La laïcité, matrice de la République

Publié le 7 février 2011 - par

La Laïcité est la matrice de la république. Ce mot est de Marcel Gauchet. Si la République a enfanté la laïcité et si celle-ci est une des valeurs fondamentales de la République, le sujet quant à lui sent la poudre. Dés qu’on prononce ce mot, on s’engage sur un terrain miné par l’affrontement des passions les plus excessives, passions religieuses qui engagent les êtres humains dans leur totalité jusqu’à s’entretuer. Et pourtant on se trompe, ou on trompe volontairement, la laïcité c’est la paix. La loi sur les cultes, enfant de la laïcité, est une grande loi de paix et de liberté, qui protège toutes les religions, et n’en défavorise aucune. Si la loi de 1905 a été instituée pour soumettre la toute puissance de l’église catholique à la fin du 19ème siècle, l’Eglise aujourd’hui s’en satisfait, et comme la Synagogue n’en voit que les bienfaits. La Laïcité est le plus solide pilier, qui permet la tolérance entre les religions, la neutralité de l’Etat, la liberté de penser des citoyens. Qui peut dire le contraire et le dire mieux ?

La Laïcité est propre à la République française. C’est notre conception de la laïcité et des relations de l’homme avec le « Ciel » qui a fait naitre un homme doué de raison. L’homme qui n’accepte aucun commandement, fut-il venu d’une transcendance sans un débat. Qu’il accepte d’être convaincu, c’est son affaire, personne ne le lui interdit, mais il ne le fait pas sans réflexion ni discussion, et passe d’abord le discours au crible de sa critique. Il est citoyen né dans l’école de la République, à qui on a appris la liberté de conscience. Il peut penser, s’exprimer, avoir un jugement critique, pratiquer sa religion, tout cela ne regarde que lui, et sa vie privée. C’est un citoyen, libre et républicain.

On voit l’importance de l’école dans sa formation, elle est la sage-femme de la République. C’est pourquoi on s’attaque d’abord à l’école quand on veut attaquer la laïcité (affaires du voile, affaire du Shabbat). Qui attaque la laïcité ? Les religions. Qui s’attaque à la laïcité à la française ? L’Union européenne. Qui valide ces attaques dans son discours ? Le discours du Président de la République. Cette triade risque d’ébranler et de détruire les piliers de la République.

Définir la laïcité est difficile. Sa formulation la plus simple dans les textes officiels est un principe de neutralité, neutralité de l’Etat devant toutes les religions, qui se retrouve dans la loi de 1905 sur les cultes (art 2. La république ne reconnait ne salarie ni ne subventionne aucun culte). Ce qui signifie que l’état est incompétent en matière religieuse. la religion est sortie de la sphère publique. Elle n’est plus un fait public, le service public de l’église a été supprimé, et les traitements aux ministres des cultes également. Ont été interdits aussi les crédits pour subventionner à titre permanent et régulier le service des cultes, sauf pour les crèches et aumônerie, sauf dans les trois départements d’Alsace -Moselle ou le concordat de Bonaparte est encore en vigueur. Mais l’Etat s’il ne reconnait pas les religions, les connait toutes, tandis que chacun est libre de pratiquer la religion qu’il veut. La République est tenue de garantir l’exercice de toutes les libertés religieuses qui sont des libertés publiques à condition que ces religions ne provoquent pas de troubles. S’il surveille les cultes, l’Etat ne surveille pas les individus. Il y a une totale Liberté religieuse, garantie par la Constitution. On ne peut pas faire mieux pour la paix qu’une laïcité à la française. Ce devrait être un exemple pour le monde entier.

La loi sur les cultes est une loi de liberté publique. Il y en a eu d’autres, la loi sur liberté de la presse, celle sur les associations, etc.. Il y a « de jure » et « de facto » en République un équilibre entre les libertés publiques et les libertés individuelles, la liberté de chacun est sacrée, mais s’arrête ou commence celle d’autrui, liberté de l’autre qui devient dés lors un devoir pour chacun, et limite sa propre liberté individuelle.

Ces lois donnent donc des droits, mais aussi des devoirs à chacun, et définissent les limites à ne pas dépasser par sa liberté individuelle. C’est la base même du vivre ensemble. Le bon sens dirait qu’on peut vivre ensemble, si on ne se marche pas sur les pieds. Or aujourd’hui les libertés individuelles semblent l’emporter sur les libertés publiques qui sont perçues comme des contraintes inacceptables. Le peuple français déjà contestataire par lui-même en rajoute une épaisseur, pour différentes raisons, l’esprit individualiste forcené de notre époque, ou les séquelles de la Révolution de mai 68, ou l’exemple d’états totalitaires qui se sont libérés, ou même la promulgation de textes juridiques donnant la primauté à la liberté individuelle ? Surtout parce que c’est la France qui a été le pays de la liberté et des libertés. Mais aujourd’hui la Constitution de même que les instances européennes et internationales protègent avant tout la liberté individuelle. Il en est ainsi de la convention européenne des droits de l’homme, et de la charte des droits fondamentaux, au détriment des devoirs, et du vivre ensemble.

C’est à partir de la que vont se nouer l’affaire des voiles, celle du Shabbat, puis plus tard celle des Burqas, qui attaquent la laïcité pour des raisons religieuses, mais dans lesquelles la liberté individuelle surtout est mise en avant. Ce sera au détriment des libertés publiques. Ces affaires avaient pour but d’attaquer sévèrement la laïcité, et ont « poussé le bouchon » au point d’obliger le Législateur à intervenir. Malheureusement le Conseil d’Etat avait statué, au nom de la laïcité en faveur une laïcité ouverte, donnant la primauté au droit individuel, générateur de droits nouveaux. Ce qui n’a pas fortifié la résolution d’un gouvernement faible mais celle d’un législateur plus « couillu ». Les représentants du peuple savent qu’il n’y a jamais eu de laïcité ni ouverte ni positive ni négative, ni nouvelle ni plurielle. Il y a une laïcité à laquelle on ne peut pas accorder de qualificatif. Elle repose sur un concept. Quel est-il ?

Le concept de laïcité est simple mais compliqué en même temps. C’est un espace de neutralité créé par la loi dans lequel s’expriment librement les philosophies et les religions. C’est aussi un concept politique, de séparation des pouvoirs, Un concept social de division de la société en clercs (les religieux) et les non clercs (les laïcs) un concept philosophique enfin qui s’appuie sur la liberté de conscience et de pensée, de croire et de ne pas croire. La Laïcité n’est ni le matérialisme, ni l’athéisme, qui ont toute leur place dans la République. La loi ne fait que concrétiser ces 3 concepts réunis, et l’Etat n’intervient que si se produit un trouble à l’ordre public, par exemple avec les sectes. La loi n’est pas schismatique, elle rassemble (Jaurès) Elle a permis d’instaurer le cadre dans lequel les religions peuvent et doivent s’organiser. Elle a donné à l’Etat l’instrument juridique pour se dégager du pouvoir de l’Eglise catholique sur la pensée, l’enseignement, l’armée, les consciences, la vie quotidienne de la société française. La laïcité en ayant au début fait la guerre, a permis ultérieurement d’avoir la paix, et aux citoyens une liberté de pensée et de conscience jusque là inconnues. Chacun peut désormais penser librement, être athée, matérialiste ou libre penseur. Quelle paix quelle commodité quelle tolérance ! L’Etat restera toujours neutre, mais à condition qu’il n’y ait pas d’intolérance, ni d’affrontements, qu’il n’y ait pas des troubles à l’ordre public. C’est la paix qui dure encore jusqu’à ce fameux toilettage.

Au fronton des mairies, la République a sa devise, qui est un programme de valeurs, et de respect des individus, Liberté égalité fraternité auxquelles on devrait rajouter laïcité. Grace à elle, l’état n’intervient pas dans l’exercice des cultes, ni le fonctionnement des églises, et il interdit aux églises d’intervenir dans le sien. Elle permet la liberté de culte, de conscience, l’Egalité, de tous les citoyens qui ont des droits égaux, quelle que soit leur origine leur race et leur couleur de peau. Par elle il y a égalité des cultes, égalité dans l’accès à l’école, dans l’enseignement à l’école. Elle respecte toutes les convictions sans privilégier aucune d’entre elles. Aucune religion ne doit dominer l’espace public. On ne regarde pas les gens en fonction de leur appartenance religieuse. La laïcité est la base de toutes nos politiques d’intégration.

La religion pose aujourd’hui problème (pour le citer l’Islam, comme hier le catholicisme, et demain peut-être une autre religion) mais la laïcité ne concerne pas seulement les religions. Elle les dépasse, comme elle aide l’évolution de l’homme soumis, du fidèle. Elle dépasse les religions, parce qu’elle est un idéal républicain qui fait de l’homme un citoyen, libre dans sa conscience, sa pensée, ses choix, et sa vie, un homme de raison, qui réfléchit et n’accepte rien sans débat. On peut traiter de la laïcité sans référence aux Musulmans ni à l’immigration, mais ces deux thèmes sont cependant récurrents dans les sondages d’aujourd’hui, au point de développer une thématique anti islam ou de révéler simplement que celle-ci existe.

Les sondages montrent en effet qu’en France et en Allemagne cette thématique a confisqué le paysage. Le dernier sondage de l’IFOP en décembre 2010, dans lequel 809 personnes en France et 801 en Allemagne, représentatifs de la population de 18 ans et plus ont été interrogés est révélateur. Repris dans les journaux « le monde » et « le point » il montre qu’il existe dans l’esprit du public, un lien entre Islam et menace identitaire : 42% des français et 40 % des Allemands considèrent la présence d’une communauté musulmane comme une menace pour l’identité de leur pays. 68% des Français et 75% des Allemands, disent que les musulmans ne sont pas bien intégrés dans la société et que c’est de leur faute (aux Musulmans).

Dans ce sondage 61 % des français et 67 % des Allemands pensent qu’ils refusent l’intégration. 40% Français et 34 % des Allemands mettent le point sur les différences confessionnelles et culturelles trop fortes. Les ghettos (37 % et 32 %) sont cités avant les difficultés économiques (20 % et 10 %). Le racisme et le manque d’ouverture ne font pas davantage (18 % des français, et 15% des allemands) Il y a comme toujours des clivages entre jeunes et moins jeunes, et entre gauche et droite. Pour 31 % des français l’Islam rejette les valeurs occidentales. (En 1994 ils n’étaient à le penser que 12%, et 17% en 2001). Les exigences de visibilité de l’Islam avec voile et Burqa, font qu’aujourd’hui 59% des Français sont opposés au port du foulard dans la rue. Seuls 32% s’en moquent, alors qu’ils étaient 55% d’indifférents depuis quelques années. 39% des Français sont opposés à la construction des Mosquées (seulement 22% en 2001) et 34% indifférents aujourd’hui (en 2001 ils étaient 46%). Les allemands, moins sensibles à la neutralité dans l’espace public, pensent un peu différemment. Ils sont 45 % à être indifférents au voile dans la rue, et 44% ne sont pas hostiles aux partis ou aux syndicats se référant à l’Islam. Par contre 52 % des Français et 49% des Allemands ne seraient pas hostiles à un Maire d’origine musulmane.

L’Islam pose donc problème au monde occidental. Ce qui entraine un manque de fraternité humaine pour l’immigration. Français et allemands commencent à ne plus le supporter, ils n’en veulent plus. La question n’est pas de savoir si les peuples ont tort ou raison, mais de constater une situation et d’y remédier. Il n’y a pas besoin de commenter longuement ce sondage, il parle de lui-même, mais il ne parle pas de la laïcité qui serait le remède à ce positionnement de l’opinion. Ne pas l’évoquer est regrettable si l’erreur est involontaire, mais une lourde faute si elle est volontaire.

Un autre sondage de 2007 en France montrait que 2/3 des français veulent garder la loi de 1905 en l’état. Les Français restent en forte majorité attachés à la loi de 1905, 68% pensent en effet qu’il faut « ne rien changer » de préférence à « la réviser » (24%) ou à « la supprimer », position très minoritaire (5%). Gauche et droite sont d’accord sur ce point : 72% des sympathisants de gauche, et 67% des sympathisants de droite s’expriment en faveur du maintien de la loi en l’Etat. En outre, les Français sont réticents à l’idée que les pouvoirs publics participent « à l’organisation de la formation des imams » (53%, contre 40% qui s’y disent favorables) et « au financement de la construction de mosquées », (59% d’opposants, contre 38% de personnes favorables. Bref les Français sont laïques.

Or le pouvoir veut toiletter la loi, parce que des pratiques communautaires attaquent la laïcité, mais parler de « la toiletter » n’est qu’un euphémisme, un synonyme très approximatif. On veut la changer dans son esprit même pour un rattrapage intense de l’Islam, pour l’obligation d’appliquer des textes européens, pour faire comme les voisins ! Le discours politique enrobe tous ces ingrédients et veut en faire une potion douce à avaler. Plutôt amère est la pilule ! Si on a inventé ce terme anodin c’est pour ne pas effrayer, et commencer doucement un travail de rattrapage en faveur des Musulmans. C’est en effet le rapport de la Commission Machelon qui nous apprend que c’est là le véritable motif, ce qu’il ne cache nullement. Il suffit de lire ce rapport qui date de 2005, quand Nicolas Sarkozy était Ministre de l’Intérieur, Ministre d’Etat.

Au lieu de s’en servir comme modèle, comme remède à une thématique contraire, le rapport Machelon propose de modifier, de façon notable, une loi qui a pourtant apporté une paix sociale en France depuis 106 ans. On pourrait parler d’elle sans référence à l’Islam, ni à l’immigration. Mais il s’agit d’une réalité, aussi cruelle soit-elle, qu’à la fin du 19ème siècle, les catholiques étaient en cause, mais aujourd’hui ce sont les maghrébins et les Africains de tradition musulmane en arrivée massive qui relancent le débat (d’ailleurs occulté par des préoccupations d’ordre politique). Sans entrer dans un débat qui est tout autre, mais qui en est proche, il faut affirmer avec force que la laïcité est le meilleur garant de la paix civile, et le fondement du vivre en commun, valeur fondamentale de la République. La loi sur les cultes est un exemple. Modifier la loi serait toucher non seulement à notre tranquillité, mais enlèverait aux citoyens que nous sommes le bouclier de protection nécessaire à notre liberté, à notre conscience, à nos religions, et en fin de compte démolirait un des fondements, un des piliers de l’ordre républicain. Quelle faiblesse l’Etat ne manifesterait-il pas s’il promulguait une loi modifiée ? Il ne faut pas jouer aux apprentis sorciers, et ouvrir un couvercle quand on ne sait pas ce qui sortira de la boite.

Pour conclure sur une note optimiste, et croire malgré tout en l’avenir il faut faire confiance au peuple français qui sait que le principe républicain de laïcité est au cœur de notre pacte social, et qu’il faut le garder ! La laïcité est le socle des valeurs de la République. Ne le brisons pas ! La France a encore quelque chose à dire au monde, parlons au monde en son nom et donnons la laïcité en exemple de ce qu’il faut faire, partout afin que les Etats s’en inspirent. Et le nombre de guerres de persécutions, et de morts diminuera tandis que la paix n’en sera que gagnante.

Jack Petroussenko

Print Friendly, PDF & Email

Les commentaires sont fermés.

Lire Aussi