La journée sans immigrés, une grossière manipulation

L’on connaissait déjà la journée sans voiture, la journée sans achat ou la journée sans téléphone portable. Le 1er mars prochain, nous aurons la journée… sans immigrés. Il ne s’agit nullement d’une initiative de M. Eric Besson, mais de celle de Mme Nadia Lamarkbi, journaliste au Courrier de l’Atlas, fondatrice du collectif « La journée sans immigrés – 24h sans nous ».
Ainsi, le 1er mars 2010, les immigrés et leurs descendants seront invités à cesser toute activité afin de montrer l’importance du travail des immigrants pour l’économie française. Encore une fois, point le lieu commun sans cesse ressassé de l’apport décisif, voire essentiel des étrangers à la prospérité de la France. Etrangers qui (mais est-il vraiment utile de le préciser ?) sont ouvertement méprisés par les Français et leurs élites et victimes de la discrimination et du racisme perpétuellement à l’œuvre dans la société française. Le manifeste de ce collectif refuse ainsi que « les bienfaits passés, présents et futurs des immigrés qui ont toujours construit la France soient ainsi niés d’un trait ».
Certes, il serait de mauvaise foi de nier l’apport d’un certain nombre d’étrangers à la communauté nationale. Toutefois, il serait de non moins mauvais foi de nier que cet apport est proportionnel à cette catégorie de la population : minoritaire. Mais foin de ces nuances pour les membres du collectif. Pour eux, sans immigrés, la France ne marche pas ! Les Français « de souche » seraient-ils donc d’affreux esclavagistes qui se serviraient de la main d’œuvre immigrée pour faire tourner le pays, car trop paresseux pour mettre leurs mains dans le cambouis ? La réalité est peut-être un peu plus complexe : si les métiers manuels étaient revalorisés et correctement rémunérés, il n’y aurait sans doute pas besoin de faire venir des travailleurs étrangers exploités et sous-payés…
Le collectif va plus loin en affirmant que « l’immigration n’est pas un problème, mais une richesse ». Comme bien d’autres associations antiracistes avant lui, ce mouvement assène un dogme auquel nous sommes obligés d’adhérer. Mais là encore, la réalité est probablement bien moins simple qu’il n’y paraît. Si je suis intimement convaincu que l’immigration zéro est un miroir aux alouettes, le tout-immigration que prônent ces mouvances est tout autant irresponsable. Seule une immigration limitée et fortement régulée peut être bénéfique à la France. L’on ne peut assimiler convenablement des millions d’étrangers, ni leur assurer un avenir correct, sans même parler du coût de l’immigration.
D’après une étude de Gérard Pince, ancien expert financier auprès de la Banque mondiale et du FMI, l’immigration des pays tiers se solde par un déficit annuel de 50 milliards d’euros, ce qui représente 84% du déficit global de l’Etat et ne manque donc pas d’avoir un impact non négligeable sur nos finances publiques et nos comptes sociaux.

L’on pourra se récrier à la vue de ces chiffres en protestant que les immigrés sont des êtres humains et non pas des bilans économiques. Cependant, pour le collectif de Mme Lamarkbi, l’immigré est présenté comme un homo oeconomicus et non comme un citoyen, le but ultime de la journée du 1er mars étant de faire pression sur les pouvoirs publics par le biais de la consommation et donc de l’économie. Cela n’est guère surprenant : cette « journée sans » est directement inspirée du « Great American Boycott » du 1er mai 2006 (non férié aux Etats-Unis) où les personnes d’origine hispanique ont boycotté le travail et la consommation pour faire pression sur le Congrès dans le cadre de la réforme sur l’immigration. Toutefois, le Manifeste du collectif s’indigne de l’entrée en vigueur en 2005 de la loi CESEDA, le « code des étrangers », qui promeut une immigration choisie sur critères économiques. L’on a peine à croire qu’un mouvement considérant les immigrés comme une force économique, fustige cette même variable économique lorsqu’elle émane du gouvernement…
Mais les vraies motivations de ce boycott ne résident pas dans ces considérations économiques et sont beaucoup moins avouables. Bien qu’elle s’en défende, l’approche de l’action prônée par Mme Lamarkbi est bien communautariste. Il s’agit bien de constituer la population immigrée en minorité agissante afin qu’elle puisse « défendre ses droits », comme il est affirmé dans le Manifeste. L’on notera au passage que les devoirs, eux, sont soigneusement escamotés… Ainsi, le collectif tombe à pieds joints dans le piège tendu depuis le début des années 1980 par une gauche qui a abandonné ses fondamentaux, à savoir la défense des classes populaires.
Le discours antiraciste s’est ainsi substitué au discours social, car il fallait bien donner un os à ronger au peuple de gauche qui avait perdu ses repères. Et les Français dans tout ça ? Ils sont encore culpabilisés. Pour Mme Lamarkbi, « au quotidien, le poids du regard d’une certaine frange de la population, tantôt compatissant, tantôt méprisant, se ressent ». Une fois de plus, les habitants de ce pays sont étiquetés racistes, chauvins, xénophobes. Il n’en fallait pas plus pour qu’apparaisse, en filigrane, le débat sur l’identité nationale.
Selon Mme Peggy Derder, vice-présidente du collectif, « il n’existe aucune définition de l’identité nationale qui fasse sens. Personne ne peut en proposer une et encore moins en imposer une ». Tout est dit ! Il n’est certes pas aisé de définir ce qu’est l’identité nationale, mais ce débat, s’il n’avait pas été bâclé, aurait pu rendre cette tâche moins ardue. Au fond, ce qu’il convient de retenir, à travers cette déclaration, est qu’il n’y a pas et qu’il n’y a jamais eu d’identité nationale. La France n’est qu’une auberge espagnole où chacun trouve ce qu’il apporte. L’identité nationale, c’est moi, ma culture et mes valeurs ! Point n’est donc besoin de s’intégrer, encore moins de s’assimiler à une identité qui n’existe pas.
Quelle importance cela peut-il avoir d’ailleurs, puisque les immigrés ne sont que des producteurs et des consommateurs selon le mouvement du 1er mars ? Toutefois, si l’on en croit M. Nadir Dendoune, porte-parole du collectif, une identité nationale existe bel et bien. En effet, il affirme que « le Français de base voit bien que la France a changé. Seules les élites restent coincées sur une France blanche et catholique ». Oui, la France est en majorité blanche et de culture judéo-chrétienne. Mais selon M. Dendoune, tout cela doit évoluer et cette majorité est cordialement priée de s’effacer de plus en plus. Jusqu’à disparaître complètement ?
Tout en jouant à fond du discours victimaire, Nadia Lamarkbi, qui n’en est pas à une contradiction près, déclare sans rire n’avoir aucune revendication. On la croit volontiers. Le MRAP, les Indigènes de la République ou SOS-Racisme ne se sont jamais non plus abaissés à revendiquer quoi que ce soit, c’est bien connu !
Marc ISULNOY

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