La couverture médiatique sur Mandela me fait penser à la mort de Staline…

Publié le 12 décembre 2013 - par - 1 332 vues
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HumamortstalineMon premier sentiment à l’annonce de la mort de Nelson Rolihlahla Mandela fut un soulagement mêlé de compassion : Dieu de Miséricorde, il est enfin libre ! Libéré de ces hypocrites venus poser à ses côtés en souriant toutes dents dehors, comme des hyènes autour du lion agonisant, et prêts à monter sur sa tombe pour paraître plus grands.

Mandela n’est sorti des geôles sud-africaines, où son corps était contraint mais son esprit était libre, que pour entrer dans la prison plus insidieuse du mythe, où le corps est libre mais l’esprit est contraint. Une prison forgée de toute pièce par des décennies de propagande communiste, que personne ne pouvait remettre en cause sans être immédiatement qualifié de raciste impérialiste ou de chien. Mandela était l’icône médiatique du Congrès National Africain (ANC, African National Congress), prisonnier de son idéologie et appliquant ses décisions.

Certes, Mandela a lutté toute sa vie contre le régime de l’Apartheid, y compris par les armes et le terrorisme, mais combien d’autres en ont fait autant, ont souffert la prison ou la mort et sont pourtant restés dans l’ombre, car n’étant pas fils de roi, ni militants marxistes, ni avocats, ni photogéniques ! Comme l’explique l’historien africaniste Bernard Lugan (1), la disparition de l’Apartheid n’est pas due à Mandela, mais au président Frederik de Klerk, qui mit en application la feuille de route établie par le président des USA Ronald Reagan après la chute de l’URSS.

Il faut cependant porter au crédit de Mandela d’avoir su passer du poing levé à la main tendue, comme le firent avant lui Menahem Begin et Itzhak Rabin, d’avoir su jouer de son autorité morale pour faire taire temporairement les appels à la vengeance, et de ne pas s’être accroché au pouvoir comme tant de potentats africains.

Mais pour le reste, il a échoué. Il a donné corps au mythe de la « nation arc-en-ciel », alors que seule une confédération d’états ethniques aurait durablement mis le pays à l’abri des conflits tribaux ancrés dans « l’Histoire longue ». Il a laissé péricliter la puissance économique héritée du régime précédent sans lancer de réformes pour réduire les fractures sociales. Il n’a pu empêcher la lutte de pouvoir au sein de l’ANC entre les xhosas de Thabo Mbeki et les zoulous de Jacob Zuma, entre marxistes et capitalistes, entre traditionalistes et mondialistes, avec pour conséquence la radicalisation politique et ethnique appelant au meurtre de fermiers blancs et la confiscation des richesses entre les mains d’une nomenklatura noire n’hésitant pas à faire tirer sur les mineurs grévistes.

Ce déferlement médiatique d’émotions convenues et de discours dithyrambiques me fait irrésistiblement penser aux manifestations lors de la mort du « petit père des peuples » : Staline. Qu’en reste-il soixante ans plus tard ? Et que dira-t-on de Mandela dans soixante ans, avec le recul du temps ?

Kyrié éléison … Paix à son âme !

Eric Coffinet

(1) http://bernardlugan.blogspot.fr

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