La Comece, bras armé de l'église vaticane en Europe

Benoît XVI n’a rien oublié des textes et positions particulièrement « orthodoxes » (rétrogrades, diront les adeptes de la Raison) de monseigneur Ratzinger… et pour que chacun s’en pénètre, dès le 30 mars 2006, en recevant les dirigeants du Parti Populaire Européen et les délégués au congrès de Rome de ce parti, il leur traçait la voie à suivre : « combattre le laïcisme, une culture qui est en train de se répandre dans toute l’Europe » (non, non, il n’a pas dit « spectre »), ajoutant : « votre soutien à l’héritage chrétien peut contribuer de manière significative à la défaite d’une culture qui est déjà largement répandue en Europe et qui relègue la manifestation de la conviction religieuse à la sphère du privé et du subjectif. » (« Le Nouvel Observateur » en ligne du 30 /03 /06).
La voie politique était tracé, l’arme politicienne façonnée (le PPD est majoritaire au Parlement Européen), il ne restait qu’à peaufiner la justification « spirituelle », ce que fit l’Encyclique « Spe salvi » (30/ 11/07)où la condamnation « des Lumières » fut réitérée pour en appeler à la justice de Dieu, supérieure à celle des Hommes, car « un monde sans Dieu est un monde sans espérance » et seule « l’espérance biblique du règne de Dieu » peut sauver l’Homme, toutes les autres espérances n’étant que « fallacieuses » (je perçois en arrière fond les applaudissements du chanoine de Latran).

La mise en perspective des évènements évoqués ci-dessus montre parfaitement que l’Eglise vaticane lie le combat spirituel au combat politique et social, l’Histoire nous l’a prouvé maintes fois, mais il est bon, aujourd’hui, de regarder la forme que prend cette fusion à travers la structure créée en 1980 et nommée « Commissio Episcopatum Communitatis Europensis », autrement dit la « COMECE ».
Avec la Conférence des Eglises d’Europe, elle est l’un de ces organismes du Vatican inscrits sur les listes officielles du Parlement Européen comme « groupe d’intérêt accrédité » et elle ne se prive pas de jouer auprès des élus européens et de la Commission Européenne un rôle de lobbying discret ( mais agressif et non dépourvu d’efficacité) pour imposer une vision de l’Europe reconnaissant dans sa construction le rôle premier du christianisme et marquant en permanence « la référence à Dieu, le respect du statut des églises, l’instauration d’un dialogue structuré entre les églises et les institutions de l’Union » (contribution de la COMECE remise aux membres de la convention pour l’avenir de l’Europe en mai 2002).
Elle a, d’ailleurs, un secrétariat permanent à Bruxelles, véritable instrument de liaison constante entre les Conférences épiscopales européennes et la Communauté européenne chargé « d’accompagner et d’analyser le processus politique de l’Union Européenne, d’informer et de conscientiser l’Eglise (vaticane) sur les développements de la législation et des politiques européennes, d’encourager la réflexion, basée sur l’enseignement social de l’Eglise, sur les défis posés par la construction d’une Europe unie » (Les objectifs de la COMECE – site www.comece.org).
Et si l’on a quelque doute sur le désir exprimé par cet organisme piloté directement par le Vatican de faire revenir l’église catholique dans l’espace public européen (et donc, pour notre pays, de la sortir de « sa sphère privée »), on peut lire la déclaration qu’elle a produite et diffusée lors des précédentes élections européennes (surveillons les prochaines…) du 10/06/2004. Une déclaration qui liste une série de problèmes européens supposés devoir être abordés « à la lumière de la parole de Dieu et de la riche tradition des enseignements sociaux de l’Eglise » afin de déterminer le vote du chrétien (et de l’autre), texte qui se termine sur l’injonction : « c’est uniquement par leur vote que les catholiques pourront contribuer à réaliser le rêve du Pape Jean Paul II d’une Union Européenne faite d’hommes et de femmes qui s’engagent à porter les fruits des valeurs chrétiennes, se plaçant au service de tous pour une Europe de la personne humaine , dans laquelle se reflète le visage de Dieu ».
Si ce n’est pas un appel au vote communautariste catholique, qu’est ce que c’est ? Si ce n’est pas une intrusion directe de l’Eglise vaticane dans un processus de détermination politique, qu’est ce que c’est ? D’autant que, dès la parution du projet de Traité Constitutionnel pour l’Europe, son secrétaire général publiait un communiqué le 19/ 06/04, se félicitant du texte ainsi élaboré en mettant notamment en exergue l’article 1-51 « qui représente une nouvelle approche inclusive à la gouvernance qui est au niveau des enjeux de la société européenne du XXIème siècle » et souhaitait sa ratification par tous les états (le 23 juin, le Présidium de la COMECE approuvait dans sa globalité le texte du projet de Traité Constitutionnel).
A cette dimension éminemment politique qu’elle donne à son action de « lobbying » à travers ses rencontres avec les députés européens, ses séminaires avec la commission européenne elle-même, ses colloques à Bruxelles, ses appuis et ses réseaux, la « COMECE » ajoute une action revendicative qui la fait intervenir, par exemple, dans la discussion en faveur de la réduction des taux de la TVA pour certains biens culturels et cultuels ( communiqué du 16 /05 /08 ) ou dans la définition du rôle des associations religieuses dans le cadre de la mise en œuvre d’une politique de santé européenne ( communiqué du 19 /10 /06).
Elle intervient aussi dans le domaine de la politique étrangère européenne : le prochain séminaire qui réunira la COMECE et la CE le 11 septembre prochain parlera des rapports entre l’Europe et les pays musulmans. Elle réfléchit, en liaison avec le Parlement européen, sur les problèmes posés par « l’approfondissement de l’intégration européenne » et l’accueil d’autres états membres. Tout en discutant de la situation des églises et des communautés religieuses dans le développement de l’Union, la « COMECE » s’intéresse à la place de l’islam en Europe (séminaire avec la CE le 3 juillet dernier), au problème de la construction des mosquées (rencontre le 29 mai dernier au Parlement européen) : on ne s’étonnera pas de la savoir favorable au développement contrôlé de cette religion en Europe… toutes les largesses qui pourraient lui être consenties justifieront celles que l’église catholique pourra demander à son tour.
Bref, la « COMECE » est partout, « de tout s’occupe » et ne fait pas n’importe quoi !
Elle est, de fait, est le bras politique armé de l’Eglise Vaticane que dirige le pape Benoît XVI ; elle agit auprès de la Commission Européenne comme auprès des élus au Parlement Européen pour faire triompher les principes politiques énoncés par le Prélat et qui visent, ni plus ni moins, qu’à assurer le retour de l’Eglise ( et des autres religions maintenues à une place « secondaire ») dans un espace public où son rôle dirigeant a été historiquement limité, notamment en France par la loi de 1905 et le développement de la laïcité.
On comprend alors parfaitement pourquoi notre pays concentre toute l’attention et tous les efforts de ceux qui veulent déliter son socle laïque et démocratique.
Robert Albarèdes
www.laic.fr

image_pdf
0
0