1

La France Benallarisée

 

 

Une fiction qui s’effiloche et pourtant va rester la risée des Français et des étrangers pendant tout l’été. Benalla n’en finit pas de faire la tournée des popotes médiatiques, passant d’une tenue à l’autre comme un magicien, transformant son personnage d’un coup de baguette magique et nous laissant deviner dans quel personnage il va s’incorporer. Cette troublante métamorphose a été essentiellement la raison de son embauche au cours de la campagne électorale puis de son engagement comme garde de corps personnel du Monarque Macron et de Madame la Marquise. Il a fait preuve de charme et revendiqué ses qualités d’agent de sécurité et d’organisateur de soirées mémorables comme celle de la fête de la musique.

Il s’est incrusté un peu comme un bernard-l’hermite dans la coquille vide de l’Elysée et le propriétaire en paraissait satisfait. De ses pattes arrière, il s’accroche au couple présidentiel qui lui accorde une sorte de bénédiction et d’impunité.

 

Alors lorsqu’il fait une grosse bourde, vue par l’exécutif comme une minable erreur de jeunesse, il continue à opérer sous le bouclier présidentiel en mettant son nez dans le défilé du 14 juillet, du retour des Bleus. Se croyant bien à l’abri de toute réprimande sérieuse, il conservait son influence sur le couple royal.

 

Mais le Monde a décidé de mettre fin à cette commedia dell’arte en publiant un article cinglant sur la dérive  de  cet affidé, membre de la secte secrète macroniste. Ce fut avec étonnement que l’Elysée prit connaissance de cette révélation publique alors que tout avait été agencé pour étouffer l’affaire. Surprenant d’autant plus que ce journal était favorable à Macron et à sa politique. Mais même les journalistes du Monde étaient fatigués de l’attitude arrogante et méprisante du nouvel empereur qui faisait savoir qu’il était seul maître à bord.

 

Alors certainement sur les conseils de Castaner, le grand chancelier de l’Echec, Benalla a bien préparé la contre-attaque, se présentant comme un homme honnête qui n’avait que de bonnes intentions en aidant les CRS. De plus il a montré une fidélité à toute épreuve envers son Maitre au cours des entretiens qu’il a accordés : Macron n’est pas responsable, il n’a rien à voir avec ma bêtise qui en tout cas n’est pas vraiment répréhensible. Pourquoi tout ce pataquès pour un brimborion que l’Elysée semblait régler en toute discrétion et sérénité ?

 

Le mois d’août est à notre porte avec les départs vers les plages ou les îles bien surveillées comme Brégançon avec piscine privée. Alors qu’avons-nous à faire de ces niaiseries publiées par les médias et étalées dans les commissions législatives ? Un coup de bronzage sur tout cela et à la rentrée, Macron reviendra avec un grand sourire. Benalla pendant ce temps ou « en même temps », aura récupéré et préparé son avenir en mijotant le livre de ses souvenirs, grassement payé par un éditeur parisien.

 

Ce ne sera pas la première fois qu’une histoire de la sorte finisse en eau de boudin et l’on dira dans six mois : tout est bien qui finit bien !

 

Viendront les élections européennes qui pourraient servir d’exutoire au peuple frustré mais qui en réalité ne pondront qu’une ribambelle de députés plus intéressés par leur futur politique et leur confort personnel que de modifier quoi que ce soit aux dérives de l’Europe et aux directives insensées de Bruxelles.

On approche dans cette pièce de théâtre, la comédie de William Shakespeare : « Much ado about nothing » écrite en 1598 (Beaucoup de bruit pour rien). Les rôles sont trompeurs, les uns se faisant passer pour d’autres, les personnages présentant des visages et attitudes différents selon les circonstances. Certaines paroles pourraient être répétées sur la scène de l’Elysée en restant d’actualité : « I have only been silent so long ! » (J’ai gardé le silence depuis si longtemps) pourrait être récité par notre Friar/Macron.

 

Toutes ces belles paroles pour prouver que Hero/Benalla, si proche du couple princier, est innocent. Il/elle ne fait que réagir aux ordres qui lui sont donnés. Finalement Hero parviendra à obtenir ce qu’elle voulait : marier son Claudio. Qu’attend alors Benalla pour bien se caser ?

La réaction de Macron devant l’affaire Benalla est de montrer comme Shakespeare que c’est « une tempête dans un verre d’eau » et le titre par notre écrivain pourrait s’intituler : « A drop in the bucket » (Une goutte dans un seau d’eau).

André Girod