La France aurait-elle mal à sa laïcité ?

Publié le 26 octobre 2009 - par
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Contribution pour la mission d’information parlementaire

sur le port du voile intégral en France

jeudi 15 octobre 2009 – Préfecture du Rhône

La France aurait-elle mal à sa laïcité ?

Mon parcours et mes luttes m’autorisent à parler au nom de toutes les jeunes filles et femmes refusant l’obscurantisme et aspirant à l’estime de soi, à l’émancipation féminine, à l’égalité homme/femme.

Marocaine d’origine, j’ai passé mon enfance et mon adolescence à Fès. Très tôt j’ai ressenti le poids des traditions familiales et religieuses. Mariée de force à 15 ans, je me suis battue durant 7 ans pour obtenir la répudiation (le divorce n’existant pas à l’époque).

Parallèlement j’ai passé le BAC par correspondance (CNED) contre l’avis de mes parents et j’ai travaillé comme secrétaire.

A 24 ans, Bac en poche, j’ai quitté le Maroc et je me suis inscrite à la Sorbonne où j’ai obtenu un DEA de linguistique française, sans aucune aide matérielle et vivant de petits boulots.

Devenue française par mariage, je me suis tournée vers l’enseignement. Après plusieurs années comme maîtresse auxiliaire en Seine Saint Denis, j’ai obtenu le CAPES de Lettres avant de réussir quelques années plus tard le concours de chef d’établissement. J’ai œuvré dans des quartiers sensibles ZEP où les établissements scolaires constituent des îlots républicains au milieu de zone souvent à la limite du non droit.

Dans mes différents postes d’enseignante ou dans l’équipe de direction, j’ai toujours défendu avec force le principe de laïcité, notamment en refusant, dès 1989, la présence de jeunes filles voilées dans mes cours.

Je crois en l’école républicaine dont je suis un pur produit et je suis toujours inquiète lorsque je vois certain(e)s en France avoir la tentation de transiger sur la laïcité.

Cette position de renoncement affaiblit celles qui se battent en France ou dans les pays d’origine pour la liberté des femmes et l’égalité homme femme qui sont des valeurs universelles.

Etre une femme ne doit plus être un poids pour toute jeune fille vivant sur le territoire français. Non à la servitude volontaire ou forcée des femmes. Le port du foulard ou voile intégral ou non intégral n’est qu’une tradition tribale et n’a rien à voir avec l’islam.

Il faut aussi s’occuper des garçons, l’abandon de jeunes garçons à leur triste sort en bas des barres d’immeubles des cités, où ils rongent leur frein contribue à créer un terreau favorable aux intégristes. Ces jeunes garçons frustrés, véhiculent une image de la jeune fille et de la femme soit sacralisée soit dévaluée. Certains sont alors tentés par la violence envers les femmes.

La mixité est indispensable au bon fonctionnement d’une société : la séparation des espaces et leur interdiction aux filles pose problème. Le brassage social permet l’intégration par l’éducation

Je ne vois qu’une réponse à ce désespoir masculin : Éduquons-les ! Apprenons leur à se découvrir mutuellement et à regarder les filles passer sans penser à les cacher, à les enfermer, à les draper de noir.

Sur le plan international le nouvel ordre mondial avec les deux guerres contre l’Irak a aussi favorisé l’action des intégristes de tous bords.

Plutôt que d’être tolérant(e) avec les intégristes et assouplir nos lois, on devrait changer de politique au niveau international. Tout en démantelant les ghettos communautaristes. C’est-à-dire faire respecter la loi à l’intérieur de tous les quartiers et dans tous les espaces publics, protéger les filles contre les mariages forcés, leur permettre de vivre libres de leurs choix dans l’esprit des lois républicaines françaises.

Le voile intégral ne doit pas faire accepter ou oublier le voile tout court qui envahit l’espace public. Beaucoup de femmes le portent contraintes par leur entourage immédiat.

Une loi est nécessaire, la loi de 2004 sur l’interdiction de porter des signes ostentatoires à l’école, avait été mal accueillie par certains qui s’inquiétaient du risque de marginaliser certaines jeunes filles. Une fois la fièvre médiatique passée, cette loi ferme a montré son efficacité. D’ailleurs certains pays nous l’envient.

Faire partie d’un peuple, d’une nation, c’est se rencontrer, se voir, se reconnaître.

Non à la discrimination des femmes sous prétextes politico religieux, ne cédons pas au relativisme culturel qui n’a qu’un seul but empêcher les femmes de s’émanciper, de s’ouvrir aux autres cultures et de les asservir même si certaines participent à cette opération dégradante. Il est bien connu que les victimes contribuent souvent à leur propre asservissement.

Je dis non à la barbarie, à l’obscurantisme et à la violation des droits humains.

Il ne faut pas oublier que pendant longtemps, beaucoup de femmes ne portaient pas le foulard dans les pays d’origine ; Les femmes restées au bled, au pays, ont vu avec rage et désespoir leurs sœurs, parties en Occident, revenir voilées, soumises parce que l’intégrisme rampant et communautaire a pu proliférer grâce au slogan « vivons avec nos différences » porté, chanté par une partie de l’opinion publique française, qui sous prétexte de respect des cultures n’a pas perçu le danger. Cette position a favorisé la main mise des intégristes sur leurs femmes qu’ils ont cloîtrées, brimées et pour finir drapées, stigmatisées, enfermées dans un linceul.

Le voile est un défi des extrémistes lancé à l’Occident par les fondamentalistes qui se nourrissent de la frustration parfois légitime des populations défavorisées, ghettoïsées et sans travail sans avenir- jeunesse devenue une proie facile- pour des discours destructeurs. Ces populations aspirent aussi tout simplement à vivre dans des conditions honorables, à étudier, à sortir des ghettos et à fuir des images néfastes qui leur collent à la peau. Le cadre doit être celui de l’Etat républicain.

Si c’est aux musulmans de laïciser l’islam, le rendre tolérant, moderne, intime et personnel, c’est à la République de refuser les outrances de certaines pratiques envers les femmes. L’islam comme toutes les religions est un instrument de pouvoir et il ne s’en cache pas. Lorsqu’il arrive au pouvoir il se montre intolérant et oppressif, les exemples ne manquent pas.

Réaffirmer le principe de laïcité par les temps qui courent est de notre devoir et pour cela il est indispensable de légiférer afin d’interdire cet objet avilissant pour tout(e) être humain(e) doué(e) de raison.

Pour lutter contre tous les obscurantismes et pour l’émancipation du peuple français n’a-t-on pas rendu l’école obligatoire pour toutes et tous et jusqu’à l’âge de 16ans et à l’époque contre l’église catholique?

L’Etat est-il prêt à accepter une République voilée, une Marianne voilée?

Non à l’interprétation politique de l’islam. La laïcité n’est pas négociable !

Faiza Alami

Vice-présidente de Regards de Femmes

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