La laïcité, ce n’est pas la tolérance avec l’extrême droite islamiste

Cet article a une histoire. Un militant socialiste, Pierre Ruscassie, membre du groupe « Démocratie et Socialisme » ([www.democratie-socialisme.org->www.democratie-socialisme.org]), dans un article intitulé « Combattre n’est pas toujours interdire » a attaqué sévèrement la pétition que nous orchestrons, y voyant une mesure liberticide, au niveau du droit. C’est pour approfondir le débat, et amener des arguments aux militants de gauche qui hésitent encore, que François Grosset, membre du Parti socialiste et également de « Démocratie et Socialisme », et Pierre Cassen, initiateur de la pétition, ont argumenté, sur cette liste, ce qui donne l’article ci-dessous.

La pétition qui circule actuellement sur le net,
<[http://www.halteauvoile.fr->http://www.halteauvoile.fr]> à l’initiative de RIPOSTE LAIQUE et d’associations féministes, est la manifestation de la prise de conscience d’une partie de la gauche et de démocrates de la menace que constitue un nouveau fascisme qui s’attaque aux libertés publiques de l’ensemble de la population. La signature de personnalités comme Yvette ROUDY, ancienne ministre socialiste aux droits des femmes du Président Mitterrand, de francs-maçons et de citoyens de culture arabo-musulmane en est l’illustration.

Ce nouveau fascisme s’attaque pour commencer aux droits des femmes par son idéologie réactionnaire qui n’est pas sans rappeler celle de l’Opus Dei et autres intégristes d’extrême droite. Homophobes, anti IVG, anti contraception, anti mariages entre personnes de religions différentes, anti union libre, partisans du créationnisme… ils sont en tout points semblables à nos intégristes chrétiens. Comme eux ils croient au choc des civilisations !

Bientôt vous les verrez faire leur « front unique » avec l’association anti IVG d’extrême droite SOS Tout Petit devant les hôpitaux.

Eux aussi, veulent « liquider Mai 68 ».

La première mesure que demande cette pétition est l’interdiction du voile intégral, qu’il soit porté à l’afghane, à l’iranienne ou à la saoudienne, qui est le drapeau de cette idéologie fasciste.

Cette pétition est féministe

La pétition réclame l’interdiction du voile intégral dans l’espace public. Nous sommes amenés à faire cette demande parce que nous faisons un constat terrible. Ces images de femmes transformées en ombres, en fantômes, en Afghanistan, à l’époque des talibans, se multiplient dangereusement en France. Je propose à ceux qui en doutent de venir dans certains quartiers de
Mantes, de Trappes, des Mureaux, de Chanteloup, à Marseille, et dans les périphéries lilloises, strasbourgeoises, lyonnaises, etc.

La multiplication de ces tenues est une véritable agression contre les combats féministes et contre nos principes d’égalité entre les sexes. Il est évident, au vu de la situation, que le dialogue et la conviction ne suffiront pas, et que, sans une volonté politique forte, nous aurons dans les mois et les années à venir de plus en plus de « Belphégor » dans les rues.

Ce n’est pas parce que Sarkozy a dit qu’il était contre les burkas en France qu’il faut dire le contraire, pour prouver son anti-sarkozysme. Les progressistes, les féministes et les laïques doivent demander une loi interdisant ces tenues sur le territoire français, seule façon d’empêcher l’image dégradante des femmes que véhiculent les intégristes islamistes. Notons que si nous sommes des partisans de la République métissée, pour reprendre cette belle expression initiée par SOS Racisme alors nous devons être cohérents avec nous mêmes et interdire ce symbole, cet étendard de l’apartheid sexuel et symbole de l’ordre moral.

Cette pétition est profondément internationaliste

Nous croyons en l’universalité des droits de l’homme et de la démocratie politique et sociale. Quel crédit aurons nous si nous ne sommes pas capables de demander l’interdiction du voile intégral dans notre République quand nous irons promouvoir la liberté de la femme, l’égalité des sexes et la laïcité dans des pays étrangers ?

Cette mesure est cohérente car de quel côté sont les islamistes ? Les frères musulmans de France défendent un projet politique commun aux fréres musulmans des pays arabes. Ce sont des militants politiques aguerris, formés idéologiquement ; il nous faut donc avoir, face à eux, la même fermeté que nous avons eue face au Front national. Ce mouvement est internationaliste,
réactionnaire, clérical et sexiste. Face à lui, nous devons avoir une
riposte internationaliste progressiste, laïque et féministe.

La gauche arabe combat les frères musulmans, et les frères musulmans persécutent les femmes et les laïques, que l’on se souvienne de nos camarades égorgés par ces barbares en Algérie, de ces artistes assassinés comme le chanteur algérien Matoub Lounes.

N’oublions jamais, nous qui sommes internationalistes, que les islamistes sont les meilleurs alliés de la réaction. C’est le dictateur marocain Hassan II qui les a mis dans les universités marocaines pour briser la gauche marocaine fortement présente dans les facs alors.

Interdire leur étendard en France est au contraire un geste de soutien que nous adressons à nos camarades qui luttent contre ce fascisme dans les pays arabes ou en Iran et que nous aidons quand ils viennent ensuite demander asile en France. Nous devons être aux côtés de Mohamed Sifaoui, journaliste algérien, musulman, croyant, condamné à mort par les islamistes pour dénoncer leur projet de société, et vivant 24 heures sur 24 sous protection
policière. Nous devons être solidaires de toutes les femmes qui, comme Ayaan Hirsi Ali en Hollande, Mina Ahadi en Allemagne, subissent le même sort pour avoir osé dénoncé ce nouveau totalitarisme qui gangrène l’Europe. Cette pétition est donc tout sauf nationaliste, elle est au contraire internationaliste.

Elle ne réclame pas la mesure que prit Bourguiba en Tunisie, en 1956 : l’interdiction du voile dans toutes les parties publiques de la société. Simplement, le fait qu’un leader arabe, chef de file de la décolonisation de la Tunisie ait pris cette mesure afin de faire sortir la Tunisie du féodalisme, montre que cette pétition n’est en rien « raciste ». Les initiateurs de cette pétition combattent tous les fascismes, nostalgiques d’une France blanche catholique et coloniale comme celui des islamistes salafistes, wahhabites et autres frères musulmans !

Une pétition qui défend le droit des enfants à l’éducation, face aux pressions religieuses

Seconde mesure, réclamée par la pétition : elle demande l’interdiction du voile pour les mineures, estimant que la défense des droits de l’enfant doit protéger les fillettes du port d’un signe qui symbolise l’oppression des femmes, qu’elles subissent sans avoir de libre choix. Il faut lire l’ouvrage de la romancière d’origine iranienne Chahdortt Djavann, « Bas les Voiles », paru en 2003. Cette femme y exprime avec des mots terribles ce que ressent une fillette comme elle sous le voile. Récemment, en Espagne, faute de loi claire, les enseignants d’une école, en Andalousie, ont dû
accepter une élève voilée de 9 ans en cours. Faut-il autoriser cela dans le pays des Lumières ?

Une pétition qui défend le service public de l’Education nationale, de la maternelle à l’université

Troisième demande, elle revendique que la loi du 15 mars 2004 contre les signes religieux s’applique à l’université. Là encore, pas par dogmatisme, mais par l’analyse de l’évolution de la situation. Nous défendons un service public de l’éducation, qui, pour nous, contient cinq niveaux : la maternelle, le primaire, le collège, le lycée, et l’université et l’enseignement supérieur. La loi de 2004 s’arrête au lycée, bien que, dans la commission Stasi, un philosophe comme Henri Pena Ruiz ait demandé l’extension à l’université. De nombreux enseignants nous font part de leur inquiétude, devant la progression d’élèves voilées, qui sont de véritables militantes, issues de milieux favorisés. Nous considérons que tout endroit
où on délivre un diplôme national doit répondre aux règles des principes laïques, et cela concerne toutes les religions.

Nous avons déploré l’absence dramatique, en 2003, des syndicats enseignants, dans ce qui aurait dû être leur combat. Certains ont cru bon d’utiliser l’argument des aumôneries, ou du concordat d’Alsace-Moselle, pour justifier, au nom du « tout ou rien » la présence du voile islamiste à l’école. Si on les avait écoutés, aujourd’hui, dans les écoles publiques, il y aurait, des milliers d’élèves voilées de plus qu’en 2004.

Curieusement, ces mêmes militants ne parlent que du droit de ces élèves là, et oublient la pression qu’elles font subir à leurs camarades, de culture arabo-musulmane, qui se battent pour ne pas tomber sous la coupe des religieux, et de leur uniforme. Lors du ramadan, il est de plus en plus difficile, dans de nombreuses écoles, de manger à la cantine quand on s’appelle Leila ou Mohamed. La pression est de plus en plus forte dans les cantines, pour imposer la viande halal. Deux directrices d’école sont poursuivies devant les tribunaux par des organisations islamistes, à qui la Halde donne raison, parce qu’elles ont refusé des mères accompagnatrices qui
refusaient de retirer leur voile (rappelons que toute sortie scolaire a une vertu pédagogique, et répond aux règles de l’école publique). Qui ne sent pas la progression de ces revendications communautaristes religieuses ?

Nicolas Sarkozy instrumentalise l’islam pour mieux en finir avec la laïcité

Qui ne comprend pas que cela est une aubaine pour Sarkozy, fasciné par le modèle anglo-saxon ? Lui qui veut en finir avec l’article 2 de la loi de 1905 : « l’Etat ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte » instrumentalise l’islam pour en finir avec les principes laïques de notre pays, remettre les Eglises au cœur de la société, et remplacer la solidarité républicaine par la charité des Eglises ?
Qui ne comprend pas, en écoutant les propos de la nouvelle ministre de l’Intérieur, Michèle Alliot-Marie, chargée des relations avec les cultes, que l’offensive sera pour après les élections municipales ?

Les cléricaux ont oublié d’être sots. Ils ont vu, notamment lors de la
grande manifestation laïque du 16 janvier 1994 que, contre le catholicisme, la société française était capable de soubresauts imprévisibles. Ils ont donc joué l’islam contre la laïcité, sachant qu’ils trouveraient des gens à gauche qui n’auraient pas la même détermination face à la « religion des pauvres » dirigée quand même par des gavés de pétro-dollars ! Tout ce que l’islam impose comme reculs à la société française bénéficiera aux autres Eglises. Les protestants, où les évangéliques, qui soutiennent Bush et sa théorie du choc des civilisations, ont pris le pouvoir, réclament à leur tour de pouvoir faire financer la construction de leurs temples par les pouvoirs publics.

Ceux qui ne proposent que la tolérance face à ce nouveau fascisme,
abandonnent les jeunes filles, et les jeunes garçons issus de l’immigration post-coloniale, qui ont le plus besoin de laïcité, de République, d’égalité, aux intégristes islamistes. Ce n’est pas en restant aux discours moralisateurs, mais impuissants, comme ceux qui disaient, dans les années 90, pour justifier les signes religieux à l’école : « le jean se substituera au voile », qu’on fera reculer l’extrême droite islamiste. Nous avons manifesté des années durant contre le fascisme de Le Pen. Là, nous avons aussi un vrai fascisme, agressif, dangereux, porteur d’un véritable projet politico-religieux. Que disent-ils, en Europe, aux musulmans : vous ne devez pas vous comporter comme des infidèles, vous ne devez pas vous
intégrer, vous devez rester avant tout des musulmans. C’est le repli
communautarisme religieux identitaire, contre l’intégration républicaine. Autrement dit, la loi de Dieu doit passer avant celle des Hommes. Adieu 1789, 1793 et 1848.

Ecouter les militants laïques et féministes de l’autre côté de la Méditerranée

A gauche, certains camarades ne veulent pas admettre la gravité de cette offensive, peut-être parce qu’ils subissent la pression de ceux qui dévoient le combat antiracisme, en voyant dans le refus de
l’islamisme rien d’autre que du racisme.

Le sens de cette pétition, comme le sens de la campagne pour une loi contre les signes religieux à l’école quatre ans plus tôt, est de mettre un coup d’arrêt face à une offensive que tout le bassin méditerranéen et l’Europe constatent ensemble. Lors d’une réunion publique, à Marseille, il y a quelques semaines, au milieu de militantes féministes algériennes et marocaines, une femme prit la parole et dit : « Ne vous laissez pas faire, on les connaît, on les subit, réveillez-vous, en France, avant qu’il ne soit trop tard ». Ils regardent la France, ils espèrent de la France laïque et
féministe un geste fort qui les aide, dans leur combat quotidien, à résister au fascisme religieux qu’ils subissent au quotidien.

C’est en pensant aux jeunes hommes et jeunes femmes de culture
arabo-musulmane vivant en France, en pensant à ceux qui vivent de l’autre côté de la Méditerranée, que les initiateurs de cette pétition ont agi.

C’est pourquoi elle mérite d’être encouragée et soutenue par tous ceux qui se réclament de la laïcité, du féminisme et du progrès social.

Pierre Cassen et François Grosset

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