La douce France des collabos

Je viens de terminer le superbe ouvrage de notre amie Antigone intitulé L’assassinat de la France expliqué à ma petite-fille, un des rares ouvrages que j’ai pu lire de bout en bout sur un écran d’ordinateur (et l’on sait que cela n’a rien d’attrayant) tant il fut agréable et instructif. Y est évoquée avec précision cette France des collabos qui structure aujourd’hui nos destinées de Français de souche ou assimilés : les oligarques, les gauchistes, les islamophiles, les notables, les intellectuels de salon, les associations immigrationnistes, les juges rouges et les enseignants cocus et fiers de l’être, j’en passe et des meilleures.
Ce livre démontre magistralement que les auteurs patriotes, qu’on présente comme des individus frileusement repliés sur leur pays, ont une pensée autrement plus consciente des enjeux internationaux que la pseudo-philosophie ou la pseudo-sociologie diarrhéique de nos intellectuels internationalistes. L’ouvrage d’Antigone décrit parfaitement ces « collabos » français qui haïssent leur pays par opportunisme cynique ou par aveuglement idéologique. Bien sûr, le terme « collabos » est employé par nos ennemis contre nous, et nous aimons, en retour, l’employer contre eux ; plus que de collabos, du reste, il s’agit selon Antigone de « liquidateurs », un terme dont le sens est autrement plus terrifiant.
Dans ce modeste article, un peu intimiste, j’aimerais aussi parler de cette France des petits liquidateurs, inconscients ou cyniques, qui est en train de se détruire elle-même en étouffant toute velléité de patriotisme. J’ai le privilège bien dérisoire de vivre dans une zone à peu près libre, dans une localité totalement vierge de toute implantation allogène, ce que les détracteurs de Riposte Laïque ne manqueront pas d’épingler en hurlant que je n’y entends strictement rien à la réalité des banlieues (ce qui, d’ailleurs, est totalement faux, puisqu’un vrai patriote, même s’il vit en un lieu épargné, en sait plus sur les zones islamisées et métissées que certains Français de souche pris dans la nasse, lesquels, par réflexe de survie physique et psychique, ont développé ce fameux syndrome de Stockholm qu’on appelle la dhimmitude ; à ceux-là de mes compatriotes, du reste, je ne jette point la pierre). Bref : en bon villageois de la zone libre, qui voit passer d’élégants mariages devant ses fenêtres, qui vit avec ses voisins immédiats dans des rapports cordiaux (même s’il s’agit de voisins socialistes), qui loge dans un vieille maison du XIX° siècle, vétuste, mais spacieuse et charmante, je me décide, après avoir lu Antigone, à faire un tour de village.
Ambiance bucolique, odeurs de fleurs et d’herbes coupées, bords de fleuve à l’état presque sauvage où des coins de nature intacte alternent joyeusement avec de jolis jardins, touristes parisiens occupés sur la plage à quelque pique-nique, beaucoup de soleil, que du bonheur ! Et puis je songe en marchant à grandes enjambées toniques, mais non sans un brin de tristesse, que la douce France des collabos se situe souvent dans la zone libre, et qu’elle n’a, à la différence de la France des quartiers dits sensibles, aucune excuse.
Je songe à mes voisins, un couple de gros beaufs à la retraite, qui voteront socialiste en 2012 parce qu’ils ont toujours voté socialiste, et qui disent pis que pendre d’un voisin d’origine espagnole et pied-noir, qui ne leur a jamais fait aucun mal. Moi qui suis patriote, et même nationaliste je ne m’en cache plus, et qui ne voterai certainement pas socialiste en 2012, je n’ai jamais eu un mot de trop contre ce voisin pied-noir d’origine espagnole, qui ne m’a jamais rien fait, et qui, même, m’a souvent rendu service en effectuant quelque petits travaux chez moi. Quand je pense que pour mes amis socialistes, c’est moi le collabo !
Au bord du fleuve, sur le petit chemin de terre, je me serre pour laisser passer un cultivateur au volant de sa machine, qui se serre aussi, et nous nous gratifions d’un signe de main courtois. Une ambiance à la Jacques Tati, mais la couleur en plus, et l’animation en moins (désertification rurale oblige, malgré tout), qui ne me rassure pourtant pas du tout. Bon nombre de ces cultivateurs ou viticulteurs sont des paysans enrichis, devenus prétentieux et arrogants, dont je ne suis pas sûr qu’ils aient une véritable conscience des destinées de la nation. Un peu comme ce patron-restaurateur de mes connaissances, grand défenseur des valeurs et de la cuisine françaises, qui, venu chez moi pour déguster un pot-au-feu aux légumes maraîchers, plat qui fut fort apprécié d’ailleurs, s’était montré, dans la conservation, plus terne et plus mou qu’un altermondialiste encarté au NPA. Fallait pas généraliser avec l’islam, il avait travaillé avec des blacks et des beurs à Paris et ç’avait été formidable (des clandestins ?) ; quant au gouvernement, fallait se mettre à sa place, et pis de toute manière ce cher François Fillon était l’homme de l’avenir, et vivement qu’il se présente aux élections, etc., etc. Mon ami le patron-restaurateur connaissait d’ailleurs le journal Riposte Laïque et les apéros saucisson pinard : « totalement débandant » fut sa conclusion (certes, il se remettait, mal, d’un divorce).
Vire-tourne, de carrés de fleurs en coins d’herbes et d’eau, me voilà de nouveau chez moi, tout près de l’Église, qui sonne à qui mieux mieux. On célèbre un mariage bien de chez nous. Mais justement. Je rentre, je regarde, par la grande fenêtre du salon, passer les deux familles de notables, dont les rejetons vont unir leur jeunesse impassible. Des vieillards sapés comme des princes, des dames bien maquillées, de gros garçons costauds un peu à l’étroit dans leurs costumes, avec de belles blondes aux formes un peu lourdes, une bourgeoisie rurale impavide… Rien à voir avec ces mariages ethniques de la banlieue qui sèment la terreur sur les boulevards à grand coup d’infractions au Code. Et pourtant, pourtant, comme tout à l’heure, je ne suis pas foncièrement serein. Il y a quelque chose dans ce charmant mariage qui suggère un consensus malsain, impavide : tout va bien, la famille va bien, la France va bien…
Mon voisin socialiste, le bide en avant, sur le pas de sa porte, regarde passer la jolie ribambelle du mariage, le mufle aviné. Une sorte de lâcher de notables de l’UMP rural devant un hippopotame du PS de campagne. Ce sont des notables locaux comme, tout à l’heure, mon cultivateur, ou comme le patron-restaurateur dont je viens de parler, qui était partisan de François Fillon. Certes, tout cela est drôle, villageois, rassurant. Je regarde passer le mariage ; quelques coups de klaxon, le voisin socialiste devant sa porte rigole et salue quelqu’un. La mariée, bien grasse, folâtre avec son époux dans une vieille Peugeot des années 30. Chez moi du reste, à l’exception d’un ordinateur, on se croirait, à en juger par le mobilier, dans la France des années 50, celle de Jacques Tati ou de Fernand Raynaud. Oui, certes, c’est drôle. Mais voilà, justement, je ne suis pas serein. Derrière une telle sérénité rurale, si douce, si drôle, je soupçonne sans pouvoir le démontrer, l’impavidité, le conformisme, les certitudes confortables de la collaboration, de la liquidation. Quand on vit dans un village UMP au cœur d’un département socialiste, on a l’impression d’être un sursitaire tragique au milieu d’autres sursitaires, aveugles.
Et puis, contemplatif et mélancolique en diable, je pense à mes collègues, les enseignants, eux aussi comme moi, sursitaires, épargnés, privilégiés en un sens, exerçant leur talents (ou leur absence de talent) dans un établissement qui connaît des incivilités, mais rarement de véritables violences, si ce n’est, précisément, la violence verbale, le mépris de certains fils de notable locaux, petits Français de souche méprisants, bobos en herbe écoutant du rap et roulant les mécaniques, gosses de riches ou de faux-riches ignares, voyous de pacotille et vraie graine de collabo comme leurs parents, uniquement préoccupés de leurs hormones et de consumérisme.
Oui, certes, cela n’est rien à côté de la détresses des collègues des zones sensibles, ceux qui ne peuvent même pas faire dix minutes de cours en une journée, et qui frisent l’accident, l’agression ou même la garde-à-vue à chaque heure. Mais peut-être que ces collègues de la zone, s’ils échappent au syndrome de Stockholm, à la dhimmitude, deviendront de vrais patriotes. En tout cas, il ne faut guère y compter en ce qui concerne mes collègues, ceux d’ici, petits bobos de provinces, petits multiculturalistes béats, petits privilégiés en sursis, petits fonctionnaires, aisés malgré tout, vivant comme moi dans de charmants villages en sursis, petits socialistes, petits gauchistes de la middle class de souche, qui voteront Mélenchon ou Besancenot, puis DSK au second tour, ceux-là mêmes qui se marrent de mon air triste et de mon expression rituelle « La France va mal ». De vraies caricatures.
Les pires sont peut-être les historiens-géographes, doublement inexcusables, comme citoyens, et comme savants (?). L’un deux vit dans un village encore plus célèbre et touristique que le mien, marié à une avocate qui gagne confortablement sa vie… Le couple loge dans un véritable hôtel particulier, imposant immeuble construit sur une rue en pente qui débouche sur une esplanade, d’où l’on peut contempler de fort beaux coteaux vallonnés. Dans la jolie ruelle, confortable et bien entretenue, voisinent les cafés, où s’égaye toute une faune de parisiens en goguette et de notables provinciaux, et des boutiques d’arts, de souvenirs ou de brocante, d’où sortent de temps en temps des dames très maquillées, portant des corsaires et de grosses chaussures de randonneuses. Ce cher collègue, sorte d’adolescent d’une cinquantaine d’année, gabardine d’acteur américain, jean moulant et casquette portée canaille, m’avait un jour confié que les prières de la rue Myrha ne le dérangeaient pas du tout. On le comprend ! Et cet autre collègue : historien lui-aussi, pour qui le catholicisme a fait plus de mal que l’islam en détruisant la « brillante civilisation » arabo-andalouse… Brillant collègue : costume sombre, chapeau, grosse bagnole et lunettes noires, mélange dérisoire de mafieux d’opérette et d’Aristide Bruant. Bien installé dans la plus grosse maison, très élégamment rénovée, d’un hameau construit au milieu des champs, il pense qu’il faut lutter contre le fascisme ; il pense que je suis, moi, en ce qui me concerne, un néo-nazi, un pétainiste ou un collabo, c’est selon l’humeur.
Je ne vous parlerai pas des autres, tout est de la même farine. Et pourtant, et pourtant… Ces braves gens ont-ils songé qu’ils avaient des familles assez nombreuses à entretenir ? L’enseignant ou le petit bourgeois planqué des régions rurales a une caractéristique, il se reproduit bien. Mes collègues féminines lapinent confortablement, et on les voit disparaître quelquefois, le temps de pondre. Ne cherchez pas plus optimistes, plus positives que ces braves filles ; cela n’existe pas. Les réformes ? Super, c’est pédagogique. L’avenir ? Aucun problème. L’islam ? Même pas peur ! L’immigration ? Une chance pour les enfants : ils auront plein de copains…
Ah ! Douce France des collabos, que te voilà rassurée ! A mon avis, tes enfants le seront moins que toi. Méfie toi, France des petits collabos de campagne, des petits privilégiés en sursis, des petits optimistes de village, des petits Français de souche qui vivent dans les champs, pour qui tout va bien dans le meilleur des mondes métissés… qu’ils ne connaissent encore en rien. Moi, je crois que j’ai bien fait de rester célibataire. Vous, les collègues, les copains, les adversaires, les ennemis, vous avez l’avenir de vos enfants à construire. Moi, qui me fait traiter de collabo par vous, les complices des liquidateurs de la France, je risque autant que vous, et plus que vous, mais je suis prévenu et cela ne regarde que moi. Vous, viendra un moment où vous n’aurez plus rien d’autres à faire que de contempler, en larmes, devant les souffrances de vos enfants, le spectacle effrayant des conséquences de votre insondable et extraordinaire bêtise, de votre lamentable, criminelle et impardonnable veulerie.
Jacques Philarchein

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