La curieuse déontologie du Monde, vis-à-vis de mon grand-père

Publié le 2 février 2009 - par
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Dans son édition du 28 janvier 2009, le journal Le Monde publiait une lettre ouverte au titre accrocheur : « Effacez le nom de mon grand-père à Yad Vashem ». L’écrit était signé « Jean-Moïse Braitberg, écrivain » et demandait, au nom de «l’ humanité » que le nom de son grand-père, Moshé Brajtberg, déporté à Treblinka en 1942, soit effacé du Mémorial Yad Vashem en Israël pour protester contre le comportement « cruel » de l’armée israélienne contre les Palestiniens de la bande de Gaza.

Cette publication m’a choquée pour trois raisons. La première est que mon frère s’est approprié la mémoire de mon grand-père pour défendre ses opinions personnelles sans me demander mon avis ni celui des cousins et cousines avec lesquels nous partageons la même filiation.

La deuxième est que le Monde n’a pas mentionné l’appartenance de Jean-Moïse Braitberg à l’UJFP –Union juive française pour la paix- au sein de laquelle il milite depuis plusieurs années.

La troisième étant que, depuis plus d’un mois que l’opération « lead cast » a été lancée, je me suis opposée dans des discussions sur Internet et ailleurs au même type d’argument que développe mon frère dans sa lettre ouverte .

C’est précisément cette troisième raison qui me pousse à réagir publiquement alors que sur le premier point j’ai demandé un droit de réponse au directeur du « Monde » sans réponse de sa part à ce jour.

Je suis fondamentalement pacifiste, au sens littéral du terme ; je récuse toute forme de violence. Je suis évidemment horrifiée par les conséquences de l’offensive israélienne sur la population de Gaza et je suis choquée par les conséquences des attaques palestiniennes contre Israël. Je ne les compare pas. Ma position, dans ce terrible conflit qui dure depuis trop longtemps est de soutenir toutes les initiatives qui vont dans le sens de la paix, de l’apaisement et du « vivre ensemble ».

C’est pourquoi j’ai été bouleversée par le déversement de haine sur le sol de mon propre pays, au prétexte de défendre la cause palestinienne. Je dis bien « au prétexte » car nous sommes malheureusement témoins trop souvent de toutes sortes de guerres et de massacres qui ne déclenchent pas les mêmes passions que la guerre entre les Israéliens et les Palestiniens. Il s’agit en fait d’une guerre millénaire, tantôt larvée, tantôt ouverte, entre Chrétiens, Juifs et Musulmans. Il s’agit en réalité d’une guerre de religions qui puise ses ressources dans le fanatisme de convictions intimes qui devraient demeurer intimes.

Un des fondements de cette laïcité dont notre République s’honore est précisément de séparer la sphère des croyances personnelles de celles des règles publiques. Vivre ensemble, c’est s’accorder sur des principes communs pour pouvoir jouir de sa liberté intime. L’anarchiste Bakounine a justement dit : « La liberté des autres étend la mienne à l’infini ».

Or, depuis un mois, les lois, les règles et les usages qui régissent notre société ont été largement transgressés et bafoués sans que nos autorités publiques et morales interviennent clairement et énergiquement, laissant le chaos distraire notre peuple de ses misères quotidiennes.

Les insultes antisémites, les appels à la haine, les injures racistes et sexistes, les calomnies, les allégations mensongères, la désinformation, la mauvaise foi, la propagande et les mensonges par omission se sont disséminés et infiltrés dans tous les médias sans exception, qu’ils soient professionnels ou amateurs comme les forums électroniques. Il est tout de même curieux que autant de propos susceptibles de porter atteinte à « l’ordre public » n’aient pas été sanctionnés par les autorités compétentes.

Pour ma part, je pense que ce qui paralyse les pouvoirs publics est la pensée « politiquement correcte » qui domine notre société profondément marquée par le catholicisme et sa dépendance, en tant que « Fille aînée de l’Église », du Vatican. Cette dépendance que le président Sarkozy s’est empressé de renforcer en se précipitant à Malte à peine élu et en se faisant adouber par le Pape, chanoine de Latran, en grande pompe.

La France est profondément, culturellement antisémite, le Juif occupant une place de choix dans sa parano quotidienne, son besoin de désigner un bouc émissaire pour renforcer l’unité nationale. Cet antisémitisme, passif la plupart du temps, redevient actif à la moindre occasion. Son économie est très simple, elle vise à masquer les véritables pouvoirs politiques et financiers qui sont aux mains du Vatican et de ses relais occultes, l’Opus Dei et l’Ordre de Malte. Ce dernier a dépensé en 2006, 900 millions de dollars, provenant en majorité de fonds publics. L’ordre de Malte met en avant son activité hospitalière pour détourner l’attention de son activité diplomatique très importante en tant qu’Ordre souverain siégeant aux Nations-Unis, accueillant les ambassadeurs de 102 pays, avec une représentation diplomatique à la Commission européenne et dans les principales capitales européennes.

L’ordre de Malte, fondé par les Croisés au XIème siècle a pour devise « Tuitio Fidei et Obsequium Pauperum », protection de la foi et service des pauvres » .

Ces mêmes Croisés qui, au nom de la foi ont massacré moult Juifs et Musulmans sur leur passage. L’habileté diplomatique de l’Ordre souverain de Malte aujourd’hui consiste à contrôler la « Terre sainte » en noyautant les pays qui représentent à ses yeux le « berceau de la Chrétienté » : « la Terre sainte avec les pays de la Méditerranée orientale, le Liban, la Jordanie, la Syrie et l’Irak ». On notera qu’Israël, comme la Palestine, ne figurent pas dans la liste sinon sous le vocable « Terre sainte ». Connaissant la réputation de subtilité diplomatique du Vatican à travers les âges, on ne peut douter de sa position qui serait de jouer l’Islam contre le Judaïsme, les Arabes contre les Juifs et les Palestiniens contre les Israéliens. Il n’est certainement pas neutre que la grande majorité des naissances palestiniennes se déroulent à l’Hôpital Saint Jean de Bethléem. Et comme j’ai mauvais esprit, j’irai jusqu’à suggérer que ce n’est sûrement pas dans cette maternité qu’on donne des conseils de régulation de naissances aux mères Palestiniennes, chair à canon oblige …

Je me pose la question de comprendre pourquoi Le Monde a failli aux règles de déontologie journalistique en ne s’assurant pas que tous les descendants de Moshé Brajtberg approuvaient la requête publique de Jean-Moïse Braitberg et pourquoi il n’a pas mentionné sa qualité de militant de l’UJFP dont il exprime l’exacte idéologie.

Je ne voudrais pas accuser ce grand journal de lâches concessions vis-à-vis d’un lectorat en diminution, qu’il faudrait retenir à tout prix, et qui serait, dans sa majorité, favorable à ce que l’on fit feu de tout bois au nom du prêt à penser pro palestinien. Et pourtant, je crains que le journal « Le Monde » n’échappe pas au conditionnement de la pensée, tout comme l’ensemble de la gauche chrétienne à laquelle le groupe Le Monde est lié par « la Vie » (anciennement « La vie catholique illustrée », le réseau de libraires religieuses « La Procure » (dont il vient seulement de se délester), « Le monde des religions », « Prier » et les éditions Desclée de Brouwer ( éditions chrétiennes).

Pour Le Monde, publier la lettre ouverte d’un Juif outragé par le « nazisionisme » israélien tombait on ne peut mieux pour conforter son « politiquement correct. De même, les autres Juifs qui désavouent la politique israélienne font le bonheur de tous ceux qui ont quelque intérêt à mener la guerre sainte. Le Groupe Le monde vient de publier dans Télérama (origines catholiques également ) une interview de Shlomo Sand , cet historien israélien dont le récent ouvrage « Comment le peuple juif fut inventé » (Fayard, Paris, 2008) fait un tabac dans la mouvance pro palestinienne.

Le lobby catholique romain soutient aussiAIC ( Alternative news center,), association pro palestinienne basée à Jerusalem et financée par des organismes catholiques comme Diakona, CCFD, ICCO et Associazione Communita Papa Giovanni XXIII, etc.. qui s’est fait connaître à travers le dissident israélien Michael Warshawski auteur d’un billet véhément : « Non, non et non ! … »

Mon analyse est évidemment circonstanciée puisque je suis personnellement impliquée à travers ma filiation, ma mémoire familiale et mes engagements personnels et que Le Monde a participé de cette interpellation. Toutefois, mon point de vue n’est pas exclusif d’autres regards qui privilégieraient, dans l’analyse du pro palestinisme qui sévit en France, l’impérialisme américain, la lâcheté des pays arabes, la montée de l’intégrisme musulman dans le monde, la culpabilité post coloniale de la France de gauche et son besoin de rassembler ses troupes, la crise économique mondiale, le besoin pour le Vatican d’arrêter l’hémorragie catholique en Europe, de même que l’orientation militaire d’Israël de la défense à l’occupation et critiquée par des Israéliens eux-mêmes, etc. etc.

En conclusion, je demanderai à nos citoyennes et citoyens de ne pas se laisser assommer par l’arbre qui cache la forêt.

Alice Braitberg

http://fr.blog.360.yahoo.com/blog-QnEH6bQ5fqdUnjwwQpY-?cq=1

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