La gauche censure en permanence le débat public, et la droite se couche

Publié le 21 octobre 2020 - par - 15 commentaires - 901 vues
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Il faut d’abord partir du citoyen et voir sur quoi les lignes nationalistes peuvent le faire vibrer. Les Français sont constitués de personnalités et de statuts multiples. Quand on en prend un dans la rue, il faudrait qu’on essaie de déterminer quelles sont les hiérarchies à l’intérieur de la personne. L’esprit consommateur est en concurrence avec le statut de citoyen. Être français demande des sacrifices. La corde sur laquelle il faut aller les accrocher, c’est la citoyenneté. Et après, nous serons en mesure de déployer un propos patriotique. Quoi de mieux pour attirer que d’aborder des domaines neutres qui renvoient à des fondamentaux et à la démocratie. L’idée de la citoyenneté avec le libre débat, l’engagement public, la vie civique, la vie associative etc. Sans ça, les sans-couilles iront là où va le vent et les électeurs contraints par la discipline voteront à l’aveuglette. La démocratie n’est pas juste faite d’hommes et de femmes éclairés.

En réalité, la droite a perdu. La droite n’est plus la droite. Vous n’êtes pas français parce que vous achetez un petit drapeau en plastique. Par ailleurs, vous n’êtes pas français comme vous êtes végan. Vous êtes français pour des raisons nobles. Vous êtes français parce qu’il y a eu derrière vous une cohorte de fidèles qui se sont battus pour que la France demeure. Excusez-moi de la révélation, mais les patriotes refusent le traditionalisme. Cela nous montre à nouveau la défaite de 1789. L’individualisme dominant récuse le principe de conservation surtout quand il s’associe à la thématique de la procréation. Tous ses éléments combinés encouragent à la destruction du passé. L’aspect politique de cette doctrine appelle à la révolution quotidienne. Tocqueville prophétisa la venue de l’exaltation de l’individualité. À savoir, des masses à la recherche constante d’une transgression naturelle. Un esclavagisme qui ne dit pas son nom.

Le peuple français a plusieurs fois démontré qu’il restait assez mature pour se montrer sensible aux conférences de quelqu’un capable de les prendre au sérieux. Le climat dans lequel nous vivons fait réfléchir sur une pédagogie et une séduction à exercer sur un peuple qui n’est plus disposé comme autrefois. Il y avait un patriotisme de la réaction. Quand vous êtes en 1910, forcément vous avez des petits patriotes qui sortent des écoles et il est alors facile de les entendre chanter à la gloire de la nation. Aujourd’hui, c’est beaucoup plus compliqué. Il y en a peut-être qui seraient prêts à se rallier contre les mouvements anti-France mais qui ne seront pas touché par ce que la droite raconte. Et pourtant, ils ont un grand nombre de sujets à apprendre. Je pense notamment à certains de ces gens qui trouvent en l’écologie un supplément d’âme et un surcroît de vie. La droite n’a rien envié en la matière. Elle a pensé l’écologie avant même qu’elle ne fut un mot dans l’esprit de ces jeunes gens du XVIIIe siècle qui contemplaient leur jardin et se disaient : « Que c’est beau la nature ! » Toute mon idée consiste à dire que la droite est la plus forte incarnation de l’ordre. La garantie pour le citoyen de trouver dans la rue, la sécurité.

La sécurité est la première des libertés. Sans sécurité, pas de liberté. Eh bien, c’est une pensée qui n’existe pas à gauche. Toutes les pudeurs de gazelles que les anti-Français adoptent pour ne pas stigmatiser et éviter le fond du problème. L’être collectif français en tant que référence est quasi éteint. Vivre dans le patriotisme est devenu un péché. La droite doit dire : « Nous serons la force qui garantira aux citoyens leurs libertés fondamentales. » La gauche censure en permanence le débat public. Des exemples ? Les universités, les médias etc. Que retenir de la société du XXIe siècle ? Une société, qui en perte d’identité, génère du stress et de l’angoisse. La langue est l’un des fondements de la culture en tant que tel et que nous sommes tous dépositaires et tributaires d’une langue. La perte de cette langue et la question des définitions s’y rapporte imminemment. Si nous ne sommes pas capables de bien poser les termes, de bien poser les mots — de bien définir de manière claire et concise un tas d’éléments, alors nous ne parviendrons pas à formuler une pensée. Il faut arrêter de faire des querelles de définitions et prendre une décision, une bonne fois pour toute. La France connaît deux définitions. Elle connaît la définition abstraite et universaliste révolutionnaire. La Nation, c’est cette réunion d’individus qui consentent à créer une société. Et elle connaît aussi, une définition plus incarnée qui apparaîtra un peu plus tard avec Louis de Bonald, Maurras et d’autres.

En bref, la Nation repose sur du concret. À la défense de cette nation, Maurras a avoué avoir été conduit par l’amour de la petite patrie. L’amour du local, l’amour du village, l’amour de la province, l’amour de la région puis l’amour de la France. Il était convaincu que la reconnaissance de sa culture, la reconnaissance de son autonomie locale ne sont pas du tout incompatibles avec la vigueur d’une Nation plus générale. Cette vision dite « concrète » s’est développée au XIXe siècle et fut exaltée par la Troisième République. Les hussards noirs allait dans les écoles et les campagnes, écrasant les langues régionales mais exaltant les terroirs, exaltant les paysages, exaltant les monuments et la boustifaille. Pourquoi au juste ? Faire des petits patriotes. La coexistence, elle a été jusqu’à la combinaison.

Souvenez-vous de Renan et de son ouvrage Qu’est-ce qu’une nation ? Ce vieil académicien breton – mais pas que – parla de plébiscite de tous les jours. Là on est dans la vision volontariste, civile et il l’associe immédiatement à des éléments de la définition plus traditionnelle. De la définition pré-révolutionnaire de la nation. L’existence d’une Histoire partagée, laquelle fonde le désir d’un présent et d’un futur commun. Une géographie partagée aussi. Un terroir, des habitudes, des mœurs et des coutumes. On consent librement à devenir « national », mais on peut être écarter si justement on ne respecte pas le principe de l’association. De la même façon que l’écartement peut s’effectuer lorsque nous ne sommes pas membre. Il y a cette dualité et elle peut servir la droite. Je dirais carrément elle doit servir parce qu’elle me paraît être le terreau idéal pour justement que la droite sache quoi dire.

En vérité la nation est le développement de la petite patrie, chère à son cœur, qui est le bout de la chaîne depuis votre famille jusqu’à la plus grande famille. Elle se confond avec la cité. L’existence de cadre national ainsi conçu paraît être une ultime condition à la préservation. Un projet nationaliste doit viser à maintenir ensemble les éléments constitutifs du territoire et s’il faut se méfier, je crois au contraire qu’il faut exalter chez les gens l’ensemble de ces cercles communautaires qu’ils tissent autour d’eux depuis la famille. Du club sportif en passant par le travail pour aboutir à l’union. Eh bien ceci, jamais la gauche ne le proposera. La gauche c’est l’individu, la gauche c’est la table rase. Il ne me semble pas qu’une définition civique, dirons- nous, soit exclusive d’une définition plus traditionnelle. Si on remonte à l’idée que se faisait les Grecs de la cité, la cité a pour caractère la volonté de déterminer collectivement un avenir, de cultiver une politesse entre ses membres qui rendent possible le dialogue et le débat, qui eux-mêmes  rendent possible cette détermination collective d’un avenir et surtout une géographie particulière. Il n’y a pas de « cité universelle ». Il ne me semble alors pas contradictoire que la France catholique, chrétienne accouche de la laïcité et du cadre civique que nous connaissons aujourd’hui. Sans parler, des droits de l’homme et des différentes libertés.

En ce qui concerne le localisme, il est évident que c’est la porte d’entrée. Ce qu’on appelle « localisme », c’est notre environnement. On est citoyen français mais on est avant tout l’enfant d’un endroit précis, élevé dans des paysages, des usages de coutumes locales, dans une langue qui a une nuance et une coloration incroyable. Les détails de la localité impriment nos sens, notre sensibilité plus fortement et plus durablement que la mère. Une fibre par laquelle on peut toucher les gens et les amener à prendre toute la mesure de ce qu’est la communauté nationale. À l’ère de la mondialisation, l’identité attire. Vivre avec une identité mondiale (« citoyen du monde ») ou européenne, c’est impossible. Le peuple apprend à nouveau qu’il est quelque part et pas n’importe où. Le localisme représente un fondement philosophique très noble. Il représente l’Homme enraciné dans un territoire donné dont il hérite. La notion d’ordre, vous aurez remarqué qu’elle a disparu.

En 2020, on ne parle plus d’ordre. On parle d’insécurité. Et la nuance est essentielle. La notion d’ordre a disparu au profit de celle de sécurité. Il convient désormais non plus de concilier l’ordre et la liberté. Il convient de concilier la sécurité et la liberté. La bonté des mœurs n’est plus la plus haute expression de notre protection contre les autres. La suprême expression de la protection, c’est la vidéo-surveillance. Toujours se poser des questions sur pourquoi des mots changent. Et sur pourquoi, certains disparaissent. L’ordre correspond à l’inscription dans un environnement référentiel, que l’on subit, mais qui n’est pas autoritaire. Pire, que l’on accepte. L’autorité du souverain se fait ressentir à travers les fonctionnaires mais dans l’ensemble, la vie de la personne s’effectue dans un cadre très peu autoritaire. Les prêtres et le roi ont subsisté par ces raisons. Ce n’est pas une autorité verticale qui s’exerce et cependant, ces gens vivent dans un ordre, ils reçoivent une tradition et savent comment les choses sont. Si le seigneur local venait à disparaître, on continuerait à respecter la chronologie telle qu’elle a été prescrite.

Hassan Ejaaibi

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