La gauche contre le réel, d’Elisabeth Levy : un hymne à la liberté d’expression

Publié le 30 avril 2012 - par - 2 057 vues
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C’est un titre un peu bizarre  qu’a choisi Élisabeth Lévy( 2) pour son livre. Il pourrait laisser penser à un contenu uniquement orienté à  démontrer que la gauche ne veut pas voir la réalité et surtout pourquoi la gauche  est contre le réel. Dès le premier chapitre intitulé : «  La liberté, voilà l’ennemi » on se rend compte que ce n’est pas tout à fait de cela qu’il s’agit…. ! Elle revient sur quelque chose de plus grave qui est plutôt de l’ordre de la liberté, elle prend le parti de défendre notre Liberté, c’est en tout cas comme cela que j’ai perçu les  300 pages de cet ouvrage fort intéressant.

En attaquant son premier chapitre par : «  Je ne partage pas vos idées et je me battrai pour que vous puissiez les défendre »…( phrase, que vraisemblablement Voltaire n’a jamais  prononcée mais dont les mots  résument bien le sens de son action pour la Liberté) elle pose le problème de la liberté (penser, parler), en opposition  à la peur de penser et, pire, la peur de s’exprimer, qui s’est installée en France depuis une bonne dizaine d’années… «  C’est vrai, mais on en peut pas le dire » : voilà aujourd’hui le postulat qui entrave, qui menotte  les esprits qui bâillonne la parole. La bien-pensance, aux commandes du paysage médiatique, commande tout et gare à ceux qui dévient du prêt à penser qu’on leur impose… ! Une auto-censure a fini par infuser à l’intérieur des cerveaux de nos concitoyens.

Pour ceux, qui ne veulent ni rentrer dans le moule de la pensée obligatoire, ni se taire : «  enfer et damnation » !  Daniel Lindenberg(4) avait défini, en 2002, les idées du bien et du mal et départagé  les intellectuels, une sorte de liste noire pour ceux qu’il estimait devoir classer dans le camp du mal ( écrivains, chercheurs, philosophes).

Dix ans plus tard, l’idée a fait son chemin et on a agrandi la liste aux journalistes qui s’expriment dans les médias, pensant qu’on les voit trop, qu’ils sont partout et qu’il serait temps de les faire taire… Leur noms  circulent, on les accuse de tous les maux, bien sûr le pire de tous : « ils font le jeu du Front national, ils lepénisent les esprits… ! Le Monde, Libé, le Nouvel Obs et d’autres, les ont a l’œil : « les journalistes réacs sont devenus un vrai filon » résume Le Monde(3)pensant, qu’en plus de ne pas penser comme il faut, ils font de bonnes affaires ! 

Quand on connaît cette jeune journaliste sa fougue, sa répartie et son courage, on comprend bien que de se voir maintes fois épinglée pour ses positions jugées inadéquates au « bien penser obligatoire » a dû lui chauffer la bile….  C’est avec énergie, profondeur et arguments qu’elle dénonce, cette chasse aux sorcières, cette  pratique digne des pires totalitarismes. La mise au pilori des gens qui s’opposent  au ronron du «  tout va très bien Madame le marquise » et que l’on qualifie de réacs, l’agace au plus haut point. Elle veut défendre ses collègues qui en sont l’objet et annonce, avec  sel  et humour, qu’il n’est pas question qu’elle rentre dans le rang. Elle en rit : «  je suis réac et j’t’emmerde » !

Elle analyse tout au long de son livre les anathèmes ou les procès faits aux uns ou autres, prenant du recul, ne justifiant pas toutes les positions. Elle s’offusque de l’impossibilité faite, aujourd’hui, aux esprits libres, de dire leur ressenti sur les bouleversements qu’a subis la société française. Elle amène sur le devant de la scène une question dérangeante : « le changement est-il forcément un progrès ? », elle aimerait que l’on écoute, au-delà de sa propre parole celle du peuple français.  Il est vrai qu’aujourd’hui on peut légitimement se demander si le beau slogan : la liberté des peuples à disposer d’eux-mêmes est encore de mise. Les peuples ne sont-ils pas tenus d’approuver obligatoirement les transformations que subissent leurs sociétés, changements que d’autres décident, justifient et approuvent à leur place ? Ne serait-il pas temps qu’on leur demande leur avis sur tout cela ? Hélas, si on parle des sujets qui dérangent on est réac, donc fin de l’intermède, rentrez à la niche !  A boycotter la pensée libre, à vouloir mettre sous le tapis tout ce qui dérange, la gauche ( d’où le titre La gauche contre le réel) n’a-t-elle pas pris des risques, n’est-elle pas responsable de ce qu’elle pensait  comme redoutable ?

L’auteur veut avoir le droit de débattre de tous les sujets dont on décide, d’en haut, qu’ils font consensus alors qu’il n’en n’est rien pour les gens d’en bas. Elle refuse qu’entre soi on murmure : «  c’est vrai, mais il ne faut pas le dire ». Elle pense que si c’est vrai on doit le dire, quitte à ce que nous ne soyons pas tous d’accord sur le sujet mais que nous en débattions  calmement, comme des grands, dans toute vraie démocratie. E Lévy ne demande rien d’autre. Nous encourageons nos lecteurs à lire cet ouvrage qui ne manquera pas de les intéresser. Avec un petit clin d’œil à  Georges Marchais, nous lui ordonnons cordialement : Ne vous taisez-pas  Élisabeth Lévy !

Chantal Crabère

(1) Elisabeth Lévy :  La gauche contre le réel Editions Fayard

(2) Journaliste qui collabore au Point, à RTL, à Direct 8. Elle s’exprime sur internet sur le site  causeur.fr et   anime le mensuel Causeur magazine. 

(3) Raphaël Bacqué Le Monde du 4 avril 2011

(4) Daniel Lindenberg . Le rappel à l’ordre : enquête sur les nouveaux réactionnaires  Editions du Seuil. Collection la République des idées.

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