La France a-t-elle encore des valeurs qu’elle doit défendre ?

Publié le 13 février 2012 - par - 1 059 vues
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Claude Guéant, Ministre de l’Intérieur a déclaré lors d’un colloque organisé par l’association Étudiante de Droite UNI : « Contrairement à ce que dit l’idéologie relativiste de gauche, pour nous, toutes les civilisations ne se valent pas (…) Celles qui défendent l’humanité nous paraissent plus avancées que celles qui la nient, celles qui défendent la liberté, l’égalité et la fraternité, nous paraissent supérieures à celles qui acceptent la tyrannie, la minorité des femmes, la haine sociale ou ethnique ».

Bien que je n’aie aucune sympathie pour Claude Guéant, je n’ai pas trouvé cette déclaration choquante et je ne comprends nullement que cette phrase ait pu provoquer de la part de la gauche des réactions aussi négatives.

Peu importe les mots civilisations, valeurs ou cultures, nous ne pouvons pas nier que la France défend des valeurs universalistes qui sont issues de la révolution Française  de 1789 et qui devraient faire consensus dans la classe politique française et sur lesquelles il convient d’en rappeler la définition :

L’universalisme républicain, qui est une doctrine d’origine française, présente la République comme un  idéal universel. Les valeurs qui sont les siennes, liberté, égalité des individus et fraternité, ont vocation à être adoptées par tous les humains et à s’appliquer uniformément. C’est en son nom que toutes les discriminations, quelles qu’elles soient, sont rejetées.
Si l’on retrouve bien les principes de liberté et d’égalité dans les déclarations internationales contre les discriminations, celles-ci ne se réfèrent pas à l’universalisme républicain, mais sont ouvertes aux différences culturelles et à la protection des minorités.

Que l’on soit de gauche ou de droite, nous devrions nous retrouver sur ces valeurs, qui semblent ne plus être celles de la Gauche actuelle tournée vers le multiculturalisme et le communautarisme opposés aux principes mêmes de notre République une et indivisible.

Comme le disait  très justement le philosophe  Luc Ferry, ancien ministre de l’Éducation :

Toutes les civilisations se valent-elles? Évidemment non. Est-il scandaleux de le dire? Pas davantage« , écrit-il dans une Tribune au Figaro. « Les cris d’orfraie poussés par les bien-pensants touchant les propos de Guéant sont d’autant plus ridicules que ces derniers relèvent plus de l’évidence que de la provocation« . L’écrivain se dit « prêt à parier qu’en leur for intérieur, nos éléphants du PS pensent exactement la même chose« . « Au nom de quoi pourrait-on refuser à quiconque le droit de préférer les traditions qui ont engendré une grande littérature à celles qui commandent les sociétés sans écriture? Quant à vouloir distinguer civilisation et régime politique, « l’argument est spécieux: de toute évidence les deux sont inséparables« .

Et comme le dit aussi  très juste un autre philosophe André  Comte- Sponville défini comme « un des plus éminents penseurs se réclamant aujourd’hui de la gauche » et qui écrit, cite Luc Ferry : « Toutes les civilisations ne se valent pas, ni tout dans chacune d’elles« . Il salue « une Europe qui eut le génie de développer une civilisation laïque de liberté et de bien-être à nulle autre pareille« . « Pour combien de temps encore si nous n’y croyons plus nous-mêmes? ».

A qui pensait donc Claude Guéant quand il a prononcé cette phrase que certains ont prise comme de la provocation alors qu’elle devrait s’imposer à tous ceux qui prônent pour tous les peuples la liberté, l’égalité et la fraternité.

Il pensait certainement à des valeurs obscurantistes qui sont utilisées par l’islam politique pour opprimer, avilir, et soumettre à un dogme archaïque et barbare un milliard d’individus  au nom d’un texte dit sacré le Coran sans qu’il puisse s’en affranchir au risque de subir les foudres du prophète Mahomet.

A quoi cela sert-il de se quereller sur des termes sémantiques, il paraît évident  que la religion musulmane instrumentalisée par des fondamentalistes islamiques comme une arme politique porte atteinte aux valeurs fondamentales que sont la liberté d’expression, la liberté d’opinion et la liberté de conscience  et qui sont  le corpus démocratique de nos sociétés occidentales.

Une autre différence fondamentale qui existe entre nos deux systèmes de pensée et de valeurs est la place que nous donnons à la femme dans nos sociétés respectives.

Il est inutile de s’indigner et de chercher des querelles où il ne devrait pas y en avoir, nous devons admettre que la femme musulmane n’a pas les mêmes droits que la femme occidentale, bien qu’il faille reconnaître que dans nos sociétés avancées, nous ayons à faire encore des progrès pour qu’elle soit l’égale à part entière de l’homme.

Devons-nous rappeler que l’Islam ne donne pas de liberté à la femme ; les lois coraniques laissent peu de possibilités d’émancipation au sein de la société. Mais si de nombreuses femmes musulmanes ont un rôle certain dans beaucoup de sociétés islamiques – où la religion constitue la barrière la plus redoutable à la libération de l’esprit, à la justesse du discernement et à la liberté d’expression – c’est bien malgré l’Islam qu’elles l’ont obtenu.
Saluons le courage de ces femmes qui résistent, malgré les lourdes sanctions qu’elles encourent, contre cette arme redoutable qu’est l’Islam pour réfréner les envies d’émancipation.

Le Coran offre un véritable statut juridique aux femmes, mais ce statut les maintient dans une évidente infériorité vis-à-vis des mâles (elles acquièrent un droit à l’héritage inférieur de moitié à celui des hommes ; leur témoignage a devant les tribunaux la moitié de la valeur de celui d’un homme, etc. etc. etc.). Cette longue liste de différences devant la loi par rapport à l’homme est en fait plus longue que les égalités – dans les faits comme dans les écrits. Un autre exemple très connu :
Le Coran permet aux musulmans d’avoir jusqu’à quatre épouses légitimes, à condition d’être capables de les traiter de façon parfaitement équitable. Mais que signifie donc ce « à condition«  ? Pas grand-chose en réalité. Tout comme ce statut juridique qui ne fait que les emprisonner définitivement dans un statut de femme et non pas d’être humain.

Le Prophète a dit : « Ne lapidez pas l’adultère qui est enceinte jusqu’à ce qu’elle ait accouché de son enfant. » …
Après la naissance, elle a été poussée dans un fossé, enterrée jusqu’à la hauteur de sa poitrine, et le prophète a commandé qu’ils la lapident. Khalid est venu avec un caillou qu’il a jeté à sa tête, et le sang a jailli, puis il l’a maudite. Le prophète doux a prié sur elle et elle a été enterrée.
(…) « Les cailloux ne doivent pas être trop petits ou la mort ne peut pas s’en suivre. Ni les cailloux ne doivent être trop grands ou la mort peut venir trop rapidement« 

Sourate Attahrim, Versets 1 à 5
« Ô Prophète! Pourquoi, en recherchant l’agrément de tes femmes, t’interdis-tu ce qu’Allah t’a rendu licite? Et Allah est Pardonneur, Très Miséricordieux.

Allah vous a prescrit certes, de vous libérer de vos serments. Allah est votre Maître; et c’est Lui l’Omniscient, le Sage.

Lorsque le Prophète confia un secret à l’une de ses épouses et qu’elle l’eut divulgué et qu’Allah l’en eut informé, celui-ci en fit connaître une partie et passa sur une partie. Puis, quand il l’en eut informée elle dit: ‹Qui t’en a donné nouvelle?› Il dit: ‹C’est l’Omniscient, le Parfaitement Connaisseur qui m’en a avisé›.

Si vous vous repentez à Allah c’est que vos cœurs ont fléchi. Mais si vous vous soutenez l’une l’autre contre le Prophète, alors ses alliés seront Allah, Gabriel et les vertueux d’entre les croyants, et les Anges sont par surcroît [son] soutien.

S’il vous répudie, il se peut que Seigneur lui donne en échange des épouses meilleures que vous, musulmanes, croyantes, obéissantes, repentantes, adoratrices, jeûneuses, déjà mariées ou vierges. »

Sourate Les femmes, Verset 34
« Les hommes ont autorité sur les femmes, en raison des faveurs qu’Allah accorde à ceux-là sur celles-ci, et aussi à cause des dépenses qu’ils font de leurs biens. Les femmes vertueuses sont obéissantes (à leurs maris), et protègent ce qui doit être protégé, pendant l’absence de leurs époux, avec la protection d’Allah. Et quant à celles dont vous craignez la désobéissance, exhortez-les, éloignez-vous d’elles dans leurs lits et frappez-les. Si elles arrivent à vous obéir, alors ne cherchez plus de voie contre elles, car Allah est certes, Haut et Grand ! »

Ces quelques exemples extraits des textes coraniques suffisent à eux-mêmes pour que nous n’ayons plus de doute sur tout ce qui nous sépare et qui semble non conciliable avec les valeurs universalistes que nos ainés nous ont léguées pour que celles-ci deviennent réalité à l’échelle de l’humanité.

Nous ne devons pas avoir peur de défendre nos valeurs, quand nous considérons que celles-ci sont synonymes de progrès et permettent à d’autres sociétés issues de culture différente de se les approprier.

Les attaques de la gauche à cette déclaration de Claude Guéant,  qui me semble avoir été sciemment même mal interprétée, se sont situées plus sur le terrain de la polémique que sur le terrain d’une concorde nationale qui n’aurait pas dû faire défaut à notre classe politique, qui a bien d’autres sujets sur lesquels elle peut légitiment s’affronter.

Cette polémique stérile s’est encore révélée néfaste et  fragilise encore plus tous les démocrates, les laïques épris de justice, d’égalité entre les hommes et les femmes qui veulent faire reculer l’obscurantisme que fait peser sur nos sociétés un islam conquérant qui profite de nos divisions pour avancer dans l’espoir de nous soumettre à la loi divine du prophète Mahomet.

Le mercredi 30 Novembre 2011, Taslima Nasreen tenait une conférence à la faculté Paris Diderot qui devait lui attribuer le lendemain le titre de Docteur Honoris Causa. (Et, le 9 janvier, le prix 2012 Simone de Beauvoir pour la liberté des femmes, a été attribué à l’association Tunisienne des Femmes Démocrates). 

Taslima Nasreen est née au Bangladesh en 1962. La constitution du Bangladesh (dont les piliers étaient le nationalisme Bengali, le socialisme, la sécularisation et la démocratie) avait été rédigée à sa création dans un esprit de laïcité, En 1975, à la suite de l’assassinat du fondateur du Bangladesh, l’armée s’est servie de la religion pour légitimer le pouvoir qu’elle venait de prendre, et depuis les années 1980, ce pouvoir est devenu islamique et l’aspect laïque de la Constitution a été supprimé. Elle y a fait des études de médecine se spécialisant en gynécologie qu’elle a commencé à exercer en 1986. Elle est depuis plusieurs années en exil, expulsée de son pays puis, après une longue errance en Europe, de l’Inde où elle avait trouvé refuge pour un temps et qui lui a refusé la nationalité, sous le prétexte que sa présence suscitait des troubles, les islamistes manifestant régulièrement contre elle (une manifestation de 500000 personnes a fini par réclamer son départ). «Où puis-je aller ? J’ai un chez moi qui m’est interdit, j’ai un chez moi dans le cœur de ceux qui luttent contre tous les extrémismes ».

Elle commença par publier des poésies, des articles puis des romans dans lesquels elle dénonce l’oppression faite aux femmes qui doivent se soumettre à la férule de la loi religieuse et donc celle des hommes. A ce titre sa vie est menacée par 5 fatwas qui ont mis sa tête à prix, lancées par plusieurs dignitaires religieux musulmans. « J’ai été déclarée apostat et à ce titre le premier croyant peut me tuer et pour cela il recevra une récompense.». Mais rien ni personne n’arrêtera son combat pour le droit des femmes et une laïcité universaliste.

Les livres de T. Nasreen ont été interdits en raison d’un article de loi qui condamne le blasphème. Ce fameux article qui a déchaîné la hargne des musulmans fondamentalistes de la planète lors de la publication au Danemark des caricatures de Mahomet. « Le succès de mes livres a irrité les intégristes car j’y exprimais que l’Islam et le prophète lui-même opprimaient les femmes en rappelant qu’il a épousé une enfant de 6 ans et sa belle fille, qu’il était un pédophile et qu’il violait les femmes et pillait les biens des juifs, et ces faits sont avérés ».

Elle explique aussi que la religion n’est pas seule en cause dans cette interdiction : « Mon livre intitulé : Rumeurs de haine (2005) dans lequel je critique l’Islam et le prophète Mahomet a été interdit par le Parti Communiste qui dirige le Bengale occidental », « Les islamistes n’avaient pas protesté contre le ce livre avant qu’il ne soit censuré par les communistes au pouvoir. » « Les politiques ont intérêt à exciter les identités religieuses … pour de simples raisons électoralistes » Ainsi l’Inde, perçue en Occident comme une grande démocratie, « n’a pu protéger une femme luttant pour la laïcité », a fini par l’expulser vers un exil indéfini car même « les libéraux (*) y défendent la religion et l’Islam ».(* les libéraux : la gauche au sens anglo-saxon)

On lui reproche son athéisme : «Je critique toutes les religions. La religion c’est de la haine et la haine entraîne la haine. La religion est une violence contre les femmes. Elles sont opprimées par la religion, la tradition, la culture et les coutumes. Le patriarcat et la religion sont incompatibles avec les droits des femmes… D’autre part il ne doit y avoir aucune limite à la liberté d’expression. »

Et Taslima de s’inquiéter de la frilosité de la gauche européenne. « Je crois qu’en Occident vous avez un peu peur du fondamentalisme islamique », et « J’ai souvent l’impression que les gauchistes sont stupides, pensent-ils vraiment être les amis des intégristes musulmans ? Ceux-ci se servent d’eux et ils les attaqueront le moment venu. Je trouve l’extrême gauche embrouillée, réactionnaire et ignorante. ». Elle est « extrêmement opposée au voile intégral, c’est de l’esclavage, il glorifie la servitude des femmes » et à la question « Que pensez-vous de la loi française ? Elle répond «Elle me va ».

Taslima Nasreen craint qu’au nom du multiculturalisme toutes ces cultures hostiles aux femmes, ces traditions qui oppriment, dénigrent et répriment les femmes ne soient défendues et qu’elles finissent par être considérées comme de la culture comme cela semble arriver en Angleterre où il y a peu, même un évêque a admis la possibilité de l’exercice de la charia pour les musulmans sur le sol britannique !

Plutôt que de faire des concessions aux revendications islamistes : «Il faut critiquer l’Islam pour que les sociétés évoluent et deviennent modernes. Il faut remettre en cause les pratiques sociales de l’Islam, son aspect non scientifique et non rationnel…Il faut se demander au contraire si la religion et la démocratie peuvent coexister, si la religion et la liberté d’expression peuvent coexister, si la liberté, la démocratie, les droits de l’homme et la liberté d’expression peuvent coexister… » « Je crois qu’ils ne peuvent coexister avec quelque religion que ce soit ».

Nos hommes politiques de droite et de gauche devraient méditer sur ce que nous dit Talisman Nasreen au lieu de nous offrir ce spectacle lamentable  auquel nous avons eu droit  le 7 février  à l’Assemblée Nationale et qui n’honore pas ceux qui y siègent au nom du Peuple Français.

Fabrice LETAILLEUR

Voir son blog

http://lebloglaicdechamps.over-blog.com/

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