La franc-maçonnerie en Charente-Inférieure

« … Desaguliers, La Fayette, Guillotin et les quatre sergents de La Rochelle : nombreux sont les francs-maçons qui ont glorifié le territoire de Saintonge… »                               (Jean-luc Aubarbier (1))

 

Il me faut l’avouer, je suis un ours, un sauvage doublé d’un misanthrope. Je déteste ce qu’on appelle « les mondanités » : côtoyer, souvent dans l’ambiance bruyante d’une volière, autour d’une table où les plats sont, en général, aussi chiches que prétentieux (et le vin servi avec parcimonie), des gens avec lesquels je n’ai aucun atome crochu, tant ils sont tièdes, tolérants, compréhensifs à l’égard de la dégénérescence de notre pauvre pays, me fatigue et m’ennuie au plus haut point.

Donc j’évite autant que faire se peut les dîners mondains mais il arrive aussi que je sois obligé d’y participer. Dans ces cas-là, j’aime jeter un pavé dans la mare des péroraisons pontifiantes de celui (ou celle) qui parle le plus fort. C’est un plaisir malsain, diront certains. Je n’en disconviens pas mais si ça peut éviter à mes hôtes de me réinviter, c’est toujours ça de pris !

J’aime bien les repas « à la bonne franquette », entre amis (ou avec des gens sympathiques), autour d’une cuisine roborative et des vins gouleyants. Des soirées où le rire, l’humour gaulois et la bonne humeur ne sont pas considérés comme des insanités voire des grossièretés.

Récemment je me suis trouvé dans un de ces soupers où je m’ennuie comme un rat mort car le bavard que je suis n’a absolument RIEN à dire : on m’a appris, quand j’étais jeune, qu’en société il ne faut parler ni de politique, ni de religion, ni de son travail. L’humour y est également malvenu et le rire, carrément déplacé. Que reste-t-il alors ? Rien ! Nada ! Que dalle !

Des généralités sur le temps qu’il fait, des platitudes, des fadaises, des lieux communs, bien consensuels, pour ne froisser personne. On y caquette allègrement, et on n’est même pas assuré que la chair y soit de qualité. C’est long comme un jour sans pain ou un discours d’Emmanuel Macron, et, comme eux, ça fait du bien… quand ça s’arrête.

Mais heureusement, dans ces dîners d’un ennui mortel, il y a souvent le con de service : il parle fort, avec assurance et emphase. Il est pontifiant, sentencieux et moralisateur. On sent celui qui sait tout et qui a vécu. Les autres convives l’écoutent avec respect car il est cadre dirigeant, haut fonctionnaire (2) ou général. Habitué à commander, il n’aime pas être contredit, il est donc de bon ton de l’écouter religieusement, avec respect, sans l’interrompre, si possible en opinant du chef (ce n’est pas une contrepèterie) pour lui signifier votre adhésion totale à ses idées.

Ce soir-là, c’était un « général-quart-de-place » issu du service militaire des essences (3).

Durant sa longue carrière d’embusqué, il n’a jamais risqué sa précieuse peau sur un théâtre d’opération mais il arbore fièrement deux rosettes qu’il doit sans doute à la souplesse de son échine : « la rouge » et « la bleue » (4), glanées dans les bureaux. Il ressemble aux bidets « Jacob Delafon » : un robinet bleu pour l’eau froide et un rouge pour l’eau chaude ; ou aux fines porcelaines de Chine qui « supportent bien les décorations mais craignent le feu ».

Nous nous sommes déjà rencontrés, une ou deux fois, chez d’autres mondains. Alors que je n’ai aucune envie d’engager la conversation avec lui (je fais mienne la citation de Michel Audiard « je ne parle pas aux cons, ça les instruit »), il se croit obligé de m’agresser en me demandant :

« Alors, vous êtes toujours aussi obsédé par la franc-maçonnerie ? ». 

Je lui réponds en souriant, sans agressivité : « L’obsession, cher monsieur, c’est une idée, une image, accompagnée d’un état émotif, qui s’impose à l’esprit sans relâche. On peut être obsédé sexuel, mais pas par les « frères la gratouille « … » Je n’ai rien d’autre à dire, mais cet imbécile tient à avoir le dernier mot : « il est vrai que dans votre province, vous êtes peu concerné(s) ».

 J’ai omis de vous dire que ce type vient de la région parisienne, ce qui l’autorise à regarder les provinciaux, les gueux, les ploucs, avec la condescendance du gros colon devant le bon sauvage.

Il se trouve que je suis arrivé en Charente-Maritime par hasard. Je n’en suis pas originaire. Feu mon père m’a toujours dit que « la chèvre broute là où est son piquet », c’est donc mon métier d’inspecteur d’assurances qui m’a conduit dans ce beau pays il y a plus de 40 ans. Depuis, en dehors d’un intermède de quelques années en Bretagne, j’y suis resté car je m’y trouve bien.

Mon travail m’amenait à me déplacer dans toute la France, je n’ai donc pas eu, comme tant d’autres, l’obligation d’aller vivre à Paris. Depuis que « la plus belle ville du monde »  est devenue, au fil des années, la plus sale, la plus bigarrée et la moins sûre des capitales européennes ; depuis que la grande Bertrande Delanoé puis Haîne Hidalgogol en ont fait « Boboland », j’évite d’y aller.

Mais, hélas, La Rochelle et l’île de Ré sont, comme le Luberon, des réserves naturelles où le bobo parisien vient se reposer de ses nuits blanches, de ses excès de coke ou de ses partouzes, et se ressourcer en pédalant sur un vélo électrique. À Paris, il pédale toute l’année sur un « Vélib’ »  au milieu d’une faune allogène en scooter ou en trottinette. Chez nous, il pédale aussi mais dans un cadre plus bucolique et surtout beaucoup plus propre.

Mais revenons à mon général-pompiste qui croyait tout savoir. Je me suis vu dans l’obligation de lui rappeler que la « Charente-Inférieure » est depuis le XVIIIe siècle une terre franc-maçonne.

C’est le Rochelais Jean-Théophile Désaguliers qui est considéré comme le père de la franc-maçonnerie moderne. Il était le fils de Jean Désaguliers, pasteur huguenot réfugié en Angleterre en 1683, juste avant la révocation de l’Édit de Nantes. On raconte que sa femme et son fils le rejoignent en 1690 et que l’enfant aurait quitté la France caché dans un tonneau de vin, (ou dans un panier à linge ?). Devenu pasteur anglican comme son père, en 1712, Jean-Théophile est initié en maçonnerie à la loge « Antiquité ». Il est élu en 1719 comme Vénérable de la loge. En août 1721, à l’occasion d’un voyage en Écosse, il devient membre de la loge des « Maîtres maçons d’Edimbourg ».

Les historiens le citent comme grand maître-adjoint de la « Grande Loge de Londres » en 1724 et 1725. À cette époque, il participe à la rédaction des « anciens devoirs » maçonniques.

Le pasteur James Anderson est chargé de la rédaction de ce qui  deviendra les « Constitutions d’Anderson ». C’est ce texte que la « Grande Loge de Londres » adopte pour règle en 1723, fondant ainsi la franc-maçonnerie moderne (5). Jean-Théophile Désaguliers était l’ami et le disciple d’Isaac Newton, lui-même franc-maçon. Il a donné son nom à de nombreuses loges maçonniques : au temple maçonnique de Montréal, à la « Grande Loge de France », au « Grand Orient de France », à la « Loge Nationale Française », etc.

Dès 1744, la ville de La Rochelle possédait deux loges maçonniques. Au XVIIIe siècle, il existait des loges à Rochefort, Saintes, Saint-Jean-d’Angely, Marennes, Pons, Marans, Aulnay et Barbezieux.

Un peu plus tard, en 1777, la guerre d’indépendance américaine sera essentiellement une affaire de francs-maçons. Le jeune marquis de La Fayette y jouera un rôle primordial en posant les bases de l’amitié (maçonnique) franco-américaine. Le « héros des deux mondes » demeura toute sa vie un franc-maçon actif et un suppôt inconditionnel des Lumières. C’est pour cette raison, entre autres, que, bien que Charentais d’adoption, je n’ai pas mis le moindre centime dans la construction de la copie de « l’Hermione », le bateau de La Fayette, qui s’avère être un gouffre financier.

Et, pour une fois – une fois n’est pas coutume – j’étais d’accord avec Ségolène Royal quand, présidente de notre région, elle avait exigé que le conseil régional cesse de subventionner ce projet fumeux.  « Démarré en 1997, le chantier fut un spectacle prodigieux. Plus de quatre millions et demi de personnes sont venues et revenues voir travailler les charpentiers, forgerons, ébénistes, gréeurs et voiliers… La route fut plus longue que prévue. Près de huit ans de retard sur le calendrier d’origine. Plus chère aussi. Le budget final s’élève à plus de 40 millions d’euros, dont la moitié pour la seule construction du navire » écrivait « le Monde » en avril 2015.

Depuis l’eau a coulé sous les ponts et l’ardoise s’est alourdie, c’est un puits dans fond !

Les écolos avaient exigé que le bois servant à la construction de la coque du navire ne soit pas traité avec des produits chimiques. « L’Hermione », rongée par un champignon, est en réparation (ou en sauvetage ?) dans un chantier de Bayonne depuis de longs mois.

Finalement, ce bateau qui voulait symboliser les valeurs de « Liberté. Égalité. Fraternité » de la franc-maçonnerie, est comme elles, complètement pourri !

Citons le bon docteur Guillotin, Saintais et franc-maçon, qui inventa le « rasoir national ».

Passons rapidement sur la triste histoire des quatre sergents de La Rochelle, impliqués dans la tentative d’insurrection antimonarchique du général Berton en 1822. Ils refusèrent de dénoncer leurs chefs en maçonnerie dont… le marquis de La Fayette (lequel avait réuni 70 000 francs pour corrompre le directeur de leur prison et les faire évader).

Depuis toujours, la vie politique de Charente-Inférieure a été marquée par la maçonnerie.

Le frère le plus connu fut Émile Combes qui s’illustra par ses combats contre le catholicisme.

Ce con pontifiant de général, qui pensait que les culs-terreux d’Aunis et Saintonge n’étaient pas concernés par la franc-maçonnerie n’a pas su me dire pourquoi l’opération d’encerclement de la poche de Royan a été  nommée « Opération Vénérable » ? Moi je sais. Et la preuve que je ne suis pas « obsédé » par la franc-maçonnerie, c’est que je vis en Charente-Maritime, que j’adore cette belle région et que je m’y trouve fort bien.

Eric de Verdelhan

1) « Guide secret de la Charente-Maritime » de Jean-Luc Aubarbier ; éditions Sud-Ouest ; 2019.

2) Vous aurez noté, chers lecteurs, qu’en France il n’existe pas de bas fonctionnaires.

3) Il en faut : ce service est indispensable à la bonne marche de nos armées.

4) La « rouge » est la Légion d’honneur, la « bleue », l’Ordre national du mérite.

5) Ce texte sera remplacé en 1815 par les « nouvelles Constitutions » dont se dote la « Grande Loge Unie d’Angleterre », créée en 1813.

 

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13 Commentaires

    • Merci de ce lien, ce Monsignore est un individu fort clairvoyant, forte analyse et grande synthèse. Le monde est mal barré….Qui aurait pensé au 18ème siècle que les promesses de libertés des philosophes dits « des Lumières » aboutiraient au 21ème siècle à une tentative de dictature mondiale et de mise en esclavage total des individus « libérés » au 19ème et 20ème siècle par les franc-maçons. Si c’était leur but ultime, ce sont des fous monstrueux, si ce ne l’était pas ce sont de très dangereux tarés pour ne pas dire plus……….

  1. il y a une histoire a ecrire sur les franc macons : celle des persecutions dont ils ont ete victimes par tous les dictateurs du monde dans le passe comme le present . et c est une longue litanie de persecutions , emprisonnements , executions . leurs bourreaux ont ete communistes , nazis , fascistes et aujourdhui musulmans … entrer en arabie saoudite avec une bible , equerre , compas et decors maconniques conduit a la prison voire a la mort . il faut lire la page 100 de la franc maconnerie pour les nuls pour apprendre que la doctrine de la mosquee al aksa les traite d heretiques et les condamne a disparaitre de la surface de la terre comme franco , staline , hitler ou mao … mais ils s en remettront et survivront ! par contre , on ne trouve aucune obedience maconnique dans le monde qui n ait prone la liberte , l egalite et la fraternite ; aucune qui a prone et encourage les dictatures ! rendez a CESAR ce qui est a CESAR et a DIEU ce qui est a DIEU . MARC – NOUVEL EVANGILE .

    • Ils ne prônent certes pas la dictature à l’ancienne, ils ont bâti un monde libre et marchand, qu’ils ont voulu et mis en place, mais d’abord en faisant chuter le catholicisme et les empires européens par des révolutions et des guerres. Ensuite et surtout, l’évolution actuelle de leur monde dit libre, où l’argent est la dictature, est en train de liquider la démocratie, les libertés individuelles, les nations, les frontières, l’identité des peuples, les structures familiales. La superclasse des riches et leurs sociétés multinationales remplacent tout ça par une dictature peu visible par la technologie informatique et bio, une pseudo-liberté de genre, la perte du droit de propriété et de libre déplacement. Bravo les franc macs, et merci! Stop ou encore?

  2. Sémongolito la reine des neiges a préféré engloutir l’argent de la région (et ainsi de la ruiner) en faisant acheter par sa région des actions Heuliez (les teuf teufs électriques voulant concurrencer Tesla.. je rêve des voitures en légo idéales dans les dessins animés de « oui-oui »).

    Dans sa missive régionale elle nous ventait « par avance » les retombées fructueuses, sans aucun doute, de SON investissement génial .

    Elle ne devait pas savoir qu’on ne devait pas spéculer avec l’argent du con-de-tribuable

    Elle a failli se refaire avec ses « routes solaires » sur lesquelles on s’est rendu compte que nul poids lourd ni tracteur ne pouvait circuler.

    Mais bon, responsable mais pas coupable, sauvée par le redécoupage régional qui fait qu’on est en Nlle Aquitaine // iel a eu très chaud à son gros popotin.

  3. C’est comme tout la franc maçonnerie, ça commence bien tant qu’elle est opérative et ça finit mal quand elle devient spéculative mafieuse secrète.

  4. on est obsédé sexuel,mais pas par les frères la gratouille……..deux articles en une semaine,Michaud Nérard va riposter …..catholiquement

    • Bien content que votre message est passé, Patrick, car curieusement certains messages respectueux pourtant, ont du mal à passer, quand on refuse de crier avec les loups, nous ferait-on taire?

      • peut etre des francs mac parmi les modérateurs…….ils sont partout

  5. Votre article me fait penser à un personnage clé dans la perte d’identité et de souveraineté dde la France, totalement gouvernée par cette chère UE. Son fondateur jean Monnet, issu d’une famille de commerçants de Cognac, a connu dès 1916 une carrière météoritique: Propulsé à 28 ans comme grand organisateur de l’armement franco-anglais, puis n°2 de la SDN en 1919, financier international notamment aux USA (banqier en 1929, 41 ans), initiateur des USA « arsenal des démocraties » pour l’UK en 1940, envoyé spécial de Roosevelt à Alger en 1943 (55 ans) pour Giraud contre De Gaulle…Dès cette époque, Monnet se déclare ennemi d’une Europe des Nations et pour une Europe supranationale. Trois clés ont dû lui ouvrir les portes anglo-saxonnes: Le monde protestant, les loges, le commerce du Brandy avec les british.

  6. La franc-maçonnerie est confrontée aux mêmes déconvenues intellectuelles que les parlementaires et les ministres. A savoir se forcer à inventer des inepties sociétales inutiles pour faire croire qu »ils sont dignes du siège ou du ministère qu’on leur a confié.

  7. Taper : Twitter gendarmerie Charente maritime sur votre moteur de recherche. Vous aurez un bel exemple de collaboration avec les envahisseurs.
    Les pandores indiquent que les 12 gardés à vue du WE ont tous des prénoms français. Alors les racissssssses !

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