1

La gauche méprise le peuple, et les ouvriers l’ont compris

 

Je viens d’une famille où tout le monde est à gauche (oncles et tantes, cousins, parents). Où voter PS c’est la limite. J’ai donc été élevé dans cet état d’esprit. Adolescent j’ai senti que quelque chose n’allait pas mais je n’ai pas su alors l’analyser. Puis j’ai compris et c’est en fait tout simple.

La gauche française méprise les ouvriers et les employés. Elle les plaint et souhaiterait les sortir totalement de leur condition en supprimant éventuellement leur métier, ce qui serait absurde car toute société a besoin de cette main-d’oeuvre. L’éducation et l’instruction que j’ai reçues avaient entre autres pour but de m’éloigner de tout métier manuel. L’artisanat n’avait pas d’avenir à leurs yeux. J’ai compris seulement à vingt ans qu’un bon plombier gagnait très bien sa vie. Je n’ai pas de regret personnel, je n’étais pas doué a priori pour cela. Je me souviens d’une anecdote où une personne de ma famille avait émis une opinion extrêmement négative sur un ancien condisciple de son fils car il était devenu pizzaïolo en abandonnant ses études scientifiques.

J’ai compris que certains métiers manuels demandaient une extraordinaire intelligence. La fabrication d’un instrument de musique exige une précision parfaite. Un mauvais coup d’un outil et il sort un fa au lieu d’un sol. Il a fallu créer des abaques d’une grande exactitude pour maintenir ce savoir-faire. Il en va de même pour d’autres fabrications (meubles, outils, machines) où aucune erreur ou approximation n’est permise.

À côté de cela, avoir lu les livres n’est pas grand-chose (même s’il ne faut pas tomber dans le piège  inverse, à savoir le mépris à l’égard des intellectuels). Peut-on se permettre de regarder de haut celui qui vient réparer chez vous parce qu’il ne sait pas qui est Nietzsche ou Jean-Jacques Rousseau ? Avec le recul, toutes les lectures de ma vie relevaient du loisir, du temps libre que j’avais. Bref, un luxe qui ne me permet en aucun cas de mépriser celui qui n’en a pas bénéficié.

Évidemment ce mépris n’a jamais été officiel et le discours ouvriériste a perduré. Mais que penser d’une personne qui prétend défendre les ouvriers tout en espérant que surtout son enfant ne le devienne pas ?

Vous comprenez mieux l’effondrement électoral de la gauche. Quand elle se permet de mépriser le prolétariat, celui-ci, à un moment, le saisit et cesse de voter pour elle. Les ouvriers ne votent plus beaucoup à gauche et c’est logique. Personne ne veut voter pour quelqu’un qui le regarde de haut et juge négativement le métier qu’il exerce.

Il y a beaucoup de raisons pour que la gauche ait perdu nombre de ses électeurs. Mais le mépris des ouvriers est la principale et cela semble irrémédiable.

Platon du Vercors