La laïcité est forcément incompatible avec toute préférence religieuse

On lit, parfois, des « choses » étonnantes dans « Riposte Laïque »… telle cette trouvaille qui laisse « sur le cul » le citoyen laïque le plus sincère tant elle relève de l’ineptie de raisonnement et du coup de main donné aux ennemis de la laïcité qui n’en demandent pas tant !

On avait eu droit, il y a peu, à « la laïcité ouverte », à la « laïcité pour le XXIème siècle », à la « laïcité de tolérance », à la « laïcité apaisée », à la « laïcité rénovée » … et à bien d’autres tentatives de dénaturer ce principe fondateur par un qualificatif le dévoyant…Et voilà que maintenant, par la grâce (qu’on suppose divine…) d’un contributeur de « Riposte Laïque », on a droit à la « laïcité de préférence chrétienne…catholique même »! (voir « RL n°233 » – article : « Laïcité et préférence patrimoniale chrétienne »)

Bigre, l’innovation !

Chapeau, l’artiste… Et le Vatican, et les mollahs, et les évangélistes, et les catholiques orthodoxes…. d’applaudir à grand bruit !

Car  ce « concept » hybride et « oxymorique » a de l’avenir : en Allemagne, il y aura la « laïcité de préférence protestante », en Angleterre «la  laïcité de préférence anglicane », en Russie, la « laïcité de préférence orthodoxe … On peut même envisager la laïcité « de préférence islamique » (si, si, …ne riez pas !) sans parler de la « laïcité à idéologie variable » future des USA où la moindre secte a pignon politique et sociétal !

Décidément, on laisse passer à peu près tout et n’importe quoi quand on a la « culture du débat »… mais laisser parler de ce qui est essentiel pour le détruire au nom d’un raisonnement fumeux appuyé par une masturbation intellectuelle se donnant des allures de rigueur alors qu’elle ne fait que solliciter le référent linguistique au-delà même de toute logique n’est pas « alimenter le débat », c’est tout simplement « tirer à boulets rouges » contre ce qu’est, réellement, la laïcité qui nous fonde et justifie notre combat… Comme disait l’autre, ce n’est pas « une erreur », c’est  une « faute ».

A tout hasard, il est bon de rappeler l’essentiel…La loi de 1905, qui « institutionnalise » de fait la laïcité, ne « reconnait pas » les Églises, elle les « connaît » tout simplement…et donc se contente d’assurer la liberté des cultes et leur exercice en toute sécurité (tout en prenant en compte l’Histoire qui l’a précédée) tout en garantissant à chaque culte la même égalité de traitement. De ce fait, fidèle à la parole d’Aristide Briand (et à celle de Victor Hugo : « je veux l’État chez lui et l’Église chez elle ») qui prône un État a-religieux, elle renvoie le culte dans l’espace privé individuel (et collectif) du croyant (des croyants), faisant en sorte qu’aucune religion ne s’impose à l’espace public où règne la loi générale élaborée par tous les citoyens à égalité de droits et de devoirs,  agissant pour qu’aucune religion n’ait un pouvoir politique ou idéologique supérieur au pouvoir détenu par « le peuple » saisi dans son ensemble, œuvrant pour qu’aucune religion, aucune idéologie n’aient une primauté quelconque.

L’ État républicain, laïque et démocratique, ne s’immisce pas dans « les affaires »   des « Églises », et les « Églises » laissent l’ État républicain laïque et démocratique gérer l’espace public, social et sociétal en y faisant participer l’ensemble des citoyens constitué comme un tout où chacun a sa liberté propre, sa liberté de conscience et son libre arbitre…L’ État républicain, laïque et  démocratique, ne reconnaît pas « la sujet », ni « le croyant »…il  ne met en jeu que « le citoyen » en dehors de toute référence idéologique (foi, athéisme, agnosticisme) et de toute organisation communautariste confessionnelle ou autre . Il donne à chaque « citoyen » le pouvoir de « faire la loi générale » qui, seule, a valeur d’universalité au moment où elle est créée.

De fait, par son existence même, la loi de 1905 (malgré ses faiblesses et tous les avatars qu’elle a subis depuis plus d’un siècle) impose une laïcité qui est un principe politique organisant le fonctionnement d’un espace politique et sociétal réunissant des individus divers, aux options spirituelles et non-spirituelles différentes, et l’organisant dans le respect de tous, la reconnaissance de chacun, l’accès de chacun et de tous à la liberté de conscience, l’égalité des droits et devoirs, la quiétude de l’existence.

Accoler une « préférence religieuse » à l’exercice de la laïcité relève d’une perversion de l’analyse et d’une volonté de détruire le principe fondateur.

Cela pourrait n’être qu’un jeu « de café du Commerce » ou de « fin de repas d’amis évacuant leur trop plein de liquides »…

Mais cela devient dangereux quand le lecteur peut avoir l’impression d’un tir de « sniper » dans son propre dos …et quand, surtout, il se dit que les ennemis aux aguets doivent « rigoler » dans leurs barbes de cette brèche faite par ceux-là mêmes qui sont chargés de défendre la citadelle.

Robert  Albarèdes

 

 

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