La laïcité pas négociable, l’islam pas réformable : on fait comment ?

Publié le 2 janvier 2016 - par - 8 commentaires - 1 198 vues
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mahomet-europe

Que sait le commun des mortels d’Occident des origines de l’antagonisme entre Sunnisme et Chiisme, sinon quelques données chiffrées et/ou géographiques ? Or, commençons par les rappeler : les Chiites sont la frange minoritaire de l’Islam, représentant moins de 15% des 1,6 milliard de musulmans dans le monde. Ceux-ci composent 98% de la société iranienne, les trois quarts de la population du Bahreïn, un peu plus de la moitié de celle de l’Irak ; une trentaine de pourcents de celle du Liban, 27% de celle des Émirats arabes, quelque 25% de l’ensemble des sujets Koweïtiens, 20% de celle de l’Etat du Qatar. Enfin deux minorités, pour chacune équivalente à 10%, se répartissent entre l’Arabie saoudite et le Yémen. Quant à lui, l’arc chiite inclut l’Iran, la Syrie, le Liban, et l’Irak ; autant de zones de conflits déterminantes dans les rapports agitant à l’heure actuelle la poudrière moyen-orientale. Mais qu’est-ce que le Chiisme ? La racine du mot est issue de l’arabe « Shia », lequel signifie Parti, et sans doute sa définition la plus romantique revient-elle à l’un de nos brillants historiens spécialiste de l’Islam, André Miquel, lorsqu’il écrit : « Le Chiisme est la religion de la passion et du mystère ».

Toutefois, on ne peut bien évoquer la profondeur du conflit entre Sunnites et Chiites sans un recours à l’éclairage historique. Et celui-ci nous ramène à la guerre de succession consécutive à la mort du prophète Mahomet, survenue en l’an 632. Obsédé par les conquêtes militaires et la prédication, celui-ci était mort avant d’avoir atteint l’état de sagesse qui lui eût commandé de désigner un successeur de son vivant. Toutefois, il avait laissé sur terre sa fille Fatima, mariée jeune à son propre cousin, lequel répondait au prénom d’Ali. Ainsi, ce presque frère s’était-il présenté comme l’héritier le plus légitime à la succession du Prophète.

Or, soit qu’ils eussent été plus rusés, soit que la volonté divine s’en fût mêlée, les premiers compagnons de Mahomet, Abou Bakr, Omar et Othman avaient immédiatement ravi ce droit à ce dernier, régnant avant lui sur un califat s’étirant à l’époque de l’Arabie à l’Égypte. Quant à Ali, celui-ci avait finalement accédé au pouvoir en 656 ; soit près d’un quart de siècle après la mort de Mahomet. Pourtant, son investiture avait aussitôt été contestée par Muawiya, gouverneur de Damas, lequel s’était empressé de faire retomber la responsabilité d’un complot fatal à Othman, troisième Calife, sur Ali et ses partisans, ouvrant ainsi la voie à quatre années de querelles intestines et d’affrontements.
La mort d’Ali est absolument digne d’une tragédie grecque. Le rusé Muawiya était finalement parvenu à orchestrer l’assassinat du cousin de Mahomet par un coup de djambia empoisonné, et depuis Damas l’homme s’était autoproclamé Calife de l’Islam, fondant ainsi la fameuse dynastie des Omeyyades. Quant aux inconsolables partisans d’Ali, ceux-ci s’en étaient allés enterrer la dépouille de leur seigneur et maître à Nadjaf, dans l’actuel Irak ; région demeurée un des plus hauts lieux cultuels du Chiisme. Or Ali avait eu deux fils, Hassan et Hussein. Après une période de deuil, les jeunes hommes avaient été placés à la tête du commandement des Alides, autrement dénommés Chiites, héritant à la suite de leur père défunt des titres religieux respectifs de deuxième et troisième Imams. Toutefois, Hassan n’avait guère eu le temps de profiter de cet honneur, victime à son tour d’un complot omeyyade et succombant dans d’horribles souffrances. On imagine sans peine la douleur de son frère Hussein, lequel s’était bientôt porté à Kerbala avec ses troupes pour y livrer une bataille vengeresse contre l’armée ennemie au mois d’octobre 680, au cours de laquelle le jeune homme devait expirer sans avoir pu bénéficier à temps du renfort militaire de partisans embusqués à Koufa.

Cette absence, vécue comme un péché originel, est encore expiée de nos jours dans les villes saintes de Nadjaf et Kerbala, où se déroulent chaque année d’édifiantes cérémonies doloristes. Et c’est de ce destin tragique d’Ali et de ses fils ; les trois premiers Imans élevés au rang de martyrs par leurs partisans, que naîtra le Chiisme moderne ; une résistance violente et révolutionnaire de type messianique exaltant la purification par le martyre et réalisant le triomphe de la justice par l’exhortation aux pulsions de Thanatos. Naturellement, l’orthodoxie sunnite condamne fermement cette « perversion théologique de l’Islam », allant jusqu’à la qualifier d’hérétique.
Une des motivations d’une telle dénonciation est en réalité assez évidente : Cette minorité de persécutés Chiites ne constitue-t-elle pas un symbole embarrassant pour le Sunnisme ? N’est-elle pas une mémoire douloureuse, laquelle met en exergue les massacres de masse perpétrés par la première dynastie sunnite, dite des Omeyades, entre la seconde moitié du VIIe et la première du VIIIe siècle de l’ère commune ? Et puis, n’y avait-il pas eu ceux commis par celle des Abbassides, leurs successeurs, entre les VIIIe et XIIIe siècles ? Pourtant, gardons-nous d’un jugement manichéen, car les Chiites ont leur part d’héritage sanguinaire, notamment à partir du XVIe siècle sous le règne de l’Empire chiite Safavide de Perse, fondé en réaction à la constitution de l’Empire sunnite des Ottomans, successeur du Califat Abbasside. Écarté au plan politique pendant huit siècles, à partir de 1501 le Chiisme avait opéré avec panache la reconquête théologique du royaume Perse, lequel avait été converti à l’Islam sunnite dès l’époque des premières invasions arabes. Avec l’ambition de bannir définitivement l’Arabe et le Turc, le Perse y avait bientôt été décrété langue officielle et le Chiisme, érigé en religion d’État. Qu’est-ce à dire ? À la différence du Sunnisme, le Chiisme admet un clergé. Composé de Mollahs ou guides de conscience, de juristes et de théologiens, celui-ci avait immédiatement joué un rôle exécutif dans l’ensemble des choix politiques, juridiques et sociétaux de l’empire.

L’actuelle République islamique iranienne trouve l’origine de son système de gouvernance dans ce modèle. Ainsi, tandis que l’Occident du XVI siècle avait traversé une profonde crise religieuse divisant le monde chrétien entre Catholicisme et Protestantisme, le Moyen-Orient musulman s’était retrouvé déchiré entre un Sunnisme prônant l’application rigoureuse de la sunna du prophète, c’est-à-dire une interprétation stricte du Coran et de son droit, et un Chiisme moins obscurantiste autorisant de fait une relative modernité dans l’appréhension ou la lecture de certains versets, ouvrant donc la voie à la constitution d’une mystique. Avec le temps, celle-ci avait abouti à la création de diverses écoles de pensée coranique, de la plus originale et pacifique à la plus intégriste et hallucinée.

Toutefois, le Chiisme accordant l’exclusivité de la lignée prophétique à Ali, calife de Dieu sur Terre et à son épouse Fatima, fille du prophète Mahomet, seuls leurs descendants directs sont légitimes et pourront accéder au rang d’Imams des Musulmans ; « guides infaillibles et impeccables », dépositaires d’un « sens caché » des versets coraniques. Or, quel est le sens caché du Coran ? En réalité, celui-ci peut être décrit comme une sorte de vision ésotérique d’ordre sur le monde, mais les Sunnites ne reconnaissant pas cette légitimité originelle d’Ali, ceux-ci n’ont pas ressenti la nécessité de fonder un clergé. En revanche, l’impératif catégorique de leur pratique religieuse exige un respect scrupuleux des versets coraniques, tels que définis il y a treize siècles.
En résumé, quoiqu’il existât de profondes divergences quant à une réinterprétation modernisée des textes sacrés, le Sunnisme se revendique pourtant d’une école appelant à la tolérance et au consensus, là où le Chiisme entend demeurer une institution d’autorité strictement hiérarchisée et cléricalisée. Qu’est-ce à dire ? Le Sunnisme serait-il donc le produit d’une duplicité ? Affirmerait-il une modernité que contredit la rigidité de son prêche ? Par ailleurs, le Sunnisme n’admettant aucun intermédiaire entre le Fidèle et Dieu, que valent ses Imams choisis par une instance politique ou par les croyants eux-mêmes à la faveur de la prière du vendredi, lesquels invitent certains d’entre eux à lire des passages du Coran et à les commenter ? À l’opposé, la foi chiite réclame le prêche d’un Imam « qualifié », dont la légitimité de véritable guide pour sa communauté religieuse aura été sanctionnée par un minimum de quatre années d’études des versets sacrés au sein d’une école coranique.
Or en France, la communauté musulmane est d’obédience sunnite à plus de 98%. Dès lors, une réforme du texte sacré est-elle véritablement possible ? Et si au lendemain des attentats du mois de Janvier, le Premier Ministre avait annoncé qu' »une grande réforme des institutions de la religion musulmane, respectueuse de la Laïcité chère aux valeurs de notre République devait être engagée. La laïcité ; cet ensemble de valeurs et de règles de droit qui fondent l’unité de la République, n’est pas négociable », le gouvernement n’avait-il pas aussitôt enterré le projet en prenant la mesure de l’improbable réforme du texte coranique ? Oui mais alors, cela signifierait-il que derrière les apparences l’Islam fût parvenu au pouvoir, et que notre République laïque eût été contrainte de reculer devant une communauté, fût-elle musulmane ? Alors les Français se souviendront d’une seule certitude : sans l’exercice plein et entier de la Laïcité, il n’est guère d’humanisme politique.

Mylene Doublet-O’Kane

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Notifiez de
Albert

Je suis totalement d’accord: la laïcité, comme les droits de l’homme, s’inscrit dans le droit fil du judéo-christianisme, même si des ruptures y ont conduit.
Mais Vous dites: »Cette cohabitation ne vaut-elle pas mieux actuellement, dans ce monde ultra-violent, qu’ »un monde sans Dieu », c’est à dire sans nos valeurs judéo-chrétiennes, et que mettre à la place ? La religion de l’argent, et du plus fort ? »
Cette formulation est dangereuse, car certains chrétiens idiots ne manquent pas d’en conclure (j’ai entendu cela!) que tout valant mieux qu' »un monde sans Dieu », eh bien! tant pis: mieux vaut l’Islam qu' »un monde sans Dieu », puisqu’après tout, de Dieu il n’en est qu’un quel qu’il soit. Stupidité? lâcheté camouflée? Je ne sais, mais déjà JPII baisant le Coran, c’était inquiétant !!!

Ronnie

Ces chrétiens idiots sont-ils vraiment des chrétiens ? La religion catholique est en train de disparaître à cause de ce genre de « chrétiens ». Ce n’est pas moi qui l’affirme, mais la Vierge qui l’a annoncé à Fatima en…1917 ! tout ce qu’elle a révélé est en train de s’accomplir…

Herbert Sogno

Merci pour cette très profitable leçon d’histoire, ça avait été intemporellement plus que parfait ( ;-) ).

Quel que soit la façon de tourner le problème, la laïcité, la république, la morale, le droit, la raison, tout est incompatible avec l’islam. A défaut de le trouver compatible, jugeons le combattable.

lezier (pas secret)

la laïcité est gouverné par les francs maçons qui dirige politiquement nos pays dit.. »démocratique » ………….chut cela est secret

raslebol

ON FAI BLI, CA A COMMENCE DEPUIS LONGTEMPS!!!!!!
ET CA NE FINIRA PAS, CAR L’INTERNET EST LA POUR LES COMBATTANTS ET LA TELE EST LA POUR LES REVEURS!!!!!!!

Pivoine

« Et celui-ci nous ramène à la guerre de succession consécutive à la mort du prophète Mahomet, survenue en l’an 632. Obsédé par les conquêtes militaires et la prédication, »
Il suffit de lire ces hadiths pour comprendre que cette biographie est tout, sauf véridique. Les exactions qui y sont relatées sont dignes d’un film d’horreur ! Un psychopathe, qui passait son temps à tuer, et à violer, n’aurait jamais pu fonder une religion. C’est pourquoi j’approuve Aldo Sterone dans sa vidéo « La fausse biographie du prophète ».

Pénélope

Que la biographie soit fausse ou vraie, quelle importance ? Que le petit Momo est existé ou non, qu’il est su écrire ou non, de nouveau quelle importance ? Le seul fait que cette idéologie repose sur un bouquin dit sacré et incréé pour les musulmans cela leur suffit. C’est cela que vous ne semblez pas comprendre. Qu’importe le vin pourvu qu’on l’ivresse. Ils y croient dur comme fer et vous, la mécréante, vous voulez vous faire plus savante qu’eux. La réforme de l’islam doit venir des musulmans eux-mêmes, si tant est que cela soit possible, car pour eux hors de l’islam point de salut. Même si tout repose sur un mensonge, ils baignent dedans à la naissance et tètent l’islam au sein de leurs mères.

momo

En lisant cet article, je crois avoir enfin bien compris la différence entre le chiisme et le sunnisme. Bravo Mylène ! J’espère que vous serez lue par ceux qui en auraient tant besoin !