La justice tranche en faveur des productions chinoises et condamne Laguiole

Publié le 20 avril 2014 - par - 2 193 vues
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S’il est une des choses avec lesquelles les Français n’aiment pas qu’on plaisante, c’est bien leur terroir.

La marque de coutellerie Laguiole, fondée dans le village aveyronnais du même nom par Pierre-Jean Calmels et perpétuée ensuite « de père en filles », s’est rendue célèbre dans le monde entier pour sa mouche (nom de cette partie spécifique en coutellerie).

L’honorable maison existe depuis 1829, mais en 1993, venus de la région parisienne, Gilbert et Louis Szajner, constatant que la marque n’avait jamais été déposée, se sont emparés du filon. Quand on peut s’enrichir sur le dos des autres, pourquoi se gêner ? Et comme si cela ne suffisait pas, ils ont, par dessus le marché, décidé de faire fabriquer leurs produits en Chine et au Pakistan, ce qui, outre la perte d’emploi consécutive à un appât du gain peu scrupuleux, allie une qualité bien moindre. Entre un véritable Laguiole fabriqué avec soin, avec des matériaux nobles, solides et dignes du métier de coutelier, et la camelote à bas coût commercialisée par les Szajner, dévalorisant un fleuron de notre pays tout en jouant sur la naïveté des acheteurs, il y a un monde. Mais entre le respect de nos traditions, de notre savoir-faire patrimonial, et l’âpreté au gain facile, certains ne s’embarrassent pas de scrupules.

Le jugement du 13 septembre 2012 faisait état de « pratiques commerciales trompeuses » selon la commune de Laguiole qui s’estimait spoliée et demandait à ce titre réparation pour le « préjudice moral qu’elle subit au titre de la création frauduleuse d’un monopole fondé sur son nom, à son détriment et à celui de ses administrés ». Or, ce 4 avril 2014, c’est une décision tragique qu’a pris la Cour d’Appel de Paris, puisqu’elle a purement et simplement débouté la commune.

C’est donc l’émoi à Laguiole qui a décidé de se rebeller en retirant le panneau de la ville, que le maire Vincent Alazard compte déposer à la Présidence de la République, et qui en a appelé au soutien de toutes les communes de France. « Nous voilà condamnés à payer 100 000 euros de frais de justice – soit presque 10% de notre budget – à ce monsieur qui gagne de l’argent avec notre nom ! » s’est à juste titre étranglé le maire, ajoutant que « ce n’est pas logique qu’ils soient dépossédés du nom de leur village dont on utilise financièrement le nom ».

Oui, la solidarité avec Laguiole doit être totale, car c’est tout un morceau de son savoir-faire traditionnel, et finalement de notre patrimoine commun, qui nous est retiré pour le bénéfice d’un homme. Ce verdict choquant vient de faire de ce trésor de notre patrimoine vieux de 185 ans un vulgaire objet de contrefaçon ! C’est tout simplement scandaleux, à l’heure où nous déplorons une crise de l’emploi sans précédent, et où notre image de marque et notre savoir-faire partent à vau-l’eau.

Le responsable de la Forge de Laguiole s’est lui aussi indigné : « c’est quand même fou que les Laguiolais soient condamnés à payer pour un mec qui s’enrichit sur la notoriété de Laguiole et le travail de nos ancêtres ».

Arnaud Montebourg, Monsieur « marinière » a fait mine de comprendre l’émotion des habitants, histoire de donner le change, promettant sans trop se mouiller que cela ne se reproduirait plus, dans la mesure où le code de la propriété intellectuelle a été modifié du temps du précédent quinquennat pour instaurer un droit d’opposition aux collectivités territoriales, au cas où l’utilisation de la marque éponyme porterait atteinte à leur renommée. Voilà qui fait une belle jambe aux Laguiolais qui aimeraient bien que cette mesure protectionniste leur soit déjà accordée à eux, pour commencer.

Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen ont, pour une fois, fait colère commune en condamnant l’aval judiciaire d’une délocalisation internationaliste et pénalisante en termes d’emplois, ainsi que l’aberration, par ce jugement, de faire désormais de la séculaire coutellerie une coupable de contrefaçon alors qu’elle est elle-même l’inventrice de ce produit mondialement renommé. Ils ont encore déploré la « double peine » subie par l’entreprise et par le village tout entier, après une spoliation inique par M. Szajner, un « affairiste sans scrupules ».

Par solidarité avec le village de Laguiole et avec ses artisans locaux, il va de soi que les seuls Laguiole que nous devrions acheter sont ceux du site original et en aucun cas ceux d’une quelconque usine de camelote chinoise de qualité très inférieure, et dont on ignore de surcroît les modalités de traitement des ouvriers locaux. Le vrai Laguiole se reconnaît à diverses marques de fabrique (ici), et doit porter la mention « Laguiole Origine Garantie ».

Caroline Alamachère

http://www.laguiole.tm.fr/photos/pdf/Jugement%20du%2013%20Sept%202012.pdf

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