La démocratie n’est plus : hier Athènes, aujourd’hui Paris

Publié le 27 février 2019 - par - 13 commentaires - 645 vues
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On ne cesse, « en haut lieu », de parler démocratie. Grosse blague. Non messieurs, inutile de nous  enfumer une fois de plus, notre démocratie est morte et vous ne parlez plus que d’une défunte. Défunte que vous avez assassinée. Vous ! Je mesure alors le temps parcouru depuis 2 600 ans, et des flashs m’apparaissent alors. Ce n’est pas la première fois qu’une bande de corrompus l’ont massacrée, notre chère démocratie. Et les points de comparaison avec la cité athénienne antique me sautent aux yeux. Je voudrais ici en rappeler quelques-uns. Oh certes, je n’ignore pas que mes quelques détracteurs habituels écriront leurs petite phrases rituelles du genre : « ha ! Cette Madame Guersan ! Elle se dit historienne, mais elle compare l’incomparable ». Mais à quoi bon essayer d’ouvrir les yeux de ceux qui veulent les garder fermés, se prélassant dans leur petit confort usuel et effrayés par tout ce qui pourrait l’ébranler… Bref, trêve de diversion, faisons un grand plongeon dans le temps et rendons-nous à Athènes au milieu du Ve siècle av J.-C.

Nous y voilà. La ville est magnifique et d’une grande noblesse, dressant ses temples, ses bâtiments, ses monuments,  du style que nous appellerons plus tard classique et qui est un modèle de pureté des formes. Trois cent mille personnes y vivent. Les visiteurs peuvent y admirer au sommet de l’Acropole le Parthénon,  construit en marbre en 15 ans à partir de 447, l’un des plus harmonieux monuments construits par l’humanité, aux proportions parfaites,  qui servira de modèle à de nombreux bâtiments des siècles plus tard. Il abrite la colossale statue d’or et d’ivoire de la déesse de la cité, Athéna, comme nos mairies abritent le buste de Marianne. Les symboles sont importants lorsqu’ils fédèrent les peuples. La foule aime à se promener sur l’agora, la grande place publique, y discuter et échanger les idées nouvelles qui agitent la cité, écouter les philosophes, commenter les sculptures des plus grands artistes de tous les temps, faire ses achats  dans les nombreuses boutiques qui bordent la place, se rendre au théâtre ou dans les stades où s’affrontent de splendides athlètes nus, et se fait un devoir d’assister à l’assemblée des citoyens  dans l’Ecclésia, à celle des juges de l’Héliée  ou au bouleutérion où ils occupent des charges publiques obligatoires, par tirage au sort. Car à Athènes, la démocratie est directe et ne passe donc pas par des intermédiaires dont l’histoire d’aujourd’hui nous a montré qu’en aucun cas ils ne représentent le peuple. S’ils l’ont fait à certaines époques, ceci est bien fini.

Certes je ne prétendrai pas ici que le système soit parfait, car il s’appuie largement sur l’esclavage – non pas l’ignoble esclavage comme au temps de nos colonies, ou dans les territoires musulmans pendant 12 siècles, car à Athènes, l’esclave, qui peut être un prisonnier de guerre, est souvent occupé à servir la cité comme agent de police ou à d’autres fonctions du même acabit. Armé d’un long fouet, il maintient l’ordre et rabat sans ménagement les mauvais citoyens qui tardent à se rendre à l’Ecclésia. D’autres sont des artisans ; certains mêmes, traités comme des affranchis, sont au service des dieux. La plupart possèdent leur maison, leurs biens et quelquefois des terres. Dites-moi, détracteurs : leur position est-elle plus lamentable que celle de nos compatriotes qui, aujourd’hui, face à l’augmentation du prix du diesel, car le petit Macron l’a bel et bien augmenté ces jours-ci, ou à celui de 10 % des denrées, ne se chauffent plus et s’inquiètent de la façon dont ils vont survivre, payer leurs loyers, leurs impôts, leurs soins médicaux ?

Le cadre étant succinctement posé, venons-en à mon propos : la trahison et la corruption des élites auxquelles  le peuple représenté par les Gilets jaunes a décidé de mettre fin. Tout repose sur un péril venu de l’est, de l’empire perse, qui s’étend depuis le milieu du VIe siècle  de l’Iran à la mer Égée, englobant aussi l’Inde, l’Égypte, l’Afghanistan. Un empire immense qui veut encore s’étendre vers l’ouest et conquérir les cités grecques. Ce péril ne vous rappelle pas la situation actuelle, avec son immense cortège d’envahisseurs venus pour s’imposer aux vieux peuples que nous sommes et les remplacer ? Entre 490 et 480, les rois perses lancent d’énormes offensives sur la Grèce, mais sont deux fois vaincus. Une première fois à Marathon en 490, une seconde à Salamine en 480. Et le rôle de la cité d’Athènes est déterminant dans ces batailles grâce à sa flotte qui apparaît comme invincible et à sa haute stratégie. La militaire cité de Sparte, qui crève de jalousie devant la splendeur d’Athènes et sa supériorité artistique et intellectuelle, organise alors une guerre qui divise la Grèce en deux camps. La guerre durera de 431 à 404, soit durant 27 ans, avec des épisodes guerriers et des périodes plus paisibles. C’est une guerre terrible, fratricide, sans pitié, qui aboutira à la destruction d’Athènes. Destruction politique, économique, sociale, intellectuelle. En 430, la ville d’Athènes où s’est entassée toute la population des campagnes, est ravagée par la peste qui tue le quart de la population, dont Périclès. En 415, en Sicile, les Athéniens sont massacrés et les survivants sont enfermés dans les Latomies, carrières à ciel ouvert, où on les laisse mourir de faim et de soif. La ville d’Athènes est ravagée par ses ennemis. En 405, après avoir obtenu quelques victoires non déterminantes, l’armée athénienne est anéantie par Lysandre, et en 404, Athènes assiégée doit signer la paix qui la dépouille de son empire.

Or c’est durant ces périodes difficiles que la corruption va battre son plein. Comme aujourd’hui où plus rien ne fonctionne, ni les tribunaux aux ordres d’un pouvoir néfaste qui condamnent les innocents et libèrent les agresseurs, ni l’économie pourrie par une finance aux ordres d’un pouvoir oligarchique mondialiste dont nos gouvernants sont les valets lèche-cul, ni la société déstructurée par la volonté gouvernementale de casser les familles et le langage, ni les forces de police qui devraient assurer la défense du peuple à tous les excès de ceux qui tiennent les rênes du pouvoir et en abusent.  La liste des atteintes suivantes à la démocratie devrait éveiller dans nos consciences des parallèles absolus avec la situation présente en France. Ainsi durant ces années difficiles, la démocratie est mise à rude épreuve et menacée.  1) Avant même les débuts de la guerre, un pamphlet de – 431 présente la démocratie comme un régime favorable aux méchants que les « oligarques » doivent renverser en traitant avec l’ennemi (Spartes).  2) Dès les débuts de la guerre, les défaites sont imputées au peuple (le démos), et les aristocrates décident de modifier la constitution pour lui enlever sa souveraineté. 3) À l’Ecclésia, des conjurés empêchent les membres du peuple de parler, par l’assassinat et la terreur. 4) On abolit les salaires publics donnés aux plus modestes pour pouvoir exercer leur rôle politique, les 500 de la Boulê deviennent 400 (on élimine les « démocrates »), et ils deviennent cooptés et non plus tirés au sort. 5) Un décret (de l’Ecclésia, mais dans laquelle on ne peut plus s’exprimer) établit une liste de 5 000 citoyens qui ont seuls les droits politiques. 6) Le peuple, qui est en guerre, réagit peu, et tous les opposants sont emprisonnés ou déportés. Un régime oligarchique est instauré.  7) Mais la garnison installée à Samos se débarrasse de ses chefs et vient rétablir à Athènes la démocratie. En – 411, le peuple rétablit à nouveau la démocratie par une révolution. 9) Lorsque Athènes est définitivement vaincue en – 404 après 27 ans de guerre, Sparte, dont le régime politique est l’aristocratie, impose une nouvelle oligarchie, qui règne à nouveau par la terreur, et fait exécuter 1 500 Athéniens. C’est un régime corrompu, qui rackette les plus riches Athéniens.

Conclusion : la démocratie athénienne, construite à la faveur de diverses réformes tout au long du Ve siècle avant J.-C., ne disparaît pas d’un coup, mais à la faveur de diverses crises. Une démocratie est un système fragile, qui demande pour se maintenir un équilibre économique (l’économie d’Athènes a été dévastée par la guerre, et les marchands du Pirée, qui apportaient de la richesse à la cité, fuient), un équilibre politique (opposition démocratie/aristocratie, tentatives de dictature, intervention d’une puissance extérieure : Sparte, corruption), un équilibre social (les aristocrates ont voulu retrouver leurs privilèges). Pour maintenir la démocratie, les citoyens doivent exercer une vigilance sans faille. Et c’est bien ce que veulent faire les Gilets jaunes aujourd’hui.

Louise Guersan

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Notifiez de
Denis FK

N’oublions pas qu’ils ne doivent surtout pas se laisser berner par LFI et autres gauchistes!!!

Denys

A bas Démocratie Participative !

beretvert

Et vous, vous voulez refaire des camps , vu votre orientation
on voit quel genre de déchet vous êtes et me donnez envie de légaliser l’euthanasie et de vous l’appliquer pour médiocrité absolue

Denis FK

C’est quoi ce commentaire?
C’est moi qui suis bête et ne comprends rien?
Expliquez-nous, svp?

DUFAITREZ

Ne vous posez pas en victime, comme vous semblez le faire. Grande Culture.
La Démocratie n’existe que par la Représentation du Peuple au travers de ses élus.
C’est là que le bât blesse.
Uninominal ou non, un ou deux tours, proportionnelle de copains, referendums truqués,
élection « césarienne » du Pdt, composition sectaire du Gvt… et j’en passe !
« Allez vous faire voir, chez les Grecs » ! Triste conclusion !

Denis FK

Libre à vous d’ignorer les votations suisses!
Par ailleurs, pour que la démocratie passe par des représentants élus, encore faudrait-il que leur mandat soit impératif!
Aux états généraux, ce mandat empêchait les élus de parler d’autre chose que des cahiers de doléances de leur ordre et de leur province…
C’est Talleyrand, au jeu de paume, le 07/07/1789 qui a fait adopter une mention supprimant ce mandat impératif et condamnant depuis le peuple au silence, sauf à être encore autorisé à élire ses « représentants »!

BERNARD

Joli et intéressant billet. Mais pour ma part, une démocratie EST ou N’EST PAS. Les crises peuvent transformer une démocratie en autre chose. C’est ainsi que j’affirme que la France n’est pas une démocratie, selon sa définition même (le pouvoir du peuple par le peuple et POUR le peuple…. et non pas « pour le monde »).
Il faudrait trouver un nom pour le régime politique français, mais pour le moment ça serait peut-être une microcratie ?

La Hire

La démocratie ne vaut rien à la France,comme nous le constatons ,hélas,depuis des lustres.Notre tradition politique est d’essence monarchique,et c’est bien notre drame,que de nous chercher ,de septennats en quinquennats ,un monarque ,fut il républicain ,enfin digne de sa fonction.Or,de déconvenues en déceptions,nous sombrons peu à peu dans une forme de nihilisme qui fait litière aux ploutocrates,aux démagogues,et autres professionnels de l’illusion démocratique.Seule une restauration monarchique pourrait rendre à notre Nation confiance,unité,grandeur.Plut au ciel que nous le comprenions avant qu’il ne soit trop tard.

UltraLucide

Que de salutaires et précieux rappels pour ceux que l’Histoire indiffère, ou qui nient son importance vitale dans notre présent, tout en la manipulant pour leur propagande. Le problème est que les français ne sont pas totalement acquis à la démocratie, ils admirent plus Louis XIV et Napoléon 1er que tout autre dirigeant véritablement démocrate, et la collaboration avec la tyrannie ne les gêne pas outre mesure, la France a même une certaine expérience en la matière. La preuve, ils sont nombreux en France à ne pas avoir compris les raisons profondes du Brexit voté par le peuple anglais, qui… lire la suite

Patrick Granville

Formidable comparaison ou parallèle Louise entre la fin de la civilisation greque D’Athene et celle des GJ de nos jours. Oui l’histoire repasse les plats en les réactualisant. Merci pour cette belle leçon. Un être averti en vaut deux.

Barbiturix

Euh… Seriez-vous légèrement antisémite, par hasard ? Mais non, suis-je bête, ce ne peut être que du second degré !

Barbiturix

La véritable démocratie n’a existé qu’au temps de la Grèce Antique… Tout comme le Gaullisme n’a véritablement existé que du temps du Général !

Denis FK

Et en Suisse, c’est une dictature peut-être?