La laïcité est bien plus efficace que le pape pour lutter contre l'offensive islamiste

Il y a bientôt 25 ans, tout ce que la France comptait de bonnes sœurs, de curés, d’évêques, d’archevêques et de cardinaux arpentait les trottoirs versaillais sous le slogan de la défense de l’«école libre». Remarquable habileté sémantique, qui consistait à faire croire que l’école publique, l’école laïque, n’était, elle, pas libre.
Escroquerie de l’histoire, les défenseurs de ladite école publique apparaissaient, derrière les professeurs barbus socialistes, comme les tenants du conservatisme et de l’autoritarisme, alors que les ensoutanés, soutenus par le RPR, apparaissaient comme les défenseurs de la modernité et de la liberté.
Dans la foulée, quelques apprentis sorciers de gauche, surtout issu des milieux chrétiens, commencèrent à parler de «laïcité ouverte». Là encore, derrière l’apparent bon sens se cachait une escroquerie. Dire qu’il fallait se battre pour une laïcité ouverte, c’était admettre que la laïcité actuelle était fermée. C’était reprendre toute l’argumentation vaticane, qui n’avait concédé la loi de 1905 que grâce à un rapport de forces mis en place par les laïques et les républicains. Pour l’Eglise catholique, la loi de 1905 était liberticide, puisqu’elle fixait des limites à l’omniprésence de l’Eglise dans toute la société, et surtout dans les écoles. Cette même Eglise qualifiaient alors nos ancêtres de «laïcistes».

Depuis 1980, les adversaires de la laïcité, qu’ils soient de droite ou de gauche, ont trouvé de nouveaux adjectifs pour mieux étouffer la laïcité : «moderne», «apaisée», «dynamique», «tolérante»… Il n’était donc pas étonnant que ce week-end, le nouveau concept à la sauce Benoît-Nicolas, la «laïcité positive», ait occupé toutes les antennes. Nicolas Sarkozy a été le premier chef d’Etat à parler de «toilettage de la laïcité». C’est lui qui a impulsé, comme ministre de l’Intérieur, le rapport Machelon (1). C’est lui qui veut remettre les Eglises au cœur de la vie politique. C’est lui qui a multiplié les gages envers la religion musulmane, et qui rêve d’en finir avec l’article 2 de la loi de 1905, qui ose dire que l’Etat ne subventionne aucun culte. Comme il sait que, sur le terrain, beaucoup d’élus trichent déjà, multiplient les baux emphytéotiques et les subventions à des associations cultuelles qui deviennent culturelles pour mieux profiter de nos aides financières, il joue sur du velours.
Quant à Benoît XVI, qui ne veut surtout pas que la laïcité à la française s’étende en Europe, il peut savourer son bonheur : jamais le Vatican n’a rencontré d’oreilles aussi complaisantes que celles du nouveau président de la République pour en finir, en souplesse, avec la séparation du religieux et du politique. Car enfin, que faisait le chef de l’Eglise catholique à l’Elysée ? On connaît par cœur l’argument que vont nous rétorquer tous les imposteurs : «Mais il est chef d’Etat !».
Le Vatican, un Etat ? Voire ! Que ce soit une théocratie religieuse, dont le nom d’Etat sert d’alibi pour faire pression, dans les instances internationales comme l’Onu ou l’Union européenne, sur les politiques, et faire un travail, souvent efficace, auprès des représentants de vrais Etats, ou d’élus, dans le seul but de défendre les positions souvent réactionnaires de l’Eglise : oui, c’est incontestable ! Quant à recevoir en grande pompe et les bras ouverts l’ex-cardinal Ratzinger sous prétexte qu’il serait un chef d’Etat comme les autres, cela relève du sophisme le plus pur ! Est-il besoin de rappeler que le pape dirige un Etat de moins de 1000 habitants et de quelques kilomètres carrés, inexistant sur la scène internationale, et qu’à l’instar d’un Khadafi et de bien d’autres, il ne tolère chez lui ni élections au suffrage universel, ni opposition, et encore moins la possibilité qu’une femme devienne pape et donc chef d’Etat ?
Et puis, quelle démesure entre la couverture de cet événement et la réalité du catholicisme et de toutes les religions dans notre pays. En 1994, 67 % des citoyens français se disaient catholiques. En 2007, ils ne sont plus que 51 %. Mais surtout, seulement 8 % des catholiques disent aller régulièrement à la messe, alors qu’aujourd’hui, dans l’Hexagone, le nombre des athées et des agnostiques progresse très vite (ils seraient, selon certains sondages, entre 40 et 45 %). Seule la religion musulmane progresse : elle est passée de 2 % de la population à 4 % en 15 ans. C’est cela, la réalité : la France n’est pas religieuse ! Mais le reconnaître serait l’accepter ! En conséquence, les églises, de conserve, occupent l’espace public, revendiquent à tour de bras comme si elles représentaient la majorité des Français, interpellent les élus et se donnent en spectacle avec la complicité de ces derniers.
Pour relever ce défi, le pape a très habilement choisi de cibler la jeunesse. Mais cela nous étonnerait fort que celles et ceux qui écoutent religieusement les discours du pape veuillent suivre, dans leur vie quotidienne, les recommandations du Saint-Père. Nous serions surpris que Nicolas Sarkozy et Carla Bruni, dont on croit savoir qu’ils ont eu des vies privées plutôt agitées avant de se rencontrer, défendent mordicus la virginité au mariage et l’acte sexuel réservé à la procréation, comme nous le serions également d’apprendre que les petites soldates de l’islam, qui, en France, fanfaronnent avec leur voile, sont prêtes à respecter tous les concepts des mollahs iraniens dans leur vie quotidienne.
Certes, la montée de l’islam, en France et dans le monde, inquiète les autres Eglises, qui cherchent à regagner du terrain. Jean-Paul II a voulu, tout au long de son récent mandat, redonner aux catholiques la fierté de leur religion, et Benoît XVI entend poursuivre cette œuvre. Les évangéliques, qui sont de plus en plus influents chez les protestants, étaient 20.000, dans les rues de Paris, le 20 mai dernier. Eux aussi sont pour la laïcité positive ; eux aussi réclament l’assouplissement de la loi de 1905, ce que les protestants n’avaient jamais fait auparavant. Pour ne pas être en reste, certains religieux juifs réclament des dérogations scolaires le samedi matin.
Bien que rivales pour se disputer les parts de marché de la croyance, les Eglises sont malgré tout complices pour, ensemble, contribuer à saper l’édifice laïque, et obtenir tous les accommodements raisonnables possibles, au nom de la laïcité positive.
Finalement, toutes les petites entorses à la loi de 1905, que nous dénonçons à longueur de Riposte Laïque, tous ces « accommodements raisonnables », en un mot toutes ces petites lâchetés orchestrées par des apprentis-sorciers irresponsables et antirépublicains, et destinées à acheter la paix sociale, la paix de conscience des gauchistes ou, tout bonnement, la paix des électeurs, n’ont fait que préparer les déclarations du tandem Benoît XVI-Sarkozy, ouvrir la boîte de Pandore des revendications communautaristes et obliger les collectivités, pourtant déjà asphyxiées pécuniairement par les besoins indiscutables de leurs administrés, à financer, en toute légalité, des lieux de culte réservés à moins de 10% de la population, des menus spéciaux dans les cantines publiques et des écoles privées où l’on acceptera que des gamines de 11 ans soient voilées. C’est ça, la laïcité positive !
Alors, on a envie de crier non seulement que tous ces apprentis sorciers sont des renégats de la laïcité, mais encore qu’ils ont tout faux, sans exception !
Non, ce n’est pas en essayant de redonner à une église catholique qui campe sur des valeurs obsolètes et discriminatoires (les femmes, l’avortement, l’homosexualité, le préservatif, la liberté sexuelle…) son pouvoir d’antan que l’on fera obstacle à l’islamisation rampante de la France. Nous avons une loi, excellente, qui a été votée le 9 décembre 1905, et qui suffit à protéger le bien commun face aux excès des croyants, dont le seul tort est de vouloir imposer leurs cultes et leurs règles à tous.
La laïcité, tout court, c’est le meilleur rempart contre les débordements du religieux. Nous laisserons le mot de la fin à Robert Badinter : « La seule laïcité, c’est celle qui est dans la Constitution. La République est laïque, ce qui veut dire que la laïcité est républicaine, elle n’est ni positive, ni négative ». « Je suis très très défavorable à cette laïcité positive, pas d’adjectif pour la laïcité ». « Renouveler la laïcité ? On a eu assez de peine à l’instaurer. C’est très imprudent ».
Ce week-end, il suffisait d’arpenter les allées de la fête de l’Huma, fête populaire par excellence, et d’écouter les commentaires : l’exaspération contre la médiatisation de la venue du Pape était le centre de nombreuses discussions. Le peuple français n’a pas envie de voir un président de la République qui jure sur la Bible (ce qui ne dérangerait pas Sarkozy), et ne souhaite pas davantage entendre des élucubrations à la Sarah Palin que Christine Boutin en personne n’oserait pas se permettre.
Ils ne veulent pas davantage voir un président de la République surpris en flagrant délit d’adultère demander pardon à Dieu, et ils se moquent complètement que Rachida Dati, hors mariage, ait conçu un gamin à 42 ans dont on ne connaît pas le père.
C’est cela qui est positif, ils sont tout simplement laïques, et entendent le rester, n’en déplaise à Sarkozy, au Vatican et aux disciples hexagonaux de Téhéran.
(1) http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=13855

image_pdfimage_print