t-il le plus besoin dans les années à venir ? : – de conscience libre, d’esprit libre, et il y en a beaucoup parmi les jeunes générations qui en ont assez que la religion dise toujours la même chose. Le choix qu’auront à faire ces jeunes générations n’est pas entre : – abandonner l’islam, ou – conserver l’islam ; – mais de repenser l’islam au-delà de l’islam, c’est-à-dire : de s’aventurer hors du cadre de la religion d’hier pour trouver la vie spirituelle de demain. C’est le grand penseur Mohammed Arkoun, qui le premier en 2006 dans un livre intitulé : « Humanisme et islam » a osé imaginer –je le cite– : « Un après-l’islam ». Dans mes propres livres, j’ai voulu à mon tour suivre cette voie en réalité très difficile : très difficile, parce qu’il s’agit toujours –quand on laisse derrière soi la religion du passé– de ne pas perdre avec elle toute spiritualité, mais au contraire de faire revivre, resplendir, la flamme et la lumière de la vie spirituelle dans de nouvelles formes. Mais combien y-a-t-il aujourd’hui en France de philosophes de l’islam ? Combien d’intellectuels capables d’aider l’islam à accomplir un véritable saut dans le futur ? Notre pays a une histoire de très ancienne proximité avec le monde musulman. Il a une histoire commune avec l’islam autour de la Méditerranée, et pour cette raison, la France devrait être depuis longtemps le « Harvard » de l’islam. Or que se passe-t-il aujourd’hui en France autour de la pensée de l’islam ? : presque rien… Comme dans d’autres domaines : nous formons des sociologues, des historiens, des experts en géopolitique : ce qui est très bien, mais il faudrait que l’une de nos universités les plus prestigieuses : « La Sorbonne » pour n’en citer qu’une, crée enfin un grand département de philosophie de l’islam, car dans notre culture ici, c’est la philosophie qui porte le plus haut le flambeau de l’esprit critique. Un département de philosophie de l’islam où seraient discutées donc les évolutions contemporaines de cette religion, et non pas seulement –comme c’est le cas actuellement– les thèses des philosophes arabes ou persans du moyen-âge : Averroès, Avicenne, ou Ghazâlî. Lorsque j’ai fait ma propre thèse de doctorat en philosophie sur Mohammed Iqbal –l’un des deux ou trois plus grands réformateurs modernes de l’islam mort en 1938–, je n’ai trouvé en France aucun : – je dis bien « aucun » spécialiste de la philosophie de Mohammed Iqbal, dont 99% de nos intellectuels français connaissent d’ailleurs à peine le nom, alors qu’il est l’équivalent au moins d’un Nietzsche ou d’un Sartre. À quand donc en France un « Harvard » de l’islam ? (Musique)

C’est tout pour aujourd’hui : que la paix soit sur nous tous ! À la semaine prochaine. (8’56’’)

Elie Prodhomme

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