La laïcité, ce précieux concept, de Nabil El Haggar

Je me méfie toujours des livres reprenant des interventions diverses sur une même thématique. Les styles différent et parfois certains textes sont décevants.
Je n’ai pas été déçu à la lecture des différents exposés rapportés par écrit, même si certains, de haut niveau intellectuel comme celui de Catherine Kintzler mériteraient une clé de traduction… Mais ce n’est qu’un jugement de valeur qui n’engage que moi.
Nabil El-Haggar dans son avant propos montre clairement et avec beaucoup de pédagogie que les religions peuvent être positives si elles renoncent à l’autorité politique, juridique et civile… Ces propos liminaires sont repris et explicités par Jean Paul Scot qui avec le talent qu’on lui connaît ré-explique la différence entre l’anti-religion et l’anticléricalisme.
Quand Gambetta organise la mobilisation de tous les républicains autour du mot d’ordre  » le cléricalime, voilà l’ennemi! », il précise sans ambiguïté que les républicains doivent lutter » non contre les croyances religieuses qui ne reculeront qu’avec le progrès de la science et de la raison, mais contre le cléricalisme ».
Il serait trop long de reprendre toutes les contributions qui, chacune à sa place et avec sa spécificité montre que la laïcité est un précieux concept.
A l’école, elle doit « protéger les esprits immatures, en formation de l’emprise des adultes lorsque celle-ci devient abusive et ne connaît plus ses limites, alors même qu’il est inévitable de confier les enfants à des adultes chargés de donner forme à leur esprit. » Il s’agit là de ne pas oublier que l’enfant, être malléable doit pouvoir disposer d’outils lui permettant de s’émanciper et de se consrtruire comme être unique et social.
Ces regards croisés et convergents sur l’essentiel n’empêchent pas, bien au contraire l’affirmation d’une combativité militante comme celle de Michèle Vianès dénonçant les communautarismes, montrant qu’au delà des affirmations nécessaires il faut faire oeuvre d’éducation populaire en fixant clairement les enjeux du combat laïque.
Comme le montre Monique Chemiller-Gendreau dans les dernières pages de cette oeuvre commune: la laïcité ne peut pas rester une exception française- ce qu’elle n’est d’ailleurs pas- mais être clairement identifiée comme une condition indispensable à la démocratie mondiale à venir.
« La société mondiale n’a aucun outil de régulation de la violence, alors que le système économique élargit chaque jour les inégalités »….Sans laïcité affirmée et respectée, les replis communautaires et les différents intégrismes continueront à dominer le monde et à maintenir l’obscurantisme et la haine de l’autre.
C’est une belle utopie dans un monde où le libéralime et le cléricalisme font bon ménage contre les droits de l’homme….
C’est aussi et surtout une boussole pour nous aider dans le combat contre cette société qui engendre la misère et la haine !
Jean-François Chalot
« La laïcité
ce précieux concept »
dix auteurs, dix contributions
sous la direction de Nabil El-Haggar
Editions L’Harmattan
189 pages
19 €
octobre 2008

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