La France crève parce qu’elle est un peuple de victimes consentantes

Publié le 13 août 2013 - par - 2 837 vues
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Dans un petit bistrot du quartier Saint-Germain-des-Prés où nous déjeunions, avec son ami l’éditeur Jean Picollec, breton lui-aussi, j’interroge :

– Au collège, à Paris, vers 1941 ou 1942, comment réagissaient vos condisciples par rapport à l’Occupation, à la Résistance ?

– La majorité s’en moquait. Quelques uns appartenaient à des mouvements vaguement fascistes, francistes ou autres. En fait, nous n’étions que deux adeptes de la Résistance. L’autre s’appelait Aubry. Il a participé plus tard à la libération de Paris.

Deux sur vingt-cinq environ. Juste proportion pour des rebelles. Toujours la même, quelle que soit l’époque. C’est à peu près celle que j’ai observée moi-même, plus tard, à l’occasion d’autres révoltes.

Dominique Venner, Histoire critique de la Résistance, ch. 2, p. 57, Éditions Pygmalion, dépôt légal 1995

Notre ami Cyrano vient de signer son éditorial le plus pessimiste et il n’a pas tort : la France est bel et bien en train de crever.

http://ripostelaique.com/la-france-est-en-train-de-crever.html

Elle crève de son consentement, elle crève de ces faux-fuyants de la pensée, aussi fuyants que le regard du crétin avec lequel vous abordez un sujet sensible, y compris lorsqu’il est directement concerné, et qui préfère tourner les talons ou parler d’autre chose. Il suffit de regarder mes collègues à la sortie de juillet 2013 : des taux de réussite staliniens au baccalauréat avec des élèves ignares, une montée des incivilités dans l’établissement, une déliquescence notable, et, pour finir, tous en pâmoison devant la politique Hollande ! Les deux seuls mécontents sont deux collègues de « droite », qui râlent pour cet immense problème sociétal qu’est… la refiscalisation de leurs heures supplémentaires ! Dont acte.

Je connais une collègue dont la fille, belle, blonde, étudiante, se fait agresser en permanence dans les métros parisiens par des engins issus de la diversité qui cherchent à se la coller sur la braguette. La collègue en question dit souvent du mal des « blacks » et des « beurs ». C’est une des rares, du reste. Comme il s’agit d’une rebelle, elle a voté Sarko. Une autre, attaquée par un groupe de maghrébins dans son adolescence, une agression sans gravité heureusement, avait choisi Bayrou en 2012. Je n’écris pas cela pour donner des consignes de vote : je souhaite seulement situer nos « rebelles » enseignants, et, par ces exemples, ce que peuvent être tous les « rebelles » de France.

D’une autre manière, notre ami Gérard Leblond a bien résumé cette ambiance « servitude volontaire pour tous » dans un article consacré à une grosse ville maritime du sud de la France, comportant un centre-ville particulièrement « sensible ». Mais je serais allé encore plus loin que lui dans le titre. On aurait pu tout aussi bien écrire : « Même si tu vis en zone occupée, tu feras tout pour ne pas voir l’occupation. »

http://ripostelaique.com/si-tu-ne-vois-pas-loccupation-cest-que-tu-as-la-chance-detre-en-zone-libre.html

Faux-fuyants encore et toujours chez les braves idiots français de la servitude volontaire, chez l’homme-masse (je sais que ce terme en agace beaucoup, y compris des patriotes ; même dans notre mouvance, il y a bon nombre de bras-cassés). Le Français, c’est un propriétaire qui se contente du coup de peinture au faux-plafond, sans consolider le solivage largement bouffé par les vers à bois. Un beau jour, le premier étage s’effondre sur le rez-de-chaussée, mais qu’importe ! Tiens ! Il faudra penser à voter Bayrou. Je suis sûr que le centrisme est le meilleur rempart contre les termites… Quelle pitié ! Cela dit, n’accusons point trop le Français ; l’Européen, en général, ne vaut pas mieux. Mais enfin, la servitude volontaire a ses postes avancés, très avancés, la France en est un. Les Anglais ne sont pas mal non plus, du reste.

Ri7France va crever4

France 2013 et ses « zélites »

Le triangle de l’abjection flicaille-racaille-piétaille (l’État, les néo-barbares et l’homme-masse)

La France est un poste avancé de l’abjection. Le Français participe d’une sorte de « triangle de l’abjection », dont il est, paradoxalement, une pointe essentielle.

La première pointe, c’est l’État, un État-flicaille, un État dont toute l’essence est de fliquer (le mot flicaille ne qualifiant pas les seules forces de l’ordre, d’ailleurs affectées, çà et là, d’ambiguïtés individuelles, mais l’ensemble de la structure). Collaborationniste jusqu’au bout des ongles, mais oligarchique, un État maçonnique, mafieux, lobbyiste, dont le dogme structurel est le libéralisme-libertaire, coulé dans une rhétorique des « valeurs républicaines » (1).

La seconde pointe, c’est la racaille, bras armé du Système, bras armé de l’État, seule vraie police, seule vraie structure habilitée à jouer les argousins (Aldo Stérone et d’autres le disent très bien : l’État n’a pas pour rôle de supprimer l’insécurité, il a pour fonction de supprimer ceux qui veulent supprimer l’insécurité, les racailles étant les seuls vrais gardiens du bagne).

Enfin, la troisième pointe du triangle : c’est vous-mêmes, pauvres cons de Français de la masse ! Même si on égorge vos enfants sous vos yeux, vous continuerez à dire que c’est la faute au Grand Capital, ou à Sarko, ou à Marine Le Pen, ou à la société, ou aux inégalités, ou à l’intolérance de la France vis à vis des minorités, ou aux homophobes, ou au manque-de-courage-des-gens, ou à tout ce que vous voudrez ; vous trouverez bien quelque chose qui vous empêchera d’appeler un chat un chat, et un criminel un criminel. Bref : vous vous comportez comme la sénatrice Rossignol, parce que vous ne valez pas mieux qu’elle (2). Vous êtes la sénatrice Rossignol. Vous déplorez comme elle les effets dont vous chérissez les causes. Et, comme elle, vous cherchez le bouc-émissaire lorsque votre abjection vous retombe sur le coin de la gueule.

nounours masos

Petits nounours masochistes

Tous consentants !

Comment sauver un peuple de victimes consentantes ? Je n’ai pas la réponse. Je crains juste que ce ne soit foutu. Additionnez l’État (les hommes politiques, les institutions, les administrations officielles, les administrations parallèles comme les associations antiracistes, les sociétés secrètes, les réseaux occultes…), la racaille (des milliers, des millions de « djeunes » et de moins jeunes, du simple border-line aux psychopathes sanguinaires), et l’homme-masse incapable de se libérer de lui-même et de sa viscérale connerie, agressive et stérile à la fois, vous avez quoi, en définitive, quatre-vingt, quatre-vingt-dix, quatre-vingt-quinze pour cent de la population ? Difficile d’avancer un chiffre, mais il est sûr et certain que, dans ce triangle de l’abjection, se retrouve l’écrasante majorité de la population, la foule, la multitude. Pas la « majorité », non, ce serait trop beau. L’écrasante majorité. On n’imagine pas à quel point cet adjectif, écrasant, doit être pris au sens propre. Ortega y Gasset écrivait déjà que la masse ne se définit pas seulement par le nombre, mais aussi par son caractère pesant, sa lourdeur. N’importe quel peuple peut se battre contre des barbares venus d’ailleurs, mais qui peut se battre contre lui-même ? Il serait frivole d’appeler la France à s’affranchir d’un ennemi extérieur, sans reconnaître que les Français ont tout d’abord à s’affranchir d’eux-mêmes. Mais en ont-ils la force ?

 

Jacques Philarcheïn

(1) Voir article d’Ahmed Ghlamallah : http://ripostelaique.com/la-france-ou-la-republique-enfin-le-vrai-debat-commence.html

(2) Voir article de Jean Vaillancourt sur cette question : http://ripostelaique.com/pourquoi-je-naurais-pas-bouge-pour-secourir-la-senatrice-rossignol.html

 

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