La France qui se lève tôt pour voir les JO

Sur les terrains de camping, sur leur lieu de vacances, ou tout simplement chez eux, avec des amis ou seuls, des millions de Français étaient debout, à 4 h du matin, pour voir un champion de natation, Alain Bernard, devenir champion olympique du 100 mètres nage libre. Certains sociologues, voire des militants qui se disent internationalistes, et pensent que toute idée nationale est forcément réactionnaire, seront désespérés par un peuple qui, décidément, n’est pas à la hauteur de leurs attentes. Les mêmes qui furent totalement pris de court devant la liesse populaire qui avait salué, il y a dix ans, le titre de l’équipe de France de football, ont une moue désabusée et méprisante pour ces « beaufs » qui, au lieu de manifester contre la vie chère et le gouvernement Sarkozy, même en plein été, préfèrent vibrer devant les Jeux Olympiques, et chanter « La Marseillaise » (autre symbole dénigré par toute la bobocratie) devant leur télévision, lors de la remise des médailles.
Certes, on peut penser, notamment à la vue des larmes de Laure Manaudou, que le sport de haute compétition est une machine impitoyable, où la place de l’humain est bien réduite, devant le besoin d’obtenir des résultats et des médailles à tout prix. On peut également s’interroger sur quelques musculatures impressionnantes, et se demander si cela est seulement en levant de la fonte qu’on obtient un corps pareil. On peut philosopher sur le bonheur d’un athlète qui consacre toute sa jeunesse à travailler durement pour obtenir, tous les quatre ans, une hypothétique médaille. Quant au rôle social du sport de compétition, il peut nourrir de longues heures de discussion, plus passionnantes les unes que les autres.
Pourtant, comment ne pas remarquer, avec un certain plaisir, que l’hymne national est de plus en plus chanté, depuis une quinzaine d’années, dans les stades français (il n’y a qu’au Stade de France, quand l’Algérie ou le Maroc jouent contre les Bleus, qu’il est sifflé). Dans un contexte où beaucoup d’élites présentent notre pays sous les pires aspects, depuis des années (Vichy, esclavage, colonialisme), et qu’on nous explique que l’Union Européenne et les régions doivent se substituer à la Nation, la joie occasionnée par chaque victoire, chaque médaille, est un pied de nez à ceux qui nous expliquent qu’aujourd’hui, les nations n’ont plus de raison d’être.
N’en déplaise aux adeptes des langues régionales (dont je défends le droit à l’existence, par ailleurs), c’est encore l’hymne de tous les Français qui est joué sur les podiums. C’est dans la langue de Victor Hugo que répondent les Antillais, bretons, basques, alsaciens, ch’tis, normands, savoyards, occitans et tous les champions qui s’expriment devant les micros. C’est justement pour cela que des millions de personnes se lèvent de bonne heure, et savourent leur victoire, avec le sentiment de communauté de destin de citoyens réunies par une langue commune, et la continuité d’un droit égal pour tous sur l’ensemble des départements français.
Qui pourrait imaginer voir les champions d’un même pays ne pas parler tous la même langue, tels les Belges ? C’est pourtant ce que souhaitent tous ceux qui défendent le bilinguisme et la charte européenne des langues régionales. C’est aussi pour s’adapter à cela que la nouvelle constitution française a été signée, pendant l’été, notamment grâce à la trahison du communautariste Jack Lang (lire l’excellent et inquiétant article de Christine Tasin) (1)
Les Français ne sont pas les seuls à continuer à nourrir un sentiment national. Où est le sentiment européen, lors de ces Jeux Olympiques ? Alors que depuis des décennies, on nous bassine avec l’idée d’un peuple européen, d’une culture européenne, des Etats-Unis d’Europe, voire bientôt d’une langue européenne, l’anglais (pour cela, il faut que le Français disparaisse), quand a-t-on vu un Français se réjouir de la victoire d’un Italien, ou bien un Allemand se réjouir de la victoire d’un Polonais ?
Mais imagine-t-on, comme le rêvent les bureaucrates de Bruxelles, dans quelques années, l’Europe reconnaître une multitude de régions, au détriment des Etats-Nations, comme le craint Pierre Hillard (2) ? Notre ami Pierre Baracca discute vivement avec les régionalistes flamands, depuis quelques numéros, et tente de leur expliquer que l’éclatement des nations est une aubaine pour le capitalisme (3). Les apprentis sorciers du régionalisme ont-ils oublié le phénomène yougoslave, et le rôle des Etats-Unis dans le soutien aux indépendantistes du Kosovo ? Imagine-t-on la République une et indivisible éclater en plusieurs grandes régions autonomes supranationales, avec chacune leur hymne et leur patois, appris à l’école, comme deuxième langue, après l’anglais ?
Ce serait, pour le plus grand plaisir du système dominant, la fin de la République et de la Nation France, mais ils sont nombreux à souhaiter cela, à droite comme à gauche, d’où leur tristesse, au soir du 29 mai 2005. Mais plus les Français sentent que leur modèle est en train de leur échapper, plus ils constatent que la mondialisation veut effacer tout repère national, plus ils s’accrochent à leur pays, qu’ils sentent comme un rempart, malgré ses imperfections. La fierté d’applaudir les médailles françaises n’est-elle pas une façon d’exprimer cet attachement au pays de la Révolution française, de la Commune, de 1936, de la Résistance et de 1968 ? Cela ne va pas être facile pour les mondialistes, les européistes et les régionalistes de contourner cette donnée nationale, très présente dans l’ensemble de l’Europe.
Lucette Jeanpierre
(1) http://www.ripostelaique.com/La-reforme-de-la-constitution-est.html
(2) http://www.communautarisme.net/Pierre-Hillard-La-constitution-europeenne-officialise-le-fait-ethnique-_a372.html
(3) http://www.ripostelaique.com/Regionalisme-defense-de-la-culture.html

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