La Gauche, Sainte Église de la bourgeoisie : la théocratie numérique

Nous voilà sortis de l’ère chrétienne. Philosophe catholique, Chantal Delsol nous l’assure dans son dernier ouvrage, La fin de la chrétienté.
Cette sortie de route civilisationnelle est inquiétante, car la culture chrétienne était ce socle qui maintenait notre pays au-dessus des boues de la barbarie, devenues bien torrentielles depuis quelques temps.
Hélas, on ne se débarrasse pas nos cadres de pensée si facilement.
Si nos classes dirigeantes ont un tel mépris, voire une haine si assumée pour « la France d’avant », c’est peut-être parce qu’elles n’arrivent pas à sortir de leurs propres structures sociales traditionnelles. J’ose même me demander si elles peuvent vraiment vivre sans.

Considérez cette possibilité, vous qui lisez ces lignes, que nous sommes entrés dans une France post-catholique.
C’est-à-dire que nous avons une classe dominante qui hait son héritage, mais qui en a travesti les principes pour dominer le plus durement possible les moins nantis, ainsi que les amoureux de la liberté parmi lesquels vous ne manquerez pas de vous reconnaître.
Dans cette France post-catholique, donc anti-catholique et bigote jusqu’à la tartufferie, nous avons une Église nouvelle.
Cette Église dont le Dieu est l’État, c’est la Gauche, gardienne des bons sentiments, de l’ordre social et moral. Les journalistes et les universitaires en fournissent l’essentiel du clergé. Vous les entendez ? Chaque fois qu’ils ouvrent la bouche, c’est un sermon.

Le néo-féodalisme est déjà là
Depuis la Révolution industrielle, le monde va à toute allure. La terre souffre et le peuple saigne. Mais il y a pire…
Oui, bonnes gens, bien pire que ça ! Les grands bourgeois, seigneurs ici-bas, sont sans arrêt à devoir se remettre en question pour assurer leur domination !
Connaître toutes les combines pour que leurs mômes parviennent directement aux meilleures places ne suffit plus ! Il faudrait que leur progéniture se mette à réfléchir… Et même – quelle ignominie ! – qu’elle montre à tout instant qu’elle a raison de gouverner par son mérite, sa sagacité et son intelligence. Alors que tout de même, les beaux et les bons sont nés pour régner, puisqu’ils sont déjà nés dans la pourpre – quelle injustice !
Normalement, se disent nos élites autoproclamées, lorsqu’on a instauré un monde de paix et d’amour aussi rutilant que le nôtre, et surtout, lorsqu’on a atteint le sommet de la pyramide sociale, on devrait dominer pépère pour mille ans. Dix mille ans, même !

Le monde doit décélérer, se disent nos bons princes. Il faut des structures pérennes. Un peu comme au Moyen Âge. Sauf que le Moyen Âge, c’était une période d’essor, de jeunesse, d’agitation, où chacun devait prouver sa valeur pour garder sa place.
Fi de tout cela, manants ! Nous instaurerons, disent nos oligarques, un monde parfaitement rigide : une utopie pour nous, une dystopie pour les autres.
Pour ça, et parce que la mafia est notre modèle néo-féodal, nous diviserons comme nos ancêtres la société en trois : c’est le fonctionnement naturel d’une société, saint Dumézil m’en soit témoin !

En haut, les puissants, dont le rêve est de vivre trois cents ans en se faisant remplacer tous leurs organes. Avec des implants, on arrivera peut-être à les faire sortir de l’humanité. À en faire des X-men dotés de super-pouvoirs ? Après tout, nous sommes face à des fanatiques du dieu Mammon. Ils vivent dans l’illusion qu’il suffit d’appuyer sur un bouton pour fabriquer des sous à l’infini. Pas étonnant qu’ils se croient tout-puissants…
Tout en bas, il y a les serfs et autres Gilets jaunes. Ceux qui ne peuvent pas voyager, parce que ça coûte trop cher, que ça pollue trop, et parce qu’obtenir un passeport pourrait impliquer, d’ici quelques temps, que vous soyez cobaye d’on ne sait combien de protocoles médicaux. Et c’est bien le diable que la roture ne se laisse pas pucer, comme le bétail, pardi ! Elle est encore moins utile que lui à ses bons princes…
Or c’est entre ces deux classes que se situe le pouvoir tel qu’il s’exerce au quotidien. Celui du clergé, des « sachants », ou plutôt, de ceux qui transmettent l’information.

Au somment de la pyramide, après tout, la bourgeoisie financière règne grâce à de l’argent entièrement numérisé, une police dirigée à la baguette et une armée qui lui est assez peu favorable. Sa domination est donc fragile, d’autant plus que l’absence de renouvellement de classe lui fait faire, de plus en plus, l’économie de l’intelligence. C’est pour cela qu’elle a besoin du clergé, et qu’elle lui délègue le pouvoir.
Car dans un monde où le réel n’existe que par la représentation qui en est faite, c’est celui qui fait l’intermédiaire – donc les médias – qui exerce le pouvoir réel.
Ce pouvoir exercé pour « l’élite » financière, profite à tout le clergé post-catholique et à la classe sociale qui gravite autour de lui : bourgeoisie « bohême », « de centre-ville », ou « des grandes métropoles ». Appelons-la plutôt ici la bourgeoisie de gauche, néo-cléricale ou néo-féodale.

Théocratie numérique
La Renaissance nous a dépeint le Moyen Âge comme une période atroce, surtout caractérisée par la rigidité sociale et la brutalité des rapports humains. De l’intérieur, l’essor de l’Occident était bien différent : c’était une période de très fort dynamisme et de raffinement, mais aussi marquée par des moments de fragilité, de catastrophes.
Sans une structure sociale solide, rien ne tenait, ni contre les invasions permanentes, ni contre les ambitions dévorantes, ni contre les cataclysmes qui arrivent tôt ou tard sur des longues périodes, comme la peste noire par exemple.

Le néo-Moyen Âge qui vient est tout l’inverse. Même s’il cherche la solidité, au fond, il espère être court, car il n’a d’autre but que d’assurer la transition vers la « surhumanité » d’une élite autoproclamée qui veut s’affranchir de la mort.
Et à peine entamée, cette ère est déjà écrasante, laide et inhumaine ! Au moins, la révolution industrielle entendait dépasser la finesse de l’art gothique et vendait le rêve des vacances à la mer. Tout ce que vend le techno-féodalisme, c’est cette peste bubonique qui voit les écrans, ces purulences du réel, se multiplier partout.
Or, pour vous cuisiner la soupe immangeable de l’idéologie contemporaine, il faut bien un clergé qui vous rabâche que l’univers numérique – devenu métavers où l’on est arraché de son corps, et où l’on vit par procuration – c’est le paradis.

C’est ce nouveau clergé que nous analyser dans la deuxième partie.

Gary Laski
Écrivain et philosophe

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10 Commentaires

    • Heureusement que j’ai lu les commentaires avant d’écrire le mien.
      Orthodoxe, je constate que les chrétiens d’Orient (et accessoirement les chrétiens de Russie, hihihihi) eux, ne se renient pas.

      https://www.youtube.com/watch?v=4UIG0j6bXcE

      Nombre de protestants non plus d’ailleurs.

      Les pauvres catholiques se payent ce pape bizarre, pape qui en est à supprimer tous les rituels catholiques, en préférant les rituels païens et supprimant les rituels anciens.

  1. Marx a clairement défini ce partage « social » en classes.
    Des prolétaires aux hyper-capitalistes, chaque « bloc », défini selon sa « richesse…ou sa pauvreté, constitue une « classe sociale ».
    En 2022, la classe la plus nombreuse est celle des démissionnaires-abstentionnistes!
    La bourgeoisie qui a pris le pouvoir en France, les financiers français sont désormais alliés et vassaux de la finance mondialisée, de ces quelques dizaines de multimilliardaires qui possèdent le monde.
    Parlez-nous des Bilderberg, des G20,G8,G5, G1, de Davos qui est leur QG de campagne opérationnelle, de l’ONU, du NATO, du FMI, de la BM; des « tribunaux internationaux et autres instances mondiales créées par les US.
    Les religions et les dieux ne sont que des créations des hommes, les plus félons, pour asservir les plus crédules. Les croyances, cet opium des peuples, ont été remplacées par l’audio-visuel crétinisant.
    Mettez votre base de données à jour.

  2. Très brillant, j’attends la suite.
    Quand même, je me pose des questions.
    Car de nos jours, il y a beaucoup de gens très instruits, qui ont un vrai goût pour la connaissance et qui la place au-dessus de tout, leur curiosité étant leur principale raison de vivre.
    Comment des gens, qui sont plus nombreux qu’au Moyen-Age puisque l’instruction est plus répandue peuvent-ils s’accommoder du monde actuel sans en voir l’horreur ?
    Vous dites que l’Armée n’est pas favorable au monde actuel. Hélas, sa haute hiérarchie se montre bien servile en général.

    • Hélas toutes les hiérarchies se sont couchées devant la finance, toutes !

  3. La gauche vénère les heures sombres de la révolution de 1789 notamment la terreur et l’éradication du catholicisme souvenons nous de la création de l’être suprême, du calendrier révolutionnaire avec pluviose, ventose, frimaire etc.. Ce fut un échec mais la gauche ne désarme pas depuis plus de 40 ans ( Mitterrand) et est sur le point d’arriver à ses buts.. Je suis optimiste la gauche extrême sera éradiquée comme le PS..

  4. mais pourquoi le peuple devrait régner ? il ferait mieux? non ! absolument pas il ferait pareil et même pire peut-être, c’est enfumer le peuple que de lui faire croire que le peuple doit dominer, c’est impossible ! Dominer c’est imposer sa façon de voire, c’est tout , l’être humain n’est pas fait pour dominer sur l’homme, vous ne l’avez toujours pas compris après des millénaires de domination humaine sur les humains ? IL vous faudra encore combien de millénaire pour que vous compreniez cela ? Non, soyons sérieux , il est temps que tout cela s’arrête… Malheureusement tout cela va s’arrêter quand l’être humains sera passé a l’autodestruction mondiale .

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