La guerre, une solution à la crise ?

Je regardais un épisode des ‘’Thibault’’ de Roger Martin du Gard dont j’avais lu le roman voici quelques années, et je me suis posé cette question sur les véritables causes de la guerre.
Par certains aspects, l’époque actuelle où nous vivons évoque des similitudes avec celle d’avant la grande guerre. Le capitalisme outrancier, la revanche des églises, le prolétariat bafoué, tout représente un cocktail explosif comme avant 1914.
Certes la guerre en Europe, du moins entre les nations, n’est plus possible, car les intérêts ne sont plus ceux des capitalistes français, anglais, allemands, italiens, russes ou américains. Maintenant le capitalisme est devenu global ; mais pour celui-ci qui vient de subir une sérieuse crise financière, en jouant honteusement sur la spéculation outrancière, recherche un nouveau moyen de s’enrichir plus rapidement autrement que la bourse ou l’immobilier.
Pour ces possédants le seul moyen rapide et simpliste de s’enrichir ne serait-ce pas la guerre ? Comme l’ancien président américain G.W. Bush avait relancé l’économie et surtout la bulle spéculative grâce à ses guerres dite antiterroristes contre les talibans Afghan puis colonisatrices contre l’Irak pétrolifère.
Maintenant que le nouveau président veut faire revenir ses troupes et relancer son économie tout en s’opposant aux stocks options et aux dividendes colossaux des dirigeants des globales compagnies, la période spéculative risque d’être très longue pour les riches financiers.
Quoi de plus rapide qu’une bonne guerre dans la veille Europe pour relancer rapidement l’économie mondiale?
Mais plus une guerre imbécile entre états européens, non une guerre entre civils, entre chrétiens et musulmans, entre croyants et non croyants, voilà de quoi donner du baume aux militaires et aux religieux. Le retour du glaive et le goupillon.

Dans les usines, dans les friches industrielles, des milliers de travailleurs sont laissés sur le carreau. Parmi tous ces chômeurs, et notamment chez les jeunes on trouve de tout : des délinquants, des athées, des chrétiens, des musulmans, des juifs des socialistes, des républicains, des royalistes, des communistes. Tous ces exclus de la richesses sont remontés contre le capitalisme, contre celui qui exploite, qui détruit le travail dans les pays industrialisés pour délocaliser et faire travailler des esclaves, des sous-hommes affamés, en Chine en Inde ou dans les pays émergents.
En Europe, depuis longtemps cette caste dirigeante, nostalgique des anciens régimes dictatoriaux veut détruire les états nations et aspire à faire d’avantage de régionalisme, des petites baronnies sans loi selon le vieil adage « diviser pour mieux régner ». Cette idée est appuyée par une intelligentsia hypocrite dite ouverte à toutes les cultures surtout spirituelles.
Ces nouveaux clercs toujours prêts à trahir comme l’expliquait Julien Brenda dans son roman s’attaquent aux lois des états et surtout à celles de notre république et, notamment celle sur la laïcité (elle doit être nettoyée voire abolie) aidés en cela par la vigueur des clercs religieux.
A début du vingtième siècle, l’église catholique qui contrôlait tout n’a jamais acceptée la loi de 1905 sur la séparation de l’église et de l’état, car pour elle il existe une seule loi dite de subsidiarité ; celle qui descend de Dieu et doit contrôler les âmes et les esprits. Pour elle, la république ne doit pas juger les hommes et leurs comportements moraux. Aussi, l’église de Pie X a fait chèrement payée à la Gueuse cette loi instaurée par ce brave Clemenceau, alors ministre de l’Intérieur.
Maintenant celle du Benoit XVI a trouvé un allié de poids avec l’Islam qui fut longtemps l’éternel ennemi de Rome. Depuis près de cinquante ans, grâce à l’apport d’une main d’œuvre corvéable africaine, magrébine, turque, bosniaque et orientale, la religion musulmane s’est solidement implantée en Europe, au point de devenir le second groupe de pression religieux.
Désormais l’Islam religieux et politiquement correct est devenu progressivement un Islam de combat avec ses structures organisées profitant des institutions pour mieux asseoir son prosélytisme dans un terreau mou d’une démocratie chrétienne. Ce que l’Islam conquérant n’a jamais pu défaire par la force, il le fait par le biais démocratique.
Fortes de cette alliée, les églises chrétiennes restent inquiètes de cette poussée musulmane et veulent de nouveau récupérer leurs ouailles et âmes perdues. Mais comment récupérer les fidèles qui sont allés rejoindre les syndicats, les socialistes, les communistes et républicains athées ?
Le Panzer Pape réfléchit aussi vite que les financiers : « Rien de telle qu’une bonne guerre contre les musulmans, contre les juifs, une bonne Croisade pour reconquérir la France (la fille aînée) et le tombeau du Christ Roi en Palestine ».
L’Islam aussi est prête à une guerre contre l’Infidèle afin de garder ses acquis sur l’Europe, elle aussi veut récupérer ses parjures syndicalistes, socialistes ou communistes. Dieu est grand et miséricordieux, il pardonnera tout au bon fidèle qui respectera la charria.
Alors que tout ce beau monde (les financiers, les religieux) est fin prêt pour une mondiale conflagration, les politiciens européens veulent ignorer cette éventualité ; coincés dans leur bulle, dans leur utopie, dans leur manigance, ils attendent une hypothétique et éventuelle relance : « On la voit venir, disent-ils, mais pas avant 2010 ».
Un siècle plus tôt les hommes politiques voyaient venir la guerre. L’empereur d’Allemagne et son collègue autrichien encerclés par la triple Alliance (France, Royaume-Uni et Russie) s’armaient. Déjà les Balkans chauffaient ; les Turcos musulmans bosniaques et albanais se battaient contre les serbo-croates chrétiens.
En1914, la France était partagée entre les revanchards et les pacifistes. Le combat mené contre l’église avec la loi de 1905 avait laissé des séquelles douloureuses dans les esprits. Les républicains radicaux et les modérés s’étaient alliés avec les socialistes pour faire passer cette loi dite scélérate. Mais entre les amis de Clemenceau (l’Aurore) et ceux de Jaurès (l’Humanité), le contrôle du pouvoir passait bien avant l’avenir de la République ou de la Nation, laissant ainsi la voie ouvertes aux nostalgiques royalistes et bonapartistes.
La Guerre était inévitable et ne fut pas évitée.
Plus tard, nombreux furent les gens de la gauche internationaliste qui reprochèrent beaucoup à Georges Clemenceau d’avoir usé de la force (mutinerie) pour gagner la guerre, mais le peuple ne se fut pas trompé en reconnaissant dans le Père la Victoire celui qui sauva la république.
Bien sûr, les gens de gauche admirent toujours le socialiste Jean Jaurès, le symbole du combat pacifiste, du combat des mineurs et des ouvriers, du combat pour la justice sociale, mais peut-être l’admirent-ils surtout d’avoir été assassiné ? De n’avoir pas terminé son œuvre ?
Si ce pauvre Jaurès, maintenant récupéré par une fange d’une droite nauséabonde, aurait été aux pouvoirs durant la Grande Guerre, aurait-il fait gagner la France ?
Ou bien comme ses illustres et malhabiles successeurs (Blum, Mollet, Jospin) aurait-il mené le parti des socialistes dans la défaite ?
Mitterrand, le seul meneur du parti socialiste qui n’en était pas un, à qui d’ailleurs la bourgeoisie lui en veut beaucoup d’avoir trahi sa caste, a gagné la paix sociale. Il a su, tel Machiavel, gardé le pouvoir pendant quatorze ans, en réussissant l’exploit de trahir le peuple de gauche afin de sauver les valeurs républicaines dont l’identité laïque et les services publiques, face à la dérégulation et au libéralisme germano anglo-saxon mené par Khôl, Thatcher et Reagan.
Maintenant l’Europe en proie au démantèlement de ses états, de ses services publiques et régaliens, est attaquée par un libéralisme spéculatif à la solde des lobbys financiers, la porte est grande ouverte à tous les marchands surtout à de croyance et de canons.
Leurs politiciens mentent, la justice se montre injuste et impitoyable contre les travailleurs, la corruption prend de l’ampleur. Les riches deviennent plus riches et les classes moyennes plus pauvres. La Vérité, la Justice et la Raison, ce sont les trois valeurs qui doivent gouverner le monde mais qui ne sont rarement respectés. Tant que les puissants courront à la cupidité et au pouvoir, les guerres leur seront utiles et nécessaires.
En tout cas, je pense qu’actuellement, en Europe, les politiciens de droites comme de gauches sont incapables de prendre une position contre les spéculateurs et contre les religieux et je crains que l’activité économique et la relance mondiale passera par une autre guerre mondiale.
Messieurs et mesdames les pacifistes, les bons apôtres, les angélistes, les donneurs de leçon, les directeurs de conscience j’espère que cette chronique ne sera pas une prédiction et sujet d’un prochain roman de science-fiction…
Georges Essubor
Auteur de : « Dans le Brouillard du Passé »,
et « Harmonie vers un monde nouveau » parus aux Éditions Persée.

image_pdfimage_print