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La gauche est morte quand Chevènement a quitté le PS

ChevenementHollande

En politique comme ailleurs, il peut arriver qu’un événement apparemment anodin ait des conséquences bien plus importantes que prévues, parfois par effet direct mais aussi parfois par ricochet. On appelle cela l’effet papillon.

Ainsi souvenez-vous du vote pour le traité de Maastricht en 1992 en France. Le oui l’emporta de peu, soutenu par l’essentiel de la droite de gouvernement (de Giscard à Chirac) à l’exception du trio Seguin, Pasqua et de Villiers. Au PS tout le monde défendit le oui sauf Chevènement.

Jean-Pierre Chevènement décida alors de quitter le PS pour fonder le MDC (mouvement des citoyens). Jeune je regardais cela alors de bien loin. Lors de la campagne contre le traité constitutionnel en 2005, je rencontrai alors des militants du MRC qui me dirent qu’ils avaient quitté le PS car à l’époque c’était l’aile gauche du PS (Mélenchon, Emmanuelli) qui était la plus enthousiaste devant le traité maastrichien alors que l’aile droite (Strauss-Kahn, Fabius) était plus réservée. Ils pensèrent alors que le combat devait être mené ailleurs.

Mais ce fut une grave erreur qu’ils purent constater immédiatement. En effet lors de la création du MDC, il recueillirent moins de la moitié des adhérents du Ceres (le courant de Chevènement à l’intérieur du PS). Les membres du Ceres avaient donc choisi en grande partie de rester dans le PS mais fragilisés sans leur chef. Deux mouvements faibles l’un à l’extérieur l’autre à l’intérieur du PS, voilà à quoi avait abouti le départ de Chevènement.

Que se serait-il passé sans ce départ ? Certes il y aurait eu une période plus ou moins longue de couleuvres à avaler. Mais après les défaites de 1993 (une belle raclée aux législatives) et de 1995, une possibilité de reprise du pouvoir à l’intérieur du PS se dessinait. Une prise de pouvoir qui aurait pu aboutir à une victoire d’une pensée anti-Maastricht dès les législatives de 1997 ou de 1998 (donc pas de traité d’Amsterdam ni de Nice). Et peut-être une victoire de Chevènement en 2002 sur ces valeurs.

Au lieu de cela le PS a perdu dès le premier tour en 2002 puis a accentué sa vision communautariste de la société, vision flagrante avec Hollande au pouvoir et cela a abouti aujourd’hui à la « culture » woke. Avec une disparition du PS qui semble inéluctable. Alors que sans le départ de Chevènement, le PS serait aujourd’hui vraisemblablement un parti républicain très important pesant de façon considérable sur le débat public.

Voilà, le départ de Chevènement du PS fut donc un événement majeur. Cela n’a pas abouti à la création d’un autre parti important et peut être considéré aujourd’hui comme le premier acte de la destruction de la gauche française. Gauche qui persiste dans son discours anti- peuple déguisé, discours qui pourtant l’a amenée à ce stade, et continue à courir vers des minorités qui la méprisent en toute logique illustrant ce mépris par l’abstention massive.

Maintenant j’écris ça avec un long recul. Peu de personnes ont vu, pensé ou écrit en 1993 que le départ du PS de Chevènement marquait le renoncement à une politique économique de gauche sur le long terme, une défaite idéologique dans ce domaine. La gauche est morte ce jour-là mais personne ne l’a su.

Platon du Vercors