La gauche et la préférence immigrée, d'Hervé Algalarrondo

C’est un livre au titre courageux, voire provocateur,  que vient d’écrire Hervé Algalarrondo (1)… Il va sans doute valoir à son auteur une volée de bois vert de la part de la gauche  dont il pointe d’une plume acerbe les choix, les positionnements   en faveur d’une « préférence immigrée ». Il met le doigt là où ça fait mal et là où le bats blesse à savoir qu’à vouloir faire le bonheur des pauvres de cette manière, on peut faire aussi leur malheur ! Il démontre, ce que nous avons dit maintes fois à Riposte laïque,  qu’à continuer d’ouvrir largement, et sans règle aucune, nos frontières aux pauvres de l’étranger on procure au patronat, ravi, une main d’œuvre à bon marché. A demander, comme le font les forces de gauche une régularisation de tous les sans papiers, sans se préoccuper du devenir de ces gens ( logement travail), on met en précarité des générations entières de personnes et parmi elles la classe ouvrière et des immigrés de plus longue date ainsi que leurs  enfants, Français aujourd’hui, baptisés  « enfants de  la diversité », dont certains d’entre eux pensent que c’est pour eux  qu’on a créé l’ANPE (2).  

Hervé Algalarrondo explique pourquoi les intellectuels de gauche se sont éloignés de la classe ouvrière et comment ils ont fait le choix d’un amour de remplacement en l’occurrence « « les pauvres de l’immigration » pour pouvoir perpétuer leur idéologie politique de gauche. Analysant les positions du communiste Alain Badiou pour qui le prolétaire  digne d’intérêt aujourd’hui est « le Malien de la plonge », il remonte  au fait que les intellectuels,( s’étant faits royalement jetés quand ils sont venus porter la bonne parole aux portes des usines, la mayonnaise n’ayant pas pris en 68),  auraient gardé une dent contre cette classe ouvrière et entamé un long divorce allant jusqu’au désamour de cette classe jugée ringarde et constituée d’affreux beaufs ! La gauche aurait alors, consciemment ou non, abandonné la classe ouvrière française, et lui aurait substitué une véritable population de remplacement,  du « sang neuf » afin que le communisme puisse ainsi redorer son blason en ayant de « nouveaux damnés » à se mettre sous la dent pour faire renaître la flamme révolutionnaire. (3) 

Dans un chapitre sur les idées inspirant le Think tank de la gauche intitulé : «  Terra nova: les ouvriers à la poubelle » (4) il rejoint l’analyse que nous faisions (5), expliquant comment la  gauche élimine de sa clientèle électorale la classe ouvrière. Algalarrondo insiste sur le fait que : «  Terra Nova n’a fait que théoriser la pratique quotidienne de la gauche aussi bien socialiste que communiste. Ce que n’ont pas supporté le PCF et le PS c’est le miroir que leur a tendu le club d’intellectuels de gauche ». Il pose alors la question : « Si la gauche politique était toujours animée par la volonté de porter les aspirations de la classe ouvrière, de résoudre ses problèmes, pourquoi diable celle-ci irait-elle s’égarer du côté du FN ? » Il accuse le PS et le PCF d’être devenus prolophobes sans en prendre conscience.  Il répond : «  C’est parce que la gauche apporte une fin de non recevoir à leur demande de protection que les prolos vont voir ailleurs ». Pour l’auteur il est naturel qu’une communauté nationale cherche d’abord à aider ses membres, y compris les plus récents, à savoir les immigrés de fraîche date LÉGALEMENT présents sur le territoire français. Pour lui les défenseurs de la généreuse volonté de  légalisation de TOUS les SANS PAPIERS ( baptisés ainsi pour rappeler les sans culottes de 1789) font gravement l’impasse sur les lois et le droit d’une nation à fixer ses règles et à les adapter aux possibilités d’accueil suivant les données économiques du moment,( la gauche de Léon Blum dans un pays en crise a renvoyé les travailleurs polonais).  La France n’a plus les moyens d’avoir la générosité d’antan ! Il rappelle la fameuse phrase de Rocard : «  la France ne peut pas accueillir toute la misère du monde, mais doit assumer sa part » qui date de 30 ans et que n’ont pas voulu vraiment entendre les gens de gauche depuis !  Assumer sa part  ne devrait-il pas se traduire en priorité par une action d’aide au développement des pays et à l’amélioration des conditions de vie des gens afin de les fixer dans leur pays, plutôt que de garder sur le territoire français des étudiants diplômés qui devraient être utiles dans leur pays ? 

Non, la gauche bobo reste persuadée que la France doit et peut accueillir toujours plus de personnes de l’immigration, mais dit l’auteur : « En matière d’immigration, la gauche d’en haut fait preuve d’une formidable générosité sur le dos de la France d’en bas. Quand on habite un quartier résidentiel, on a peu de chances de voir son environnement modifié en cas d’arrivée inopinée d’immigrés. Quand la France d’en haut clame que la France doit rester un pays « ouvert » il faut comprendre : la Seine Saint Denis, et les zones assimilées, peuvent accueillir davantage d’immigrés. Pas terrible comme générosité ». L’auteur épingle aussi, avec pertinence les militants des associations de défense des droits de l’homme qui « exercent souvent des métiers- fonctionnaires, médecins, avocats- qui sont loin d’être complètement ouverts. Ils sont protégés de la concurrence étrangère (à l’inverse des classes populaires). Dans la fonction publique, on est au-delà de la « préférence nationale » : il s’agit d’un « monopole national »… Si les donneurs de leçon commençaient par donner l’exemple…. et proposaient l’ouverture de leur profession ? ». 

Les derniers chapitres du livre sont un peu plus fouillis, on y dénonce cependant l’accusation facile de racisme et la mise au pilori de plus en plus fréquente  de bien des personnes, le livre  revient notamment sur le cas Laurent Blanc. 

Dans son chapitre la non-fierté d’être français, l’auteur insiste avec justesse  sur la responsabilité de certains intellectuels dits de gauche ( Badiou, BHL par exemple) de nous faire désaimer  la France. Il cite  BHL qui, à propos de l’hexagone, disait cette phrase terrible : «  je sais son visage d’ordure, la ménagerie de monstres qui y habitent ». L’auteur poursuit : « Si nos hommes politiques concluent leurs discours par :Vive la République, vive la France ! » les intellectuels de gauche entonnent plutôt : honte à la République, honte à la France. » Nous ne pourrons qu’approuver le rappel de cette constatation que nous avons maintes fois dénoncer en soulignant la responsabilité de ces intellectuels dans la montée de la haine pour notre pays, et de la communication de cette haine aux nouveaux immigrés accueillis sur notre territoire ainsi qu’à leurs enfants nés en France et de nationalité française. 

Alors sur de nombreux points nous serons d’accord avec ce livre parce qu’il dit, enfin, tout haut ce que le petit peuple d’en bas, (et pas que celui-là), a constaté  depuis plus de vingt ans. Quand il dit (p 37 ) que l’affirmation : «  la France et l’Europe ont besoin d’une immigration légale pour construire leur avenir » est un pur acte de foi sans aucun fondement économique et…. que » la priorité de la France qui connaît une vitalité démographique devrait être de donner du boulot aux travailleurs déjà présents dans l’hexagone, quelle que soit leur date d’arrivée » il est sur la bonne voie ! Quand il se demande (p 62) : « Comment remettre un peu de bon sens dans la gestion des flux migratoires, les faire dépendre à nouveau, au moins partiellement, de la situation économique ?  » Il va dans le bon sens et rejoint nos positions ( demandant responsabilité et  cohéren
ce politique à une gauche qui n’en a, hélas, que faire !) , que nous avons avancées depuis toujours. 

Mais au chapitre intitulé : l’affaire DSK la préférence gallinacée, chapitre à la démonstration floue et emberlificotée nous aurions préféré, pour rester plus dans le sujet, une analyse sur  les transformations  qu’a subi la France depuis 30 ans. 

Nous aurions aimé à partir de ses propos : « Quand on habite un quartier résidentiel, on a peu de chances de voir son environnement modifié en cas d’arrivée inopinée d’immigrés » que l’auteur analysât et développât ce point précis, Qu’est-ce que cela  signifiait ? Comment et en quoi les flux migratoires modifient notre environnement ?  Il ne parle pas du tout, ou effleure seulement, du véritable tsunami qu’a subi la France et le peuple français face à ce choix de la « préférence immigrée » depuis 30 ans. Bouleversement, séparatisme  culturel profond, perte de nos repères quand ce n’est pas  honte de nous-mêmes, violence et insécurité dans certains quartiers perdus de la République s’accompagnant de la domination de plus en plus forte de la pression des intégristes religieux, avec un travail de sape régulier de la laïcité française. Pourquoi a-t-il fallu nous renier  pour ne pas froisser nos nouveaux hôtes, jusqu’à modifier par exemple nos programmes d’histoire, le fonctionnement de nos hôpitaux ou la nourriture des enfants dans les cantines scolaires  par exemple ?  Il eût fallu aborder tout cela en profondeur, mais sans doute on l’aurait accusé alors de faire le jeu du front national. Courageux sans doute mais pas téméraire ! 

Ce livre aurait mérité d’être plus poussé plus approfondi, on a  l’impression qu’il est écrit à la va-vite et un peu dans l’urgence pour obliger la gauche à revoir sa copie sur le sujet de l’immigration avant les élections de 2012 afin de grignoter des voix au FN dont le score supposé inquiète! La gauche acceptera -t-elle ce réquisitoire et entendra-t-elle cette analyse et ces critiques ? Pas sûr  à  en croire Sandrine Mazetier (6)qui est montée au créneau dans le numéro 753 de Marianne. L’auteur est déjà accusé  de céder à la zémmourisation des esprits ! Le vilain mot est lâché, l’injure est là suprême et coupante ! L’auteur  savait certainement qu’il y aurait droit,  nous espérons qu’il sera au dessus de cela !  

Chantal Crabère 

(1) Hervé Algalarrondo ( journaliste au Nouvel Observateur) vient de publier : La gauche et la préférence immigrée  Tribune libre chez PLON 

(2) Allusion à un clip d’un groupe « 113 » de Vitry : C’est pour nous qu’ils ont créé l’ANPE, nous les jeunes issus de l’immigration, il y a une queue d’un kilomètre pour gagner trois pépètes, si j’peux permettre qu’ils aillent se faire mettre. 

(3) Il rejoint l’idée de Renaud Camus sur le peuple de remplacement 

(4) Il faut écouter  l’excellente émission de France culture « Répliques » de Alain Finkielkraut mettant face à face  Olivier Ferrand de Terra Nova et Jean François Kahn. 

www.franceculture.com/player?p=reecoute-4285975

3 sept. 2011 – Samedi 1 octobre 2011 | aide · direct · (re) écoute · ma radio  Invités :Olivier Ferrand et Jean-François Kahn. partager. Podcasts. podcats  

(5) Si vous êtes ouvriervieux ou pas diplômé vous n  – Riposte Laique

ripostelaique.com/sivousetesouvriervieux-ou-pasdiplomevous

(6) Mme Mazetier a du mal à reconnaître les erreurs de son parti. A l’Assemblée Nationale dans le cadre de la mission Gérin sur le voile, elle s’était offusquée des propos de Sihem Habchi et de Elisabeth Badinter qui rappelaient que la gauche en 1989 n’avait pas du tout défendu la laïcité et avait accepté le voile à l’école. 

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