La démocratie : depuis Socrate, elle échoue

Publié le 21 novembre 2020 - par - 14 commentaires

Un jour, Churchill a déclaré : « La démocratie est la pire forme de gouvernement, à l’exclusion de tous les autres. » Il y a deux erreurs dans cette phrase ; l’une est ce qui suit après la virgule, l’autre est que la démocratie est considérée comme une forme de gouvernement. Elle est, aujourd’hui, peut-être le plus grand pilier des sociétés et la seule norme acceptée à travers le monde. Les organisations mondiales sont fondées en son nom, on la chérit. Une société anti-démocratique est devenue synonyme de terreur et d’oppression. Pourtant, une simple discussion avec un apolitique moyen ou du moins une personne indifférente à la démocratie révélera qu’une telle prémisse s’effondre rapidement et que ses inconvénients apparaissent à grande vitesse. Cependant, ils ne vont pas plus loin que des pleurnicheries désespérées sur l’absence de la vraie démocratie due à la démagogie, à la fraude électorale et à toutes les déchéances contemporaines de ce système. Ces plaintes aspirent toujours à une société véritablement démocratique où le gouvernement satisfait comme par magie toutes les demandes de la population. De telles visions utopiques déforment le fait concernant ce que la démocratie a le potentiel d’être. Les échecs sont tellement répétitifs que même l’utopie est indésirable. Je vais ici, démêler l’histoire et déconstruire un système inefficace et par quoi la remplacer.

La pensée démocratique est un phénomène récurrent. Jusqu’à ce jour, les instances dans lesquelles la démocratie a pris forme sont innombrables. Ex : Grèce antique et la France révolutionnaire. La démocratie athénienne, bien que non reconnue comme telle par l’académie politique actuelle, était pour son temps, égalitaire et directe. Chaque citoyen masculin avait une voix et les décisions étaient soumises au vote. Bien que la structure ait changé, elle a conservé ses principes fondamentaux. Malgré l’apparente création d’un environnement de libre discours relatif aux civilisations concurrentes, les philosophes étaient sceptiques.

Si Socrate n’écrivait pas lui-même, sa vie et ses idées ont par la suite inspiré toute la communauté philosophique grâce aux travaux de son brillant étudiant, Platon. Ce dernier transmet ses propres idées par la bouche de Socrate qui, sans aucun doute, étaient originellement les siennes. Alors que Socrate se chargeait de jouer le rôle de mouche à viande pour inspirer la réflexion et favoriser l’éveil de la population, il ne tarda pas à être accusé de corrompre la jeunesse d’Athènes. Platon informe soigneusement des procès dans Apologie de Socrate, que ce dernier, en guise de discours final à ceux qui l’ont condamné à mort, a fait remarquer que sa mort restera dans les mémoires comme le meurtre d’un homme sage — même si il insiste sur le fait qu’il n’est pas sage. Il est connu comme une victime symbolique de la démocratie, un esprit merveilleux qui fait encore réfléchir mais qui a été réduit au silence. Témoin de la mort de son professeur, le doute naquit chez Platon et l’exprime dans son célèbre ouvrage La République.

Le but de cette œuvre était d’atteindre l’idée de perfection du gouvernement et de société par la méthode socratique. La République (L.VI) comprend un passage qui inclut la « métaphore du navire ». Socrate présente à Adimante de Collytos une parabole qui sous-entend le concept d’un roi-philosophe et de masses incompétentes. Un roi-philosophe passé maître dans l’art de gouverner en internalisant la plus noble des poursuites a naturellement droit à la souveraineté bien plus que tout individu, qui n’a que l’habileté de gagner la faveur de la foule. Un gouvernement démocratique est analogue à la métaphore du navire dans lequel l’équipage renverse le chef et choisit le capitaine de la mutinerie, conduisant vraisemblablement le navire au chaos. Un roi-philosophe tiendrait Socrate en haute estime et n’aurait pas pensé que son entreprise avait des intentions de corruption de la jeunesse.

Platon considère la démocratie comme l’avant-dernière étape vers la dégénérescence. Elle naît d’une révolution sanglante des pauvres, où existe la liberté la plus absolue dont, la méchanceté et l’indiscipline. Elle inculque une fausse égalité et fomente des hommes dépassés par les désirs. En réaction contre le manque d’autorité et d’ordre en présence d’une liberté débridée, la tyrannie engloutit la démocratie comme la démocratie engloutit l’oligarchie. Au lieu de cela, on présente l’aristocratie comme une entité juste et on transmet l’idée d’un homme aristocratique disposant de la sagesse et de la rigueur d’un guerrier. Cependant, Platon ne néglige pas la virtuosité des régimes similaires et parle en termes élogieux des systèmes « applaudis » de Crète et de Sparte. Bien qu’il exprime sa part de réserves, il l’approuve dans un mouvement d’entrain et tend à trouver un intermédiaire entre la sagesse et l’avarice. La structure réelle du gouvernement à Sparte, telle que détaillée par Plutarque, indique que le synopsis de Platon sur cet homme porteur de vérité et trouve ses racines dans les réformes de Lycurgue, personnage mythique. Parallèlement, il crée la Gérousie, un conseil de vingt-huit hommes qui a limité la domination de la dyarchie. Cette institution a longtemps prospéré et son fondateur en a été glorifié, notamment par Machiavel. L’héritage platonicien a donné lieu à différentes interprétations et approches. Aristote s’est abstenu de le préserver et a rejeté sa conception idéale de la constitution en raison de sa vision biaisée de la société. Le ton aristocratique du doute démocratique prendra un virage absolutiste. Il atteindra son apogée avec la Révolution française. La révolution bouillonnait dans un contexte de famine, d’impôts élevés, d’une bourgeoisie paralysée et, malgré les difficultés, d’une aristocratie aisée. Lorsque la bourgeoisie a compris que ses exigences de pouvoir politique bien mérité ne seraient pas satisfaites, même les États généraux n’ont pas pu atténuer leur mépris du système.

Les intellectuels de la bourgeoisie ont commencé à chercher des réponses plus radicales. Les tentatives de la monarchie pour réprimer leurs efforts n’ont fait qu’entraîner la radicalisation de leurs idées et alimenter leur lutte. Cette première radicalisation des intellectuels se traduira plus tard par la création de factions au sein de l’Assemblée nationale, notamment le club des Jacobins. La radicalisation réelle et la matérialisation d’une révolution s’est incontestablement concrétisée avec la prise de la Bastille, le 14 juillet 1789. Ce phénomène de psychologie de masse deviendra plus tard le thème principal de la plupart des révolutions et sera remarqué par de nombreux psychologues tels que Gustave Le Bon.

Cet événement a ouvert la voie à la domination des Jacobins radicaux sur les Girondins réformistes et à leur élimination dans les dernières étapes de la révolution. Sous cette lumière, ils ont été influencés par l’expérience républicaine des Amériques et ont décidé de rédiger la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen avec l’aide de Thomas Jefferson. Préfigurant le constitutionnalisme des régimes démocratiques ultérieurs, cette déclaration souligne les droits fondamentaux et universels auxquels tous les citoyens ont droit. Parmi les tensions créées par l’invasion imminente des Prussiens et les Massacres de Septembre provoqués par les appels à la terreur de Marat dans L’Ami du peuple, Louis XVI a connu sa fin aux mains du “grand égalisateur” dans des craintes très semblables à celles qui ont conduit les Romanov à leur disparition lors de la Révolution d’Octobre. Ce qui a suivi est historiquement connu comme le règne de la Terreur où la Convention nationale a établi une dictature démocratique et a éliminé tous leurs opposants politiques, les ennemis du peuple, avec la guillotine. Non seulement Robespierre les a menées sans remords, mais il a prononcé les discours de la Convention louant la “vertu” de la terreur utilisée contre les ennemis du peuple. Il a organisé les exécutions de tout ce qu’il considérait comme des menaces par l’intermédiaire du Comité de sûreté générale et de son armée de sans-culottes. Assez rapidement, Robespierre et sa dictature démocratique ont connu leur propre fin aux mains de son outil de terreur à la suite de la réaction thermidorienne.

Après cela, l’esprit révolutionnaire s’est éteint et peu de temps après, les Français se sont retrouvés en marche vers Moscou sous le commandement de Napoléon. Avec la restauration des Bourbons qui a suivi la chute de Napoléon, la France s’est retrouvée là où elle s’était arrêtée il y a trois décennies. Alors que les Français eux-mêmes étaient surtout consumés par la ferveur révolutionnaire proto-socialiste des Jacobins, l’esprit réactionnaire des Thermidoriens et enfin la soif impérialiste de Napoléon, les réflexions sur la révolution venant de l’extérieur de la France n’étaient pas aussi positives. Des penseurs conservateurs du monde entier ont exprimé leur réflexion sur les horreurs inimaginables de la soi-disant “liberté, égalité et fraternité”, principalement des philosophes conservateurs tels qu’Edmund Burke.

Ces penseurs ont surtout critiqué la façon dont le désir irrationnel de faire participer toute la population à la politique d’un pays a entraîné un bain de sang dont les exploits ne seraient pas perceptibles si la révolution ne se produisait pas. Le peuple français, ou plutôt les révolutionnaires qui prétendaient être les représentants du peuple, ont troqué la stabilité, l’ordre et l’harmonie contre le chaos, la terreur et l’incertitude, tout cela au nom d’idéaux dont aucun n’a été atteint.

Hassan Ejaaibi

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Notifiez de
Mistine

Nous sommes en train de vivre aujourd’hui la confiscation de la démocratie. Ils ont introduit une dictature du politiquement correct tout en conservant l’aspect d’une démocratie. Les élites depuis 30 ans agissent contre l’intérêt et la volonté du peuple et le gouvernement n’est plus représentatif des différentes tendances politiques. On voit où cela nous mène. Peut-être que vous considérez que le peuple n’est pas suffisamment instruit pour prendre des décisions politiques mais on se rend compte aujourd’hui que quand ce sont les élites qui dirigent ce n’est pas la garantie, loin de là, qu’ils prendront les bonnes. Ils ne pensent qu’à leurs propres intérêts, pas à celui du peuple qu’ils sont en train de sacrifier. Le temps est venu de faire à nouveau la révolution, peut-être la guerre.

Mistine

Je vais …déconstruire un système inefficace et par quoi la remplacer.? Cette phrase n’est pas correcte, on a du mal à vous suivre dans votre façon de vous exprimer. On attend donc que vous nous disiez par quoi vous pensez pouvoir remplacer la démocratie. Vous préférez peut-être les horreurs des dictatures qui elles s’étalent sur dizaines d’années, voire plus longtemps. La démocratie n’est pas parfaite et il arrive un moment ou elle est détournée, c’est là qu’il faut à nouveau agir pour la remettre dans le droit chemin. Ce n’est pas le désir de démocratie qui est responsable des horreurs de la révolution mais toutes les injustices qui amènent le peuple à réagir violemment parce que c’est le seul moyen de faire changer les choses.

Patapon

Il faudrait que les rois soient philosophes,ou que les philosophes soient rois.Mais hélas,les philosophes ne veulent surtout pas du pouvoir..Merci d’évoquer ici le sage Socrate et son disciple Platon.Pour ma part,tel Diogene parcourant les rues,sa lanterne allumée en plein jour,je cherche un homme …Les anciens Grecs ont tant de belles et bonnes choses à nous apprendre.

TAUCETI

la democratie est le gouvernement du peuple par le peuple c est a dire donner son avis la forme du gouvernement ne compte pas roi prince conseil de ministres pays les plus riches liechenstein danemark norvege iles anglo normandes le mieux bhoutan CONDITIONS UN SEUL PEUPLE ETHNIQUE ET CULTURE

Prober

Quel pays pourrait se vanter d’appliquer ou d’avoir appliqué la démocratie a 100% ? Peut on penser que , justement, les dirigeants démocrates américains l’ont fait ? Et Biden, s’il est élu, va-t-il le faire ? L’application de la démocratie n’a jamais dépassé les 10%…Un peu faible pour parler d’une démocratie .

Clamp

La démocratie n’a encore jamais été réellement essayée. Le premier modèle qui sera digne de ce nom est décrit dans l’article proposé ci-dessous, si on fait abstraction du paragraphe concernant la possibilité d’une pondération, notamment liée à l’âge et éventuellement à l’implication dans la vie démocratique, car ce passage est beaucoup trop en avance sur son époque ( le principe finira néanmoins aussi par s’imposer car sa finalité est de répondre à des nécessités réelles incontournables, mais sûrement beaucoup plus tard ) ; le principe repose sur 3 corps votant les lois et pouvant aussi les proposer, un représentant l’ensemble de la population, un rassemblant les représentants locaux d’échelle inférieure et le peuple :

https://ripostelaique.com/ma-conception-dune-democratie-ideale.html

Patapon

Il faudrait redéfinir la citoyenneté pour aboutir à une authentique démocratie,or celle-ci fluctue en fonction des régimes et des époques.Il est même question d’octroyer le droit de vote à 16 ans ,de faire voter les condamnés de droit commun,et de permettre aux etrangers qui abondent sur notre sol de voter,a l’égal d’ un Francais.C’est au moins du mépris envers la citoyennete véritable ,sinon un dévoiement criminel de la démocratie

Clamp

Patapon, je suis entièrement d’accord avec vous et je me réjouis de constater votre rejet du vote des mineurs, il montre que vous avez conscience de l’hérésie paradoxale, voire oxymoresque, de confier aux plus jeunes, le soin de guider leurs pas à leurs aînés. C’est un contre-sens absurde. J’ai attendu d’avoir 37 ans pour voter en ce qui me concerne.

lessentiel

je cites
“Le peuple français, ou plutôt les révolutionnaires qui prétendaient être les représentants du peuple, ont troqué la stabilité, l’ordre et l’harmonie contre le chaos, la terreur et l’incertitude, tout cela au nom d’idéaux dont aucun n’a été atteint”

Trop longtemps , j ai cru que l humain avait acquis une sagesse pour pouvoir vivre en harmonie sur cette planete et entre eux et depuis qu il existe , il n a connu que la guerre , la destruction la haine .
l humain n est pas un mammifere c est un virus et en tant que telle , il doit disparaitre definitivement

Patapon

La démocratie véritable et un communisme authentique sont pratiques naturellement par les tribus amérindiennes,qui ne connaissent ni propriété privée ni hiérarchie sociale.

Heraklite

La critique est facile. L’art est difficile. Quelle alternative proposez vous ? Toujours pas compris.
Si vous raisonnez comme vous le faites c’est à cause de la démocratie. C’est comme les musulmans qui nous vantent l’islam en Occident, imaginant que leur religion est la source de tous les bienfaits alors qu’ils doivent tout à la démocratie. Bref votre problème, c’est surtout de vivre dans un pays riche ainsi que votre morgue à l’égard du peuple qui n’est pour vous qu’une masse d’imbéciles. Mais justement la démocratie quand elle sait fournir une instruction digne de ce nom au peuple, quand elle sait exalter la nation, crée des nations fortes. Ce n’est pas un hasard si les États Unis sont la nation la plus puissante et ils n’ont connu que la démocratie.

Osho

Ne pas oublier que la “démocratie” ne sait plus fournir au peuple de l’INSTRUCTION, mais qu’elle lui fournit de l’EDUCATION. C’est bien tout cela qui fait de votre réflexion une utopie! Quant aux USA, je crains que leur suprématie soit avant longtemps bousculée sous la poussée des minorités agissantes qui vont la détruire…

Heraklite

Osho. J’ai bien précisé à dessein instruction pour distinguer d’éducation. Et la preuve a été faite que la démocratie était capable d’instruire et pas d’éduquer. Donc rien qui ne soit rédhibitoire dans le système de la démocratie.

Leroy

“La République dégénère en démocratie.”
Aristote dans Politique
Rien de nouveau sous le soleil

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