La crise grecque et les leçons de l'économie libérale

La Grèce vient de dévoiler son plan d’austérité pour tenter d’échapper à un défaut de paiement le 19 Mai 2010 ou elle devait verser 9 milliards d’euros à ses créanciers.
Ce plan de la dernière chance ne sera probablement pas suffisant car la Grèce se trouve dans une situation inextricable.
Pour se rendre de compte du sacrifice demandé aux grecs qui ne sont nullement responsables de l’état des finances de leur pays, il est important de rappeler que leur endettement est abyssal.
La Grèce doit continuer à rembourser une dette de 300 Milliards d’euros, à laquelle sera rajoutée une aide supplémentaire accordée par le FMI et L’Union Européenne de 120 milliards qui s’étalera sur 3 ans.
En réalité, l’endettement passera de 300 Milliards d’euros à 420 Milliards, sans avoir la certitude que la Grèce sera en mesure de faire face à ses engagements.
L’aide de L’EU est en faite une décision qui consiste exclusivement à préserver la zone Euro des spéculateurs qui continuent à parier que bon nombre de pays européens vont se trouver dans les mois qui viennent incapables d’honorer leurs engagements face à leurs divers créanciers, tant leur situation économique s’est fortement dégradée depuis le sauvetage du système financier international.
Cette dégradation économique de la zone euro a pour origine en autre la crise financière, sans précédent, que le monde connait depuis septembre 2008, après la chute de Lehman brothers, la banque d’investissement multinationale américaine qui proposait à ses clients des services financiers diversifiés.
Dans ce contexte d’une économie anémiée, il est demandé à la Grèce de mettre en place à un plan de rigueur, qui dans les faits risque d’échouer, sachant que l’environnement économique, financier et social n’est pas favorable pour que la Grèce puisse échapper à une faillite quasi certaine.
Il est demandé à la Grèce de faire 30 milliards d’économies supplémentaires, alors que la croissance n’est pas au rendez vous et que sans croissance, il ne lui sera pas possible de faire rentrer dans les caisses de l’Etat de nouvelles recettes, indispensables pour réduire son endettement et rembourser ses créanciers.
Nous avons l’impression d’assister à une fuite en avant, dont la plupart des économistes pensent que ce plan ne servira à pas un grand-chose pour rétablir les déséquilibres financiers de ce pays.
Il est important de rappeler que le déficit public de la Grèce a atteint en 2009 environ 14% du PIB et que la dette publique est attendue à 133,3% du PIB cette année et qu’elle devrait continuer à progresser jusqu’à 149,1 % en 2013 pour commencer à refluer en 2014 à 144,3%, tout cela s’en être sûr que ces prévisions seront réellement réalisées.
LES PRINCIPALES MESURES D’AUSTERITE ANNONCEES PAR LE GOUVERMENT GREC
• âge minimum de départ à la retraite fixé à 60 ans
• gel des salaires et retraites du secteur public
• suppression des 13e et 14e mois de salaire dans la fonction publique et suppression des 13e et 14e mois de pension pour les retraités, compensées par des primes pour les plus bas revenus
• hausse de un à deux points de la TVA, qui s’élève actuellement à 21 %
• hausse de 10 % des taxes sur certains produits de consommation, dont l’alcool
• réduction des investissements publics
Le chef d’Etat grec, Georges Papandréou a martelé qu’il en allait de la «survie de la nation» et qu’Athènes n’avait d’autre choix que d’accepter de faire de nouvelles économies. «Avec nos décisions d’aujourd’hui les citoyens doivent subir de grands sacrifices ce n’est pas une décision agréable», a ajouté, sur un ton solennel mais visiblement mal à l’aise, Georges Papandréou, évoquant une «grande épreuve» qui attend le pays et sa responsabilité «historique».
En réalité, le Gouvernement grec ne semble pas croire lui-même à ce plan d’austérité si l’on se réfère aux données économiques actuelles qui ne permettent pas d’être optimiste sur les chances de succès de ces mesures de sacrifices demandés au peuple grec, tout cela pour sauver la zone euro , d’un probable éclatement à court ou moyen terme, tant les pays de l’UE ont des intérêts divergents et surtout des contraintes différentes sur le plan économique et financier.
L’UE a révélé au grand jour que la création de la monnaie unique n’avait pas suffi à créer les conditions d’une politique économique, financière et sociale coordonnée à même de faire face aux désordres financiers actuels.
Le peuple grec n’est pas prêt à accepter les sacrifices que veulent lui imposer le FMI et l’EU, car il estime que la facture qu’on lui demande d’assumer, ne lui incombe nullement.
Les syndicats grecs ont prévu d’organiser une grève générale le 5 mai prochain pour envoyer à leurs dirigeants qu’ils ne se reconnaissent pas dans ce plan d’austérité dont les finalités ne feront qu’’apprauvrir un peu plus le peuple et ne résoudra en rien les problèmes auxquels ce pays est confronté.
La sortie de la Grèce de la zone euro risque de se poser dans les prochains mois avec le plus d’acuité au regard des mesures qui ont été annoncées par le chef d’Etat grec.

QU’EN EST-IL DES AUTRES PAYS DE LA ZONE QUI VIENNENT DE VENIR AU SECOURS DE NOS AMIS GRECS ?
Les agences de notation viennent de dégrader la note du Portugal et de l’Espagne qui pourraient être les prochains pays à faire appel au FMI et à L’EU pour faire face à leurs créanciers respectifs.
La France et l’Angleterre pourraient connaître le même sort si la situation économique ne s’arrange pas.
LE PORTUGAL :
La croissance a repris au deuxième trimestre de 2009, mais restera faible car le désendettement du secteur privé pèse sur la reprise. Dans ces conditions, le chômage devrait augmenter, pour atteindre 10 % environ en 2010.
Le déficit budgétaire devrait s’élever davantage en 2010 et 2011, après une augmentation sensible en 2009 sous l’effet conjugué des mesures de stimulation budgétaire et de la récession. L’inflation sous-jacente, après avoir diminuée pour atteindre un niveau proche de zéro, pourrait connaître une croissance faible au cours de la période considérée.
Malgré une croissance anémique, la conception et la mise en œuvre graduelles de la consolidation budgétaire est une toute première priorité. Les réformes structurelles destinées à encourager la compétitivité sont indispensables à la réalisation d’une plus forte croissance par le biais d’exportations plus dynamiques, alors que la poursuite des réformes dans le secteur de l’éducation devrait contribuer à encourager la croissance potentielle.
L’affaire est partie de l’annonce d’un déficit record de 9,3 % du PIB portugais pour 2009. La crise portugaise est donc du même type que la crise grecque. L’agence de notation financière FITCH a abaissé la note de la dette à long terme du Portugal à “AA-” contre “AA” précédemment, et l’a assortie d’une perspective négative. Notons toutefois que la notation du Portugal reste bien supérieure à celle de la Grèce (BBB+).
Pour autant le Portugal se trouve dans une situation difficile car son voisin espagnol connaît aussi une dégradation importante de son environnement économique et en cela le fragile un peu plus sachant que l’Espagne est un ses principales partenaires sur le plan économique.
L’ESPAGNE:
L’Espagne subit une crise très importante comme tous ses partenaires européens et à cela s’ajoute une crise immobilière, qui peut être comparée à la crise des subprimes aux Etats Unis qui a été à l’origine de la crise spéculative mondiale de 2008.
Les banques espagnoles empruntant sur les marchés internationaux ont été amenés à financer des opérations immobilières à des conditions totalement déraisonnables. Elles ont mis en place des emprunts à 50 ans à taux variable, qui avec le renversement du marché immobilier, à provoquer un défaut de paiement des emprunteurs.
Bien que ne représentant que 10 % du PIB, le secteur a été financé par le système bancaire espagnol à près de 60 % l’encours de certaines Caisses d’épargne. Celles de la Côte Méditerranéenne, ont souvent plus de 90 % de leurs encours sur le secteur immobilier par rapport à leurs encours de crédits totaux.
Les gens ont acheté des appartements financés à 100 % dans un marché hyper spéculatif et il est arrivé ce qui devait arriver: la bulle a éclaté !! La valeur des appartements a baissé alors que les prêts sont maintenant plus élevés, bien souvent, que la valeur.
L’endettement des particuliers qui est un des plus hauts d’Europe à fragiliser un de façon importante les particuliers les empêchant d’acheter d’autres biens de consommation.
Toutes les grandes banques européens ont participé à ces opérations immobilières qu’elles ont proposées à leurs clients pour investir dans l’immobilier espagnol, espérant en cela faire des opérations juteuses, sans se soucier un seul instant que le marché immobilier pourrait se retourner et que les emprunteurs , faute de moyen financier se retrouveraient dans l’incapacité de rembourser leurs emprunts.
Bref, la situation est sérieuse. José Luis Rodríguez Zapatero n’a guère de marge de manœuvre, surtout que, pour son malheur, le surplus budgétaire et la dette étaient les seuls points positifs du système. Or en l’espace de deux ans, le déficit est passé de + 2% à -4% du PIB et la dette a grimpé à plus de 60 % du PIB.
L’économie espagnole est la 5e économie de l’Union européenne et la 12e puissance économique mondiale. Sa chute n’aurait pas les mêmes conséquences que pour le Portugal ou la Grèce.
La dette publique devrait atteindre 66 % du produit intérieur brut (PIB) à la fin de l’année 2010, soit presque le double de ce qu’elle était en 2007.
Elle reste très en deçà des dettes italienne, belge…ou française mais ce n’est qu’une partie du problème : l’Espagne doit compter avec le spectaculaire endettement des entreprises et des ménages.
Tout compris, des administrations publiques aux banques, en passant par les familles, la dette globale a représenté près de quatre fois le PIB en 2009, selon le quotidien économique « Cinco Dias « du 10 février. L’endettement des ménages a doublé depuis 2000, pour atteindre 89 % du PIB.
Une attaque spéculative sur l’Espagne serait d’une toute autre ampleur que celle qui frappe la Grèce et, quand on voit l’Europe incapable de répondre sérieusement à cette dernière, on mesure les risques potentiels qui pèsent sur l’Europe…et l’Euro !
LA FRANCE :
La situation de la France n’est pas dans une meilleure forme, loin de là. Elle connait une augmentation de ses déficits.
Le déficit public a atteint en 2009 7,5 % du produit intérieur brut (PIB) et la dette publique a représenté 77,6% du PIB.
Ce déficit public de 7,5% correspond à un manque à gagner de 144,8 milliards d’euros.
La dette française s’est établie en 2009 à 1489 milliards d’euros, soit 77,6% du PIB contre 67,5% en 2008.
Le gouvernement a estimé que le déficit public atteindrait 8,2 % du PIB en 2010.
La dette publique va prendre elle aussi de l’altitude : elle représentera un peu plus de 83 % du PIB cette année, puis 87 % en 2011.
Bruxelles a demandé aux Etats membres de l’EU de ramener leur déficit public à 3 % et leur dette à 60% du PIB d’ici fin 2013.
Compte tenu du contexte économique, financier et social délicat dans lequel la France se trouve, il est à peu près certain qu’elle ne pourra pas satisfaire aux exigences des bureaucrates de Bruxelles, au risque de mettre à mal, la reprise de la croissance qu’elle n’est pas en mesure aujourd’hui de réellement prévoir.
La situation de l’UNEDIC devrait atteindre un déficit de l’ordre de 10 milliards d’euros.
La Sécurité sociale représentait un budget total de 363,7 milliards d’euros en 2005, soit environ un cinquième du PIB de la France (1 780 milliards d’euros en 2006). À ne pas confondre avec les dépenses liées à la protection sociale qui, elles, s’élèvent à 536,9 milliards d’euros : la « Sécu » (le régime légal) ne finance pas toutes les dépenses de « sécurité sociale » (le concept générique). Pour différentes raisons (analysées ci-après) cette somme ne suffit pas et crée un problème d’équilibre financier.
Suivant les rapports du Sénat sur le projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2007, le budget de la sécurité sociale est le suivant (tout régimes de base) : recettes = 394,8 milliards d’euros, dépenses = 400,2 milliards d’euros, soit un déficit prévisionnel de 5,4 milliards d’euros. À titre de comparaison, le budget de l’État français se montait à 268 milliards d’euros de dépenses en 2007.
Le déficit du régime général (salariés) de la Sécurité sociale pour 2009 pourrait se situer entre 20 et 21,3 milliards d’euros en 2009, soit environ le double du déficit prévu dans le budget « Sécu » voté à l’automne 2008.
Selon le ministre du budget le déficit pourrait atteindre 30 milliards d’euros en 2010.
A cela, il faut rajouter la croissance exponentielle du chômage qui est remonté à 10% (métropole + les doms) et ne devrait pas permettre de redonner espoir à des millions de français qui vivent dans des conditions de plus en plus dégradées, et ne voyant pas à court ou moyen terme, leur situation s’améliorer.
C’est dans ces conditions que l’on peut considérer comme catastrophique que la France s’apprête à participer au sauvetage de la Grèce. On se demande avec quels moyens financiers, celle-ci peut encore aujourd’hui prêter de l’argent à la Grèce.
Et si le Portugal, l’Espagne, l’Irlande, l’Italie, et l’Angleterre venaient à se retrouver dans la situation de quasi faillite comme la Grèce ? Que ferait le France et surtout l’Allemagne.
Beaucoup d’économistes pensent que la Grèce ne remboursera pas ses créanciers, qu’en sera-t-il des autres, si la croissance ne revient pas pour permettre aux Etats de la zone euro leur endettement qui ne cesse de croître.
Malheureusement, il est craindre que cette aide du FMI et de l’EU pour sauver la Grèce d’une faillite prévisible ne soit pas en mesure de stopper la spéculation sur les marchés.
L’avenir s’annonce sombre pour les peuples qui s’apprêtent à subir dans la douleur et les larmes la cupidité du monde de la finance et de la complicité des Gouvernements qui ont cru que le libéralisme, le libre échange, la mondialisation serait la solution à tous nos maux.
Fabrice LETAILLEUR
Voir son site : http://lebloglaicdechamps.over-blog.com

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