La démocratie nie à l’État le droit de gouverner

Les premiers sociologues et philosophes modernes, Joseph de Maistre, Burke et Mill, ont compris que la forte emprise de la masse pouvait avoir des conséquences dangereuses, et ont prévu l’essor de la société de masse. Avec la dissolution progressive d’un ordre social plausible et fonctionnel, a également suivi la dissolution de la société elle-même, qui a laissé une agglomération d’individus socialement déconnectés et atomisés sans sentiment d’unité, ni aucune réalité supra-individuelle. L’individu atomisé s’est dissous dans les masses. Charcot le démontre et Le Bon le théorise. La volonté générale qui naît des masses apparaît presque comme un état d’esprit arbitraire et vide, infléchi à l’infini par une habile démagogie, et dont les idées lui sont imposées par des politiciens. Une fois révélée, il est apparu à certains politologues que la nature de la démocratie était similaire à celle de la politique de mobilisation de masse du totalitarisme.

Le résultat apparent du mépris libéral des institutions sociales antérieures et du manque d’intérêt pour le maintien de l’ordre social, a été la matérialisation constante d’un État de nature formelle, qui contraste avec les principes libéraux sur lesquels il était fondé. Il est également instructif d’affirmer que la démagogie est inhérente à la démocratie. Si la voie du pouvoir ne consiste qu’à gagner la faveur des masses, tout homme politique pratique, ayant l’intention d’atteindre le pouvoir, n’hésite pas seulement à le faire, mais considère comme une vertu le fait d’utiliser la propagande et le mensonge pour arriver au pouvoir.

Alors que Machiavel est, bien sûr, traduit à tort comme un théoricien de la tyrannie, ce sont les mêmes méthodes machiavéliques qui amènent quiconque au pouvoir dans un régime démocratique, sauf dans des cas exceptionnels d’autorité, qui correspondent davantage à des autocraties qu’à des démocraties. Cela étant dit, je pourrais maintenant m’en vouloir d’avoir inclus l’expression « gouvernement » dans le titre de cette section, car la démocratie n’est pas strictement une forme de gouvernement.

Pour qu’un organe directeur soit appelé avec précision « gouvernement », il doit avoir un pouvoir tutélaire. Sinon, il ne gouverne pas, il ne fait que servir, c’est ce que l’on pourrait alors appeler un service, plutôt qu’un gouvernement. La démocratie nie à l’État le droit de gouverner. On pourrait plus précisément l’appeler ochlocratie.

Hassan Ejaaibi

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2 Commentaires

  1. Rien à ajouter. Nos gouvernants sont coincés et sont dans l’inaction permanente depuis une quarantaine d’années.

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