La doctrine post-catholique de la gauche

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La gauche, sainte Église de la bourgeoisie, partie 3

Ce qui étonnait le plus Beigbeder, lors de sa brève carrière de chroniqueur à France Inter, c’était la passion du lynchage de la radio publique « de gauche » chez une « élite intellectuelle » convaincue de son bon droit. C’est un trait assez spécifique de la gauche de l’ordre établi.
Mais ce qui la caractérise fondamentalement, c’est une subversion, un retournement de la figure du Christ, mort pour racheter l’humanité. L’élite des consommateurs – bourgeoisie de centre-ville drapée dans sa morale, ne dit pas « après moi le Déluge », mais « avec nous le Déluge ».

Ils se mortifient tous d’être des consommateurs, pour mieux consommer – c’est le greenwashing, ou verdissement, devenu l’ultime argument politique et publicitaire. Ils ne roulent pas en diesel (ils laissent leurs livreurs et leurs ouvriers le faire), mais ils consomment énormément d’électricité avec les ordinateurs, les téléphones branchés ou rechargés en permanence, et les trottinettes, ce joujou anti-écologique par excellence. Ils flambent aussi beaucoup de kérosène avec leurs voyages en avion vers les autres grandes métropoles, pour le travail et les loisirs.
Et puis, la bourgeoisie néo-cléricale n’ira pas jusqu’à se sacrifier elle-même, pensez donc ! Elle « sacrifie » ce qui est pour elle un poids mort : le devoir de transmettre sa culture et de maintenir la nation – bref, tout ce qui la reliait à ses origines et à une solidarité qui dépasse les classes – cette fraternité sans laquelle la République n’est qu’un vain mot.

Nos clercs sont dépositaires de la seule morale légitime, celle qui n’exclut personne… enfin, personne qui pense comme eux. Donc, peu importe si cela mène au suicide toute la culture dont cette bourgeoisie a hérité, et qu’on jette au rebut la liberté si durement acquise après des millénaires de combat.
Sa solidarité de façade avec des migrants qui au mieux lui livreront ses repas, ou qui, au pire, iront semer le chaos loin de ses lieux d’habitation, est son horizon moral. Elle jouit d’avance à l’idée qu’il y aura des témoins de l’élimination de ce qui l’a précédée, de ce qu’on lui a enseigné comme étant plus grand qu’elle.
Car la grandeur de la France, aux yeux de la bourgeoisie de gauche, est un crime impardonnable de lèse-narcissisme. D’où l’insistance forcenée d’enlaidir le patrimoine quand il est trop scandaleux de le vendre ou de se l’accaparer purement et simplement – avec des aménagements urbains hideux et des happenings de mauvais goût, tel que Tree, le plug anal géant installé place Vendôme, ou le Vagin de la reine au Château de Versailles.

Le post-catholicisme a une morale et une philosophie de l’histoire très simple, quasi hollywoodienne. Les gentils gagnent à la fin, donc il suffit d’être gentil. Pas avec son voisin, dont on se fiche. Pas avec les pauvres, qu’on méprise. Mais gentil dans l’abstrait. Il ne faut surtout pas sévir, quitte à engendrer des enfants persuadés que tout leur est dû et qui ne respectent rien. C’était mieux ça que de leur prodiguer une torgnole bien sentie, c’est sûr… et si vous comptiez sur eux pour sauver la planète et se battre pour vos libertés, je vous prie d’être patient. Très patient.

Hélas, cette gentillesse de façade révèle vite son vrai visage : l’inquisition permanente, ce lynchage de tout ce qui ne pense pas en bourgeois de gauche. Après tout, disent-ils, parce que nous sommes gentils, nous sommes le sel de la Terre. On a vu, avec la crise sanitaire, où cette « gentillesse » pouvait conduire : à l’introduction malgré soi et en soi d’une substance médicinale aux propriétés aussi douteuses que son efficacité. Et mille menaces si vous n’obtempérez pas – soyez contents qu’on ne vous interne pas à cause de cette sale manie qu’est la liberté de conscience. Cette cochonnerie a toujours été une illusion, sinon une idiotie, pour nos dogmatiques.
Pereat mundus, fiat justitia. Que le monde crève, pour qu’advienne la justice. Tel est le credo post-catholique. Et si notre désir de mort n’emporte pas votre adhésion, nous vous persécuterons.
La substitution d’une raison médicale – absolue et sans réserve, examen ou contradiction possible – à la trop patriotique raison d’État, est bien symptomatique du post-catholicisme. La médecine a toujours raison et n’a pas de compte à rendre au tribunal de l’Histoire.

Ainsi, le post-catholicisme est moins marqué par le désir d’universalité (catholikos signifie universel), que par une frustration, une démangeaison de l’universel qu’on veut gratter jusqu’au sang.
En fait, derrière la rage de soulager ses pulsions mauvaises, il y a l’absence de foi qui ôte toute limite aux mortifications : c’est ainsi qu’une majorité de nos compatriotes est désormais convaincue que le simple fait de respirer librement est un comportement imprudent et antisocial, et qu’il est normal d’être le cobaye d’expériences médicales à grande échelle pour sauver la vie de personnes que leur âge ou leurs excès mettent de toute façon en danger. Mais, en contrepartie, on leur offre le plaisir totalitaire des frustrés, celui de pouvoir sans cesse rappeler les autres à l’ordre.

Le post-catholicisme et son destin
Que les authentiques catholiques se rassurent, le post-catholicisme n’est pas fait pour durer, quand bien même penserait-on que le pape François lui-même y adhère. À vrai dire, c’est à se demander si cette doctrine a même le désir de se prolonger, tant elle est mortification faite idéologie.
Le seul problème, c’est que la bourgeoisie de gauche, et particulièrement le clergé néo-féodal qui est son centre de gravité, tiennent absolument à emmener toute la civilisation occidentale à l’abîme. Et la France, dès qu’il s’agit de montrer l’exemple, est fière d’être la première à sauter dans le vide.
Nos bourgeois ne veulent rien conserver, car ils n’ont pas de conscience historique, seulement une obsession religieuse de fin du monde, délire apocalyptique anglo-saxon désormais mâtiné « d’écologisme profond ». Or cette obsession eschatologique, pour démente qu’elle paraisse, a une cause parfaitement rationnelle : il est dans l’intérêt de la bourgeoisie d’être de gauche.

Car derrière l’hypocrisie du fanatique, il y a un calcul soigneux : rien de tel que d’éliminer la comparaison au passé et à l’avenir pour sacraliser l’entre-soi ; rien de tel, non plus, pour jouir sans entrave.
De fait, on n’a plus aujourd’hui de standing et de notoriété publique que par conformité avec le « progressisme », c’est-à-dire l’acceptation inconditionnelle de toutes les dérives sociétales. Car les dérives sociétales, c’est l’argent, et la gauche, depuis mai 1968, ne fait plus rempart contre l’argent, elle ne fait que louer son empire et ses conquêtes. Une Église dévergondée en façade et obscurantiste au fond, mais toujours du côté de l’argent. Il faut que tout change pour que rien ne change.

La spécificité de l’humain par rapport à l’animal ? Elle empêche les scientifiques de faire des recherches sur la longévité. Le masculin et le féminin comme pôles de la société ? Ils vendent moins que l’identité sexuelle diversifiée comme les marques de clopes ou de lessive. Vous trouvez qu’il y a trop d’immigrés ? Mais qui va vous faire la cuisine ? Vous la livrer ? Qui va s’occuper de vous quand vous serez vieux ? N’êtes-vous pas bien content que des pauvres se battent pour occuper ces places, non ? Et n’allez pas objecter qu’au final nous perdons tous à faire jouer cette concurrence sauvage. Comme tous les pays occidentaux font la même chose, vous n’avez de toute façon aucun point de comparaison !

Et remarquez bien que la bourgeoisie néo-cléricale ne peut pas jouir de son argent avec une conscience morale pure et parfaite sans son dogme. La perversité du mécanisme psychologique sectaire est indissociable d’un réflexe historique longuement acquis. Ainsi, la propreté morale de la gauche bourgeoise demeure étrangement indispensable, pour une classe dominante dont les ancêtres, lorsqu’ils entraient dans la foi chrétienne, abandonnaient toute richesse et allaient jusqu’à se mêler aux miséreux pour racheter leur âme.
Finalement, ce qui menace d’emporter la France, c’est ce désir typiquement de gauche de profiter de sa position de façon parfaitement irresponsable. Ainsi, elle profite de ses privilèges financiers et en même temps de ses avantages sociaux ; elle jouit de la diversité sexuelle dans un cadre néo-colonial décadent, et en même temps de l’argent que lui rapporte le travail des miséreux qu’elle a fait venir des quatre coins du monde. Elle se mortifie faussement de trahir deux mille ans de construction civilisationnelle, et en même temps, elle est persuadée que son suicide culturel lui confère un salut moral qui lui pardonne tout, car elle croit se sacrifier comme jadis le Christ en croix – geste de profanation définitive.

« Tant mieux si nous ne laissons rien, nous avons joui sans causer nous-mêmes la moindre douleur. Nous avons les mains propres, car nous ne nous les sommes jamais salies personnellement. »
Et pour nous qui ne sommes pas d’accord, qui subissons toutes les horreurs que vous avez engendrées, qui n’avons plus d’avenir ?
Ils ont déjà la réponse, et ils nous l’ont donnée il y a longtemps : « nous, nous n’avons plus qu’à mourir ; vous, vous n’aviez qu’à ne pas naître ! »

Gary Laski
Écrivain et philosophe

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6 Commentaires

  1. Hé bien oui, que ce monde crève ! Mais ce monde bourgeois progressiste intolérant et antifrancais ! Et alors oui, la justice pour le peuple français pourra revenir !

  2. Bien normal : la gôche c’est juste le moyen de soumettre les décervelés. Les chrétiens prônent la non violence même s’ils ont su parfois se laisser égarer, mais les muzzz eux, suivent le livre fondateur de leur secte qui dit clairement qu’il faut nous égorger. ça au moins c’est utile pour la gôche !!!

  3. Les ancêtres qui abandonnent leurs richesses pour se mêler aux pauvres : quelle jolie légende lue sans doute dans les multiples revues de propagande catholique. L’église de gauche est l’église tout court, car comme me disait une adepte ardente de cette secte: Jésus est le premier des communistes !

    •  » L’église de gauche est l’église tout court », gauche/droite…pfuuu, je lisais dernièrement un livre (ancien) sur la croisade de l’ Eglise contre les hérétiques albigeois…sympa l’ Eglise de l’époque…

      • Gelase, c’est sur elle n’avait rien à envier à l’islam conquérant, Berlioz disait dans ses mémoires que l’église catholique était « sympa  » depuis qu’elle ne brûlait plus personne, mais chut! Soyons vigilants.

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