La France a grandement besoin d’un Martin Gray !

MartinGrayEn 1993, j’ai eu l’immense honneur de serrer la main de Martin Gray (1) et d’échanger quelques mots avec lui, à l’occasion du cinquantième anniversaire du soulèvement du ghetto de Varsovie. C’était un homme qui vous regardait en face, et qui ne mâchait pas ses mots. Ainsi, les Allemands qu’il combattaient en 1943 n’étaient pas pour lui des « hommes » mais des « animaux à visage d’homme », c’est-à-dire des êtres d’apparence humaine qui, en réalité, avaient perdu toute humanité.

C’est cette inhumanité, en effet, qui jeta Martin Gray, ses deux frères et sa mère, dans un convoi à destination de Treblinka. Sitôt arrivés dans le camp, ses deux frères et sa mère furent gazés. Si Martin Gray n’eut pas le même sort, c’est en raison de sa robustesse – qui le conduisit directement dans les sonderkommandos chargés de vider les chambres à gaz.

Ayant changé de secteur, il eut pour tâche de trier le linge et de le charger dans des wagons. Profitant de cette nouvelle fonction, il se cacha dans un compartiment bourré de sacs, attendit l’obscurité pour sauter hors du train, courut dans la campagne, traversa plusieurs villages et s’empressa d’informer la population de ce qui se passait à Treblinka. Mais personne ne le crut !

Rentré à Varsovie, il retrouva le ghetto et son père – qu’il verra mourir quelques jours plus tard lors du fameux soulèvement. Ayant échappé à ce nouvel enfer, il rallia l’Armée rouge et y resta jusqu’à la fin de la guerre.

La paix revenue, il rejoignit sa grand-mère maternelle aux Etats-Unis. En 1959, il épousa une Américaine, puis s’installa à Tanneron, dans le Sud-Est de la France. Il ignorait alors qu’il allait perdre son épouse et ses quatre enfants dans le terrible incendie qui frappa cette commune le 3 octobre 1970. Au bord du suicide, il parvint néanmoins à survivre, grâce à l’écriture (« Je n’écris pas – disait-il – je crie » !) et à deux nouveaux amours, qui lui ont donné cinq autres enfants !

Martin Gray est à lui seul une immense leçon de courage et d’espoir pour l’humanité entière. Il a su combattre le mal absolu et mettre en garde contre les passivités qui font le lit de tous les fascismes. Il savait le prix de la liberté et, par suite, celui de la vie.

Vivre, c’est vivre jusqu’au bout. Être homme, c’est l’être jusqu’au bout. Ce « bout » n’est pas la « fin » : c’est au contraire le commencement de ce qu’il y a de plus beau dans l’humanité, et ce commencement passe par ceux qui résistent, au nom de tous les hommes, à la barbarie que déchaînent, encore et toujours, les « animaux à visage d’homme ».

Maurice Vidal

(1) Ecrivain franco-américain (27 avril 1922 – 25 avril 2016).

 

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16 Commentaires

  1. Dans l’Armée rouge il a rencontré des quantités d’animaux à visage d’homme et cette expression n’est pas juste envers les animaux
    Car pire que les socialistes de hitler il y a les bolcheviques et leur idéologie mortifère autant que mondialiste, cousine de l’oumma, et dont on constate toujours les effets destructeurs en France
    Par ailleurs quelles que soient les qualités d’homme de Gray, nous avons beaucoup plus besoin d’un Helie de sT Marc au regard de la situation actuelle et plus encore d’un Donald que d’une Hillary

  2. Martin Gray etait le Job des temps modernes. C’ etait un homme d’une incroyable exception. Merci pour ce bel article M. Vidal.

  3. Si Martin Gray revenait parmi nous il serait certainement très écoeuré de constater que la plupart des français ayant des origines juives comme lui et qui opèrent dans les médias français notamment sont d’une mansuétude stupéfiante vis à vis de tout ce qui est musulman. Dans le Coran et les Hadiths les plus connus, ils sont pourtant désignés à plusieurs reprises comme étant les « mécréants » qu’il faut éliminer en priorité. Il y a là une interrogation que je me pose depuis quelques décennies déjà sur le pourquoi de cette islamophilie affichée par un nombre important de Juifs européens !…ils auraient dû demander à Anne Marie Delcambre qui vient hélas de disparaître ou à René Marchand et à quelques autres ce que fut la vie du bédouin guerrier mahomet lequel fit déjà trucider de son vivant entre 700 et 900 juifs (adultes et garçons pubères ) dans les fossés près de ce qui allait s’appeler par la suite Médine !

  4. Maurice Vidal, merci de nous avoir relaté la vie de cet homme exceptionnel.

  5. les « animaux à visage d’homme »
    C’est une insulte pour les animaux que d’être comparés à des individus cruels !
    Que je sache, les animaux ne se rendent pas coupables de telles atrocités !

      • Il y a toujours eu des révisionnistes. Qu’ils aient raison sur des points « de détail » comme dirait quelqu’un, c’est possible, voire probable. Reste que le message porté par ces « falsificateurs et affabulateurs » ne peut que faire du bien au genre humain : cessons de nous massacrer les uns les autres. A force de penser petit, on finit par devenir petit. Au-delà de la falsification historique, il y a le message qui se transmet. C’est la seule chose qui compte.

        • @ Isabel

          Pas d’accord ; la réalité de la shoah était assez horrible en elle-même pour avoir besoin d’être romancée, falsifiée ou fabulée. C’est un vrai risque de boomerang en plus d’un abus de confiance individuel. Les mystifications n’apportent rien de plus au genre humain que l’histoire crue, bien assez laide comme ça.

      • @ Patrick Zbinden

        Merci pour la page internet très intéressante. je ne sais pas pourquoi vous avez -5 avant ma correction.

        Décidément, l’objectivité n’est pas de ce monde.

        Que ça donne envie de baisser les bras.

      • J’en ai apprit de « belles » sur ce « personnage »…. son « Histoire » c’est comme la « Shoah », comme la « anne frank », elle fait partie d’un mythe qu’il ne faut pas « toucher » !!!

    • Eh! ben oui le plus ancien c’est le diable, lucifer, s’il n’avait pas demandé à Eve de manger la pomme pour tromper Dieu et ne pas l’écouter, le monde actuel aurait été meilleur.

    • @Pivoine
      Entièrement d’accord avec vous, le seul animal qui peut faire preuve de cruauté ou de sadisme, c’est l’homme. Un animal ne tue que pour se nourrir ou pour protéger son territoire et quand un animal sauvage fait souffrir sa proie, ce n’est pas par sadisme, il n’en a pas réellement conscience.

  6. Ça fait du bien de se rappeler cette histoire, cet auteur, ce destin, surtout en ce moment où l’on entend, lit d’étranges discours.
    A côté de qui résistons-nous, sûrement pas à côté d’autres qui nous ressortent une refonte d’antisémitisme revue et corrigée par leur « antisionisme » qui n’est qu’un faux nez de plus.
    Le nouvel exode des juifs de France est un avertissement, nous serons en première ligne pour nous défendre et ce ne sera pas la faute des juifs mais de la lâcheté de ceux qui nous trahissent.

  7. Une question en rapport avec Martin Gray: existe-t-il une version DVD de la série « Au nom de tous les miens » qui est passée à la première chaine durant les années 80 ?
    Une version DVD de cette série est sortie en Allemagne mais l’audio est en allemand.
    Il existe un film en français, mais il est une version raccourcie de la série, de nombreuses scènes n’y apparaissent pas.

    • Un hommage aurait dû lui être rendu à la TV avec cette rediffusion!! non! mais Prince on en a entendu parler tous les jours…

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