La dette, le Nouvel Ordre Mondial et l’individualisme contemporain

Publié le 27 février 2012 - par - 855 vues
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Je dois l’avouer, en ces temps de tourmente et de procès intentés aux dissidents du mondial-Système, les théories de la conspiration trouvent de plus en plus grâce à mes yeux. Comme me l’écrivait une fois une camarade de Riposte Laïque, la thèse du complot est en définitive trop ridiculisée, trop parodiée, trop exagérée parfois… pour ne pas être vraie. J’ai visionné quantité de choses affreuses sur les Illuminati et leur pyramide, car le Net en regorge ; à chaque fois, j’y ai trouvé des idées difficilement réfutables, notamment que les oligarchies bancaires se plaisent à financer concomitamment les forces ennemies dans les conflits civils, régionaux ou mondiaux. Dans le même temps, la distinction opérée entre le capitalisme de production, à dominante industrielle, et le capitalisme – actuel – de destruction, à dominante financière et bancaire, me paraît des plus intéressantes. C’est bien un Nouvel Ordre Mondial qui s’installe, avec une structure pyramidale, dont il faut explorer les détails.

Au sommet de la pyramide règnent les quelques macro-milliardaires de la banque, dont la caractéristique est qu’ils émettent, de la façon la plus légale, de la fausse-monnaie en permanence, cette fausse-monnaie légale, ne se traduisant par aucun référent, ni or, ni argent, ni production agricole ou industrielle, mais par des chiffres absurdes gravés dans des disques durs informatiques. Ces chiffres absurdes donnent à ceux qui détiennent la monnaie le pouvoir incommensurable de s’emparer du monde, car les fortunes privées dépassent, et de loin, les budgets des États. Mais cette absurdité de la monnaie pose une foule de problèmes.

La création de fausse-monnaie est en théorie illimitée. Celui qui gagne 700 000 euros par jour peut bien décider du jour au lendemain d’en gagner 7 millions, il lui suffit de rajouter un zéro. A peu de choses près, c’est à peu près comme cela que fonctionne aujourd’hui le capitalisme de la dette. La dette des États couplée à celle des ménages et des entreprises représente des masses d’argent virtuel considérables, j’allais presque dire cosmiques (ou comiques, comme on voudra), que tout un chacun doit aux banquiers privés mondiaux, aux Illuminati si l’on veut.

Toutefois, les faux-monnayeurs, qui possèdent en théorie un pouvoir d’achat illimité (ils peuvent bien se payer des îles grecques paradisiaques et en chasser les habitants indigènes), se heurtent à une première limite objective. En quantité, les richesses et les ressources à prendre ne sont pas infinies alors même que leur pouvoir d’achat est, dans le principe, illimité. En qualité, certaines portions du réel ne valent pas ou plus la peine qu’on s’en empare, ce qui diminue d’autant la capacité réelle d’accaparement : le monde regorge de choses nuisibles, moches, déplaisantes, dangereuses ou inutiles. Le macro-oligarque se trouve donc dans la position d’un libertin qui pourrait se payer toutes les prostituées du monde, et qui, en définitive, n’en trouverait qu’une ou deux à son goût, les autres étant trop vieilles ou trop laides. C’est l’état actuel : les Illuminati et autres oligarques mondiaux peuvent bien avoir les moyens de s’offrir dix ou cent ou mille planètes Terre avec leur fausse-monnaie virtuelle, de toute manière, il n’y en a qu’une seule de disponible, et encore elle est dans un tel état que le jeu n’en vaut plus guère la chandelle… Je me souviens d’une caricature qui illustrait parfaitement ce propos : un milliardaire sur le perron de son hôtel particulier, où se tient une fête très chic, qui dit à ses enfants, effrayés, en désignant le monde, en réalité tout ce qui se situe à extérieur de l’hôtel particulier : « Un jour tout ceci vous appartiendra. » L’hôtel particulier est posé sur un monde dévasté en proie à la violence et à la famine. On se demande même si les habitants de la somptueuse demeure seront toujours approvisionnés en petits fours et en champagne, on se demande aussi s’il ne vont pas finir égorgés au milieu des lambris par les populations faméliques qui entourent la demeure.

On en arrive donc à un paradoxe ahurissant : les capitalistes, au sommet de leur richesse virtuelle, n’ont jamais été aussi pauvres en richesse réelle. L’accroissement de leur patrimoine réel est compromis par l’étroitesse et le sale état de la planète. De surcroît, ils doivent compter avec l’explosion démographique qui rogne de toute manière leur capacité à s’emparer du monde, tant en quantité qu’en qualité. Et pour finir ils doivent partager en eux… En clair, le capitaliste d’aujourd’hui n’est pas plus riche que celui d’hier, il est même moins riche. On déplorait autrefois que le capitaliste industriel gagnât trente fois le salaire de ses ouvriers. Aujourd’hui, on s’inquiète de ce qu’une milliardaire française puisse gagner 700 000 euros par jours. Mais comme je viens de le montrer, elle pourrait bien gagner dix fois, cent fois, mille fois cette somme, cela ne changerait pas un iota à la capacité objective d’accroissement de ses richesses réelles, tant d’un point de vue qualitatif que d’un point de vue quantitatif. Aujourd’hui, quelqu’un qui possède dix immeubles parisiens a sans doute la capacité virtuelle d’en acheter cent, celui qui en possède cent a sans doute la capacité virtuelle d’en acheter mille… Le problème est que le nombre d’immeubles n’est pas illimité, que bon nombre d’immeubles sont des ruines inhabitables, et qu’il faut encore compter avec le patrimoine des autres oligarques qui ne sont pas près à céder de leur bien (1).

http://www.youtube.com/watch?v=wScdzvoYDqw

Alors, les oligarques, ou les Illuminati comme on voudra, ont trouvé une combine. Et si on détruisait, mettons un à deux milliards d’habitants en provoquant une troisième guerre mondiale, dix à cent fois plus meurtrière que les deux autres ? Cela aèrerait, songent-ils. Une planète moins peuplée, cela laisserait plus de richesses, plus de ressources, et de meilleure qualité, dont ils pourraient s’emparer.

Oui, mais l’ennui c’est que, même dans ce cas, tout patine. Nous vivons une époque où les Illuminati pédalent dans la semoule. Car, sur un globe dévasté par la guerre, la quantité de richesses diminue, du fait même de la guerre, en qualité comme en quantité. Un holocauste nucléaire, bactériologique ou chimique laisserait des traces environnementales durables, de taille à rendre les Illuminati eux mêmes très très malades, à peu près autant que les peuples. Certes, d’aucuns s’apprêtent à survivre dans des abris antiatomiques après la grande apocalypse. Oui mais enfin, ils vont avoir l’air un peu con, les Illuminati, enfermés dans leurs abris à bouffer des conserves et à respirer de l’air conditionné pendant des décennies (dans le meilleur des cas). Dans le pire des cas, ils ne pourront même pas en sortir, et ils crèveront là-dedans comme des rats pris au piège, et ce sera la fin de l’espèce humaine. Ou alors, admettons, on a juste une guerre mondiale « modérée » de type 1939-45, le gros truc, mais pas trop trop gros quand même… De toute manière, ils pataugeront dans l’après-guerre comme avant. Pas moyen de réaliser ce fantasme de l’accaparement illimité. L’infini n’est pas à la portée des hommes, si puissants soient-ils.

Et puis, il y a encore un paramètre : la capacité de résistance des peuples, des nations même. Je sais qu’elle est faible, et je partage le pessimisme de Hobbes selon lequel l’homme est un loup pour l’homme, ou celui de La Boétie qui voyait à juste titre dans la servitude volontaire le fond commun de toutes les funestes passions collectives. Mais enfin, il y a parfois des revirements de situation historiques qui passent toute prévision… Sans compter que les Illuminati, dans leur cupidité, sont encore capables de vendre des armes à tous ceux qui voudraient les éliminer. A quoi tend ce long développement, me diriez-vous ? A démontrer que le Nouvel Ordre Mondial a peut-être bien renoncé à fomenter une Troisième Guerre Mondiale. Du moins, il hésite. Cela ne signifie pas que cette guerre n’adviendra pas. Car elle dépend de paramètres que même les illuminés du sommet de la pyramide ne maîtrisent pas, et notamment l’irrationalité féconde et terrifiante des peuples, capables de la servilité la plus répugnante comme du plus grand courage révolutionnaire. Pardonnez le côté très néo-marxiste de cette dernière phrase.

Mon idée est que le Nouvel Ordre Mondial a plutôt intérêt à susciter une terreur permanente, qui n’exclue pas les conflits régionaux, mais qui sache éviter la grande catastrophe qui risquerait d’engloutir la totalité de la pyramide. Du reste, la rhétorique permanente du Nouvel Ordre Mondial est plutôt pacifiste ; elle ne cesse d’évoquer la gouvernance mondiale, mais pas le conflit mondial. Le Nouvel Ordre Mondial cherche à installer un totalitarisme universel plus qu’un conflit généralisé, dont personne ne pourrait prévoir l’issue.

Les conspirationnistes pensent que le célèbre général franc-maçon américain Albert Pike (1809-1891) avait prophétisé une Troisième Guerre Mondiale opposant les sionistes au monde musulman, et les pays pro-sionistes aux pays pro-musulmans, guerre terriblement destructrice et devant précéder l’installation définitive d’un Nouvel Ordre Mondial luciférien. Bon, admettons. Mais j’ai un sentiment un peu différent. Comme si quelque chose s’était grippé dans le plan, réel ou supposé, d’Albert Pike. Comme si un truc avait foiré. Comme si les Illuminati craignaient d’aller jusqu’au bout de leur complot, et d’être emportés eux-mêmes dans le grand naufrage mondial. Il faut dire qu’à force de péter dans la soie, on finit par aimer son petit confort, et que les guerres, si elles sont vraiment de vraies guerres terriblement meurtrières, comme en voulait Albert Pike, finissent par dépecer jusqu’aux très riches. N’aurait-on pas affaire, à notre époque de décadence, à des Illuminati dévirilisés, castrés, qui préfèrent le totalitarisme confortable, à condition de le piloter, à une conflagration incertaine ? Albert Pike était général et aventurier malgré tout. Aujourd’hui, nous n’avons plus que des banquiers. Des sortes de ronds-de-cuir de la fausse-monnaie mondiale, de la richesse virtuelle. Platon aurait déploré ce passage de la timarchie (culte de l’honneur guerrier) à l’oligarchie (culte du capital et de l’avarice). Bref : comme je l’ai déjà écrit, les oligarques ont, semble-t-il, intérêt à la stagnation. Le problème, c’est que la stagnation reste insupportable aux peuples, et que cette Troisième Guerre Mondiale risque de se produire… au moment même où les Illuminati ont cessé de vouloir la faire. Plus précisément : il semblerait qu’au sein même des maîtres du monde, il existe deux tendances idéologiques, l’une martiale, guerrière, fasciste, aventuriste, cherchant à fomenter des conflits armés, et l’autre, pacifiste, « humaniste », socialiste, bureaucratique, mondialiste, cherchant à installer la gouvernance globale par petite touche et par la ruse. Cette seconde tendance l’a sans doute emporté.

http://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=1rOioQRIAwI

Il me semble alors que la Triplice de l’horreur, l’alliance capital-islam-gauchisme, est la figure que prend actuellement le Nouvel Ordre Mondial, plus bureaucratique que militaire, mais sans se priver de fomenter des conflits armés locaux comme ceux du « printemps arabe » en Libye.

Cette Triplice elle-même, à son tour, ne tire sa force que d’une passion massive des peuples : la servitude volontaire. La servitude volontaire qui, du reste, n’est pas l’effet, mais la cause de ces deux vices de masse que sont l’ignorance et la lâcheté, si répandues, par exemple dans le monde enseignant. L’homme-masse, pour parler comme Ortega y Gasset, semble avoir toujours déjà pris la décision tacite de se soumettre avec complaisance à ce qui l’opprime, et c’est cette décision individuelle et originelle qui l’empêche à son tour de se cultiver et de chercher des moyens de résistance. Cette décision tacite primordiale rappelle aussi la doctrine du mal radical de Kant. La servitude volontaire est la passion qui nous interdit de repérer l’ennemi d’abord, et de le combattre ensuite. Ancien syndicaliste, j’ai pu mesurer ce qu’était la servitude volontaire professionnelle (même s’il m’a été impossible de continuer à cautionner un syndicalisme lui-même vendu au mondialisme). Ensuite, j’ai pu mesurer la servitude volontaire politique, qui conditionne l’autre. Mes collègues, par exemple, sont ainsi faits : ils ne savent rien, et ils ne font rien. Mais ils ne savent rien ni ne font rien que parce qu’ils ne veulent rien faire ni savoir. Nul, pas même l’oligarchie, ne les a contraint à être aussi ignares (et, partant, aussi lâches, c’est-à-dire bien-pensants).

Mais qui vous a donc forcé à être aussi cons ? pourrait-on hurler à la face des individualistes contemporains. L’homme de la masse est responsable : c’est ce que signifie l’adage bizarre selon lequel il n’existe pas d’innocents. Même le gauchiste militant est plus sympathique que l’homme de la masse. Le gauchiste, s’il sert une cause usurpatoire et perverse, se démène et agit ; il sert de fausses valeurs, mais il fait preuve de dévouement, de courage parfois, de savoir dans certains cas. De la même façon, l’islamiste sait des choses et agit. L’oligarque lui aussi sait des choses et agit. L’islam, le gauchisme, le capitalisme ont leurs cercles de réflexion, leur réseaux militants, leurs cadres et leurs hommes de main. L’individualiste contemporain lui n’a rien, n’est rien, ne sait rien, ne fait rien, n’est solidaire de rien ; un néant sur pieds, un vide fait homme, avec des préoccupations qui ne dépassent guère les limites de sa peau. Même pas une crapule. Même pas égoïste. Même pas capable de connaître son propre intérêt. Mais en dessous de la crapule. En dessous de l’égoïste. Même la racaille sait des choses et agit. L’homme-masse ne connaît que sa peau, et encore. Au-delà il n’y a rien. Et c’est lui qui constitue la base de la pyramide !

 

Jacques Philarcheïn

(1) La dette capitaliste se comporte un peu comme les sanctions pénales cumulatives. Lorsqu’un homme est condamné à 750 années de bagne, peu lui chaut qu’il soit condamné encore à deux ou trois siècles, voire un millénaire. De toute manière, innocent ou coupable, il ne paiera jamais la totalité. La dette peut représenter aujourd’hui le nombre de milliards d’euros ou de dollars qu’elle veut, elle peut même décupler d’un coup de baguette magique informatique, au bout d’un moment elle n’est plus objectivement remboursable. La démesure engendre l’inanité, même si on envisage un paiement par les générations futures. Car il subsiste toujours cette absurde contradiction entre une capacité illimitée d’émission de fausse-monnaie et le volume, nécessairement limité, des richesses réelles du globe (que, d’ailleurs, l’économie de la dette, éminemment destructrice, tend à faire diminuer de beaucoup).

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