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La droite est morte : vive la France !

Dans mon précédent article, je me suis attelé à identifier les schémas psychiques de gauchisme mental afin de les déconstruire en vue d’un patriotisme épuré de ces scories qui nous maintiennent dans une mortifère adolescence politique. Si le gauchisme mental est mortifère, il est tout aussi vital de sortir du droitisme. Démontrer la nocivité et l’inconsistance de la droite (qu’elle soit « républicaine » ou « alternative »), tel est l’objet du présent article.

Car, nous l’avons vu, le gauchisme est la maladie infantile des patriotes ; le droitisme en est la maladie sénile : un stade anal sans fin. D’autant plus incurable que le patient n’est pas conscient de sa maladie. A l’instar de l’antihéros des Carnets du sous-sol, l’homme de droite se complaît dans le mal qui le ronge.

Identifions d’abord la droite… ou plutôt les droites.

La droite « classique » est celle qui fut au pouvoir de 1958 à 1981 puis de 2002 à 2012 (après quelques intermèdes de cohabitation). Gaulliste, libérale, chrétienne-démocrate ou « progressiste », elle fait tout son possible pour illustrer cette citation de Mark Twain : « La gauche propose des idées nouvelles ; quand elles sont devenues vieilles, la droite les reprend« . Ainsi, de nombreux élus de droite ont manifesté en 1998 pour s’opposer au PACS entre personnes de même sexe. En 2013, lorsqu’il fut question du mariage gay, les mêmes arguèrent qu’il fallait s’en tenir au statu quoi (c’est-à-dire : le PACS). A l’heure où j’écris, peu de députés LR militent pour l’abrogation du mariage gay et aucun n’oserait toucher au PACS. Parmi les opposants à la dépénalisation de l’homosexualité en 1981, un certain Jacques Toubon qui est aujourd’hui favorable à la PMA…

Après les années 80, la droite a perdu la vision et la consistance qu’elle avait sous de Gaulle qui – rappelons-le – n’était ni de droite ni de gauche mais simplement FRANÇAIS.

Chirac l’a vidée de tout patriotisme. Sarkozy l’a transformée en club bling-bling atlantiste. Fillon l’a repliée sur sa frange la plus hystérique. Wauquiez en creuse la tombe. Sa « main tendue » au FN vise à dévitaliser ce parti et à s’en accaparer l’électorat avec des discours sécuritaires et cocardiers pour appliquer ensuite la doxa libérale et européiste de son parti. La ligne Buisson, en somme. Le cocufiage, c’est maintenant.

En 2017, la droite n’est plus celle du Général ou de Pasqua, ni même de Chaban. Elle est celle des fils à papa sortis des HEC et « overbookés » ; celle des patrons qui rêvent d’une semaine de 70 heures pour leurs employés ; celle qui manifeste contre les prières de rue mais qui veut faire venir de la main d’œuvre immigrée pour l’exploiter ; celle qui peste contre la fraude et l’assistanat mais qui descend en masse au Trocadéro pour défendre un couple de parasites ; celle qui se croit subversive quand elle lit Zemmour dans le RER ; celle qui écoute Lesquen en cachette ; celle qui a voté pour Macron car elle trouvait Le Pen « dangereuse » pour son confort financier ; cette droite européiste et atlantiste qui crie « La France aux Français ! » pendant les meetings ; cette droite des affaires, toujours propre sur elle, qui refuse de s’allier avec le Diable mais qui aimerait bien faire main basse sur son électorat.

Cette droite ressemble (en plus ridicule) à ce que décrivait Hervé Bazin dans Vipère au poing : un microcosme coupé du monde et englué dans des postures d’arrière-garde. On y vit sur les rentes, les vacances au manoir de bon-papa, la fausse virginité de Marie-France, les sorties à la Manif Pour Tous ; les meetings de Fillon (qui a certes volé mais qui n’a jamais divorcé ou blasphémé) ; les voyages d’affaire ; les détours au Bois de Boulogne entre deux confessions ; les recherches d’ascendance noble dans un arbre généalogique trafiqué ; les réceptions à Versailles et les dîners au Fouquet’s. La gourmandise est – avec l’avarice, l’orgueil et la luxure – le péché mignon de la droite.

Cette droite filloniste, patronale, héritière des Versaillais et traîtresse par essence, serait prête à sacrifier la France sur l’autel de ses intérêts bourgeois. Aucun patriote honnête ne saurait s’acoquiner avec cette engeance malfaisante et obscurantiste, ces ennemis du peuple travailleur.

A cela, on oppose de plus en plus une « droite alternative », une droite « hors les murs ». Maurrassienne, barrésienne ou identitaire, cette alt-right se voit en initiatrice d’une refondation politique. Depuis plusieurs mois, l’alt-right a la cote sur les réseaux sociaux : on voit même poindre plusieurs « médias de réinformation ». Comprenez : des sites et journaux voguant à tribord.

Cette « droite alternative » se veut l’héritière des ligues, elle ne leur arrive pas à la cheville. A l’époque, il y avait des chefs qui étaient à la fois des leaders politiques et des penseurs (Barrès, de La Rocque). A l’époque, c’était « le social d’abord » contre « le politique d’abord », Croix de Feu contre Action Française. Aujourd’hui, c’est choucroute contre couscous, Ryssen contre Conversano, RSA contre Cotorep.

Pour cette « alt-right », la gauche commence à partir de Marion Maréchal-Le Pen. Wauquiez est un communiste. Certains ne verraient pas d’un mauvais œil une France (très chrétienne, je vous prie) dirigée par le roy Louis XX. On n’évoque pas encore le droit de cuissage, ça ne saurait tarder. D’autres rêvent d’une France blonde et païenne adorant Toutatis et mangeant du sanglier. Et puis, ceux pour lesquels l’histoire s’arrête le 30 avril 1945 avec le suicide de celui qu’ils appellent « Tonton ». Ces derniers sont heureusement minoritaires.

Pour qu’un auteur ou un politicien soit admiré par l’alt right, il n’y a qu’un seul critère : être mort. On y ressasse la Tradition (avec un grand « T ») et on rêve du Grand Soir. En attendant, c’est les soldes et le nouveau Assassin’s Creed vient de sortir : on va faire la guerre aux Sarrasins et reprendre Constantinople, ça nous détendra. On y est fan de Nietzsche (qu’on n’a jamais lu) et de saucisson. Bien sûr, on est antibolchéviques, car, c’est bien connu, les Rouges menacent de prendre le pouvoir. On est aussi pour la peine de mort… mais pas avec la guillotine qui a le sang de ce bon vieux Louis Capet.

L’inconsistance politique de cette « vraie droite » se manifeste dans ses choix électoraux. La consigne de vote : « celui qui est le plus à droite ». Ainsi entre Wauquiez et Macron, on choisit Wauquiez : entre Macron et Valls, on choisit Macron ; entre Valls et Mélenchon, on choisit Valls. Dans le clivage droite-gauche, cette « vraie droite » emboîte systématiquement le pas à la « fausse droite » dont elle dénonce pourtant la mollesse mais dont elle est la rabatteuse pour y attirer les nationalistes.

Depuis l’élection présidentielle et l’avènement de l’ovni Macron, le clivage droite-gauche a quelque peu volé en éclats. Les LR se relèvent difficilement de la défaite. Si les nationalistes semblent se droitiser après le départ de Philippot, ils se rendront vite compte que ce mélange de traditionalisme et de libéralisme prôné par les ténors sudistes est un repoussoir électoral pour les classes populaires. L’alt-right, quant à elle, semble avoir le vent en poupe : mais on peut remettre en doute ses capacités réelles à être une force d’opposition face à la majorité. Les idées défendues – si pittoresques soient-elles – sont plus que minoritaires au sein d’une population qui n’en a que faire des méditations métaphysiques sur Evola et qui aspire avant tout à la prospérité et à la sécurité.

A l’heure actuelle, les droites semblent bel et bien dead. Il n’y a pas matière à les pleurer mais plutôt à s’en réjouir. Avec le meurtre de la gauche par Macron et le suicide de la droite par ses propres incohérences, c’est un clivage vieux de deux siècles qui rejoint les latrines de l’histoire. Le camp national a enfin l’occasion de réaffirmer son essence transpartisane comme le souhaitait jadis le colonel de La Rocque et comme l’a par la suite théorisé Philippot qui – bien qu’il nous soit antipathique – a eu le mérite d’arracher le nationalisme à la droite et d’en faire un combat dépassant ces clivages surannés. Car, se cantonner à la droite ou à la gauche, c’est être politiquement hémiplégique. Pour y échapper, il est urgent que notre camp retrouve l’usage d’un cerveau complet et d’accepter que tout spectre politique a un côté gauche et droit. Il n’est pas plus de « peuple de droite » qu’il n’y a un « peuple de gauche ». Il y a un seul peuple, une seule communauté : le peuple français qui a vocation à s’unir et non à se diviser, a fortiori en cette heure cruciale. « Celui qui croyait au Ciel, celui qui n’y croyait pas / Tous deux adoraient la belle prisonnière des soldats« .

Nicolas Kirkitadze