La France a-t-elle besoin d'un effet Obama ?

L élection du premier « homme de couleur » en qualité de Président des USA fait beaucoup écrire et dire toutes sortes de sornettes.
C’est ainsi qu’hier matin, au lendemain de l’élection « historique » de Barack Obama, Esther Benbassa s’exprimait sur la question sur Internet. Citons ces fortes paroles de l’universitaire : « (elle espère) que le succès d’Obama arrivera à faire sauter les « verrous » en accordant une juste place en France aux « minorités visibles », comme naguère aux Juifs ».
Il est difficile d’aligner, en si peu de mots, autant de perles, d’inexactitudes et de raisonnements artificiels.
Expliquons nous. Madame Benbassa propose de donner aux « minorités visibles » la « juste place », comme « naguère aux Juifs » elle fut donnée.
Question à notre universitaire : c’était quand « naguère » ? Et en quoi consista cette « juste place » donnée aux Juifs en tant que Juifs?

Un peu d’histoire
– Quand la révolution française se préoccupa des Juifs toujours considérés comme des étrangers indésirables, elle suivit le conventionnel Clermont Tonnerre qui dira : « tout pour les Juifs en tant qu’individus, rien pour les Juifs en tant que nation ». En d’autres termes et dans le français d’aujourd’hui, aucune restriction, pas de discrimination envers le Juif individu, mais refus du Juif en tant que membre d’une nation en exil possédant une culture particulière et des traditions séculaires distinctes et contraires à la loi commune.
– C’est ainsi aussi, qu’avec la mise en place du Consistoire, le Consulat imposa un ajustement des normes légales juives, les subordonnant étroitement aux Lois de la République.
– Quand les Juifs d’Algérie, (qui étaient alors deux fois indigènes : indigènes en tant que population d’Algérie depuis des siècles et pour certains depuis deux millénaires et demi, ayant moins de droits que les nationaux français, et indigènes des musulmans, en tant que « dhimmis » conquis et soumis au pouvoir discrétionnaire des autorités musulmanes issues des aléas de la conquête arabe et fortes des normes du « pacte d’Omar »), quand les Juifs d’Algérie devinrent citoyens français en 1870, ce fut à l’issue d’un long processus ; il leur fut imposé un ajustement des normes mosaïques et de leur mode de vie aux obligations juridiques françaises. Il ne leur fut donc pas accordé « une juste place », au sens que l’expression prend aujourd’hui sous la plume d’Esther Benbassa.
Je répète ma question, quelle juste place à-t-on naguère accordée aux Juifs en tant que Juifs dans ce pays ?
Peut-être madame Benbassa a-t-elle des révélations à ce sujet. Ce que je sais, moi, de la « juste place » accordée aux Juifs, c’est l’affaire Dreyfus, et ses années de prison à l’île du diable ; c’est la France qui devra se couper en deux, à l’appel de Zola, Clemenceau et Jaurès, pour le sortir de sa geôle et briser le jugement frauduleux. Juste place accordée naguère aux Juifs ?
Ce que je sais encore de cette « juste place », ce sont les voisins de palier de mes grands parents paternels. Comme à eux venus de la Pologne de l’antisémitisme quotidien, la nationalité française fut refusée, sauf à leur fils aîné en âge de faire son service militaire et qui fut le premier soldat français tué en 1939. Juste place ?! Quelle juste place ?!
On me citera Léon Blum, chef du gouvernement du Front populaire.
Mais Blum ne dut pas sa responsabilité à la tête du pays à une « juste place » parce qu’il était Juif ; il la devait à son engagement militant socialiste énergique, à la force de ses arguments, à sa combativité lors du congrès de Tours pour s’opposer à l’adhésion du parti socialiste SFIO à l’internationale de Moscou et pour obtenir des délégués qui le suivront la décision de continuer le Parti socialiste, la décision historique de garder la « vieille maison » par le maintien de l’adhésion à l’internationale socialiste des socialistes minoritaires…
Si l’on citait Pierre Mendès France, il en serait de même.
Le Président du conseil qui mit fin à la guerre coloniale au Vietnam et fit en sorte que tous les enfants scolarisés reçoivent chaque matin une boisson lactée chocolatée, ne devait pas son poste gouvernemental à une « juste place », accordée en France aux Juifs ayant fui le Portugal de l’inquisition.
Pour tirer de la victoire de Obama des conclusions qui n’ont rien à voir avec cette victoire, Madame Benbassa invoque donc un précédent imaginaire : le traitement soit disant spécifique des Juifs par laRépublique, compensant leurs handicaps de groupe national minoritaire s’installant dans ce pays.
Dans quel but ce précédent imaginaire ?
Certains le formulent ainsi : Ce but, c’est l’obligation d’établir une représentation politique « diversifié », obligatoirement diversifiée, aux fins de produire et pérennisée une élite économique et politique donnant à la « diversité » (ceux dont les parents sont venus d’Afrique du nord et d’Afrique subsaharienne), une place égale correspondant au moins à leur nombre dans la population générale en France.
Après l’obligation de la parité des sexes sur les listes de candidats, l’obligation de la « diversité » ? Beau résultat que l’effet Obama : un nouveau stade dans l’étatisation des organisations syndicales, politiques et des associations.
La France aurait besoin de l’effet Obama ?
On peut se demander, quand on écoute les tenants de la diversité, Madame Benbassa pour ne pas la nommer, si ces brillants esprits ont un tout petit peu étudié l’histoire du pays ou ils vivent présentement. Est-ce que leurs connaissances remontent jusqu’à 1958 ? 1958, ce n’est quand même pas l’âge des cavernes ? Ou alors, je suis Mathusalem.
Pourquoi 1958 ?
Parce qu’en 1958, la France se divisera encore politiquement en deux camps fortement opposés.
Utilisant la crise politique provoquée en grande partie par la guerre coloniale en Algérie, le Général de Gaulle revint au pouvoir, avec l’ambition de mettre fin à la démocratie parlementaire.
Un homme, parmi beaucoup d’autres, s’opposa aux projets néo bonapartistes ou néo monarchistes du Général. Il s’agissait du Président du Sénat, Gaston Monnerville.
Cet homme, connu de tous les Français, cet homme, deuxième dans la hiérarchie de la quatrième république et pouvant devenir le premier en cas d’incapacité du président de la république, un homme dans lequel se reconnaissaient tous ceux qui n’acceptaient pas le projet néo bonapartiste des gaullistes, cet homme était un noir.
La couleur de son épiderme n’entra jamais en ligne de compte dans les polémiques et les affrontements politiques de l’époque ; on ne la voyait même plus, la couleur de sa peau. La question était seulement de savoir si le projet gaulliste était ou non meilleur et si Gaston Monnerville avait raison ou tord d’être hostile au projet gaulliste de nouvelles institutions.
Ce n’était pas en novembre 2008, mais en 1958, il y a 50 ans. La France avait mis au sommet de ses institutions républicaines un petit fils d’esclave.
De quoi s’agit-il aujourd’hui ?
L’ouverture à la diversité, ce n’est pas, je le crains, avoir le meilleur à sa juste place, comme lorsqu’ils s’appelaient Dreyfus, Léon Blum, Marx Dormoy, Jean Zay, Daniel Mayer, Pierre Mendès France, reconnus et estimés même si les parents avaient parlé ou parlaient toujours Yiddish ou judéo espagnol. La Démocratie tint tête aux préjugés et aux haines, mais elle ne les mit pas à sa tête parce qu’ils étaient la « diversité » d’alors. La Démocratie confirma leur talent et leur engagement qui en avaient fait des portes parole.
En outre, ces Juifs, pour lesquels madame Benbassa invente au lendemain de l’élection américaine qu’on leur aurait fait « une juste place », une faveur personnelle en quelque sorte, pour réparer des siècles d’interdits professionnels, d’humiliations, de pogromes, les expulsions et les interdictions de résider, puis l’affaire Dreyfus et enfin la Shoah, ne demandèrent jamais à imposer à la loi française qu’elle se plie à leurs propres normes spécifiques, qu’elle se soumette à leurs particularismes ethno religieux.
C’est tout récemment, que sous les coups de boutoirs des porteuses de hijab et de bourqua, à l’école, à l’université, aux cours d’auto école et dans les gîtes ruraux, et ceux de délinquants trop fatigués par le ramadan pour assister à leur procès, que des Juifs se mettent à demander aujourd’hui, à la loi française qu’elle s’ajuste à certaines règles mosaïques qui rythment leur quotidien.
L’effet Obama, dont on nous rebat les oreilles depuis quelques jours, ce n’est pas autre chose qu’un prétexte de plus pour la dislocation de la République : la République, celle qui, en 1792, a fondé la nation sur l’adhésion à un pacte citoyen, un pacte politique faisant de la religion une affaire privée.
Cet effet Obama, que l’on appelle de ses vœux, ce n’est pas autre chose qu’un découpage des citoyens en blocs ethniques et/ou religieux ; blocs ethno religieux qui devraient être représentés en tant que tels par la « diversité ».
Dans la phase actuelle, il s’agit aussi de faire des quartiers de hautes sécurité vestimentaires, auxquels certaines femmes sont condamnées à vie ou sous lesquelles d’autres s’emprisonnent « volontairement », (hijab, bourqua), une marque de cette « diversité » base sociale d’un nouveau numerus clausus dans l’établissement des listes de candidats aux élections politiques puis professionnelles.
Derrière les discours hypocrites sur la « diversité », il y a, je le crains,
comme de l’esprit munichois devant les exigences rétrogrades de l’organisation des états islamiques (OCI).
Alain Rubin

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